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 Soeurs.

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Laevathein
Zoulie Draeneï
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MessageSujet: Re: Soeurs.    Ven 11 Avr - 17:21

La traversée du village fut lente; à cause du gâteau qu'il fallait transporter avec précautions; à l'avant du cortège, Laevathein et Ashola discutaient, principalement d'amour, et de Kanru.
Tevali regardait les deux soeurs parler, et souriait de ce spectacle; Irni marchait à coté d'elle, et semblait penser la même chose; Deern portait le gâteau, en marchant très lentement.

Ils arrivèrent à la maison de Laevathein; Maar'nar les attendait; assis sur une table qu'il avait installée en l'absence de sa femme; il cria en direction de la maison:


-Mirlini ! Chérie ! Tes tantes et tes grands-parents sont là !

On entendit un "Super !" résonner, et quelques secondes plus tard, Mirlini surgit de derrière la maison; là ou son petit atelier était installé, à moitié couverte de peinture, elle vit sa famille arriver, souriant de toutes ses dents, elle cria:

-Tata ! Grand-père, grand-mère !

Elle se jeta sur chacun d'entre eux, l'un après l'autre, qui lui souhaitèrent un joyeux anniversaire; la jeune fille, toute à sa joie, ne se rendait pas compte qu'elle étalait de la peinture sur les invités, qui se retrouvèrent bientôt bariolés de couleur.
Ashola, qui s'était cachée exprès, surgit d'un seul coup:


-Tata Ashola !
-Coucou ma belle ! Joyeux anniversaire !

La jeune fille se jeta dans les bras de sa tante qui lui posa un baiser bruyant sur le front; Mirlini la prit par la main et s'écria:

-Tata, il faut que je te montre ton portrait ! Il est presque fini !

Maar'nar, qui aidait ses beau-parents à rentrer le gâteau, se tourna vers sa fille et lui fit les gros yeux:

-Calme toi chérie, ta tante ne va pas repartir tout de suite, tu as tout le temps de lui montrer; et puis va nettoyer tes mains, tu vas mettre de la peinture partout !
-Trop tard, c'est déjà fait.

Tevali, qui portait une robe rose clair, qui était désormais rose et verte, éclata de rire en montrant la large bande qui s'étalait sur sa tenue; Maar'nar secoua la tête, et dit:

-Que vais-je donc pouvoir faire de cet enfant, je vous demande...

Ils s'attablèrent dans le désordre; le bruit des conversations résonna joyeusement; on se lançait des blagues et on échangeait les cancans.

A un moment, Mirlini demanda l'autorisation de retourner à sa peinture, qui lui fut donnée; alors qu'elle s'éloignait, Tevali fit remarquer en souriant:


-Elle s'ennuie avec nous.

Maar'nar répondit sur le même ton:

-C'est encore une petite fille, c'est normal; et puis elle tient absolument à finir le portrait d'Ashola.
-Oh ! Mais oui, je ne suis pas allé voir !

Ashola se leva et se dirigea vers l'atelier de sa nièce, pour voir le travail de celle-ci.

Elles revinrent longtemps plus tard; Mirlini marchait en regardant sa tante d'un air effrayé, Ashola avait manifestement pleuré, lorsqu'elles se rassirent, Laevathein questionna sa fille, tout en observant sa soeur qui se mouchait:


-Chérie, qu'est-ce qui s'est passé?
-Je ne sais pas, j'ai montré mon tableau à tata, et elle s'est mise à pleurer...

Ashola leva la tête et esquissa un léger sourire; Laevathein éclata de rire, suivie par les autres invités; Mirlini les regardait l'un après l'autre, son visage exprimant une totale incompréhension; elle finit par demander:

-J'ai fait quelque chose de mal?

Nouvel éclat de rire de Laevathein, qui redevint sérieuse lorsqu'elle vit que sa fille semblait vraiment perturbée par cette réaction; elle répondit:

-Mais non, tata Ashola a simplement pleuré de joie.
-Pleuré de joie? Ca se peut ça?

S'ensuivit une explication laborieuse, entre Laevathein qui tentait d'expliquer la chose à sa fille, interrompue sans arrêt par les divers invités; qui ne faisaient qu'ajouter à la confusion de la jeune fille, dont le visage exprimait de façon comique cette incompréhension.

Finalement, elle sembla comprendre; elle se tourna vers sa tante, qui semblait encore émue, et lui demanda:


-Alors, si tu as pleuré, c'est parce que tu étais contente?

Ashola acquiesça en souriant, avant de répondre d'une petite voix:

-C'est vraiment le plus beau cadeau que l'on m'ait fait, tu es un amour.

Une voix résonna alors au loin:

-Ohé ! Il y a quelqu'un? Ashola?

Se levant en sursaut, Ashola se dirigea vers la silhouette qui se dessinait:

-C'est Kanru ! Je vais le chercher !

Quelques minutes plus tard; Ashola revint avec un Draeneï au visage avenant, qui portait un gros paquet; quelque peu mal à l'aise, il regardait les convives qui le dévisageaient, finalement, Ashola prit la parole:

-Tout le monde, je vous présente Kanru, mon compagnon.

Tous l'accueillirent avec amabilité, Maar'nar et Laevathein se levèrent pour le saluer; il fit ensuite le tour de la table pour saluer les invités; et s'arrêta devant Mirlini, qui le regardait avec curiosité; il lui tendit le paquet, et dit:

-Joyeux anniversaire ! C'est le cadeau de ta tante et moi-même.

Le visage de la jeune fille s'éclaira lorsqu'elle comprit qu'elle avait un nouveau cadeau; elle le posa sur la table et interrogea ses parents:

-Je peux l'ouvrir? S'il vous plait ! S'il vous plait !

Laevathein hocha la tête; tandis que Kanru allait présenter ses respects aux parents de la jeune femme.
On entendit un cri de joie lorsque Mirlini ouvrit son cadeau, un superbe assortiment de toiles légères, et une collection de pinceaux; elle se leva, en renversant sa chaise au passage, et se jeta aux bras de Kanru, qui la reçu avec un sourire, puis elle embrassa sa tante.

Ce moment passé, Le compagnon d'Ashola s'installa à coté d'elle; la conversation roula un instant sur Kanru, et ses activités à Karabor; le Draeneï, qui avait le même âge qu'Ashola, répondit avec affabilité aux questions qu'on lui posait, s'amusant à répondre aux interrogations naïves de Mirlini; lorsqu'elle lui demanda s'il allait épouser sa tante; il y eut un silence gêné, puis Maar'nar rompit le silence en racontant une anecdote arrivée à l'un de ses collègues; qui causa l'hilarité générale, dissipant le malaise.

Enfin, le repas commença; tous mangeaient avec appétit, la nuit était tombée, mais le temps demeurait chaud, et une légère brise apportait de légers souffles de chaleur, agréables lorsqu'on les sentait sur son visage.
Finalement, le grand moment arriva: Maar'nar, aidé de Deern, rapporta le gâteau d'anniversaire; Mirlini le contemplait, des étoiles plein les yeux.

Deern se chargea de le couper; et la jeune fille eut la première part; après avoir goûté avec une grande cuillère en bois, elle sourit de toutes ses dents, et finit avidement sa part, avant d'en réclamer une autre.

Le reste du repas s'écoula tranquillement; les invités glissant dans une torpeur bienvenue, mélange de fatigue et de ventre bien rempli.
Lorsqu'il ne resta plus qu'un petit quart du gâteau, Maar'nar se leva; et se tournant vers sa fille, il déclama:


-Nous sommes tous réunis pour une occasion spéciale: fêter le trente-sixième anniversaire de l'amour de notre vie; mais ça, je sais que tu t'en fiche, c'est l'heure des cadeaux !

Mirlini, le sourire vissé aux lèvres se leva en battant des mains; Ashola et sa soeur allèrent chercher les cadeaux et les déposèrent sur la table, à mesure que Tevali et Irni la débarrassaient pour faire de la place.
La jeune fille ouvrit alors ses cadeaux, toute excitée.
Ce furent de longues minutes de cris de joie, de larmes, qui firent rire l'assemblée, surtout lorsque Ashola fit remarquer que c'était exactement cela que de pleurer de joie.
Bientôt il y eut sur la table de nombreux cadeaux, des robes, des bijoux, des livres, des ustensiles pour la peinture...

La nuit était bien avancée lorsque la fête s'acheva; Irni et Deern saluèrent tout le monde, et s'en retournèrent, accompagnés de Tevali, qu'ils avaient invité à dormir chez eux.
Ils avaient décliné la proposition de leur fille de passer la nuit chez elle; en revanche, Ashola et Kanru avaient accepté avec joie de dormir sur place.

Une trentaine de minutes plus tard; Maar'nar porta sa fille, qui était tombée de fatigue, dans son lit; même endormie, elle souriait encore.
Puis il rejoint Laevathein, qui l'attendait dans leur lit, nue; elle le regarda s'approcher d'un air coquin; celui-ci comprit le message et se déshabilla avant de se glisser sous la couverture.
Après leurs ébats, ils demeurèrent tendrement enlacés; Maar'nar questionna:


-J'ai vu Kanru qui s'installait en bas, Ashola et lui ne dorment pas ensemble?
-Non, Ashola dort avec Mirlini.
-Pourquoi, ils se sont disputés?

Laevathein laissa le silence retomber; puis elle finit par répondre:

-Non, c'est autre chose.
-Quoi donc?

Elle poussa un soupir avant de répondre:

-Elle ne se sent pas prête.

Elle repensait à la conversation qu'elles avaient eues plus tôt, dans l'après-midi: Ashola lui avait révélé que malgré l'amour qu'ils se vouaient, elle ne s'était pas encore donnée à lui; lorsque sa soeur lui avait demandé pourquoi; Ashola avait expliqué qu'elle ne voulait pas s'offrir à un homme avant d'être sûre et certaine qu'il soit le bon, son âme soeur; et puis, c'était une chose qui l'effrayait un peu.
Kanru devait en être conscient, car il lui avait dit que si elle voulait attendre, il attendrait, qu'elle soit prête, qu'elle sente qu'elle le désirait.


-Il semble être quelqu'un de bien, ta soeur a de la chance.
-Oui, c'est vrai; ils ont l'air très amoureux.

Le silence retomba encore; Maar'nar resserrait son étreinte sur elle; posant ses lèvres sur les épaules de sa femme; elle allait s'endormir, lorsqu'il reprit:

-Tu sais que tout ceci est faux, n'est-ce pas?
-Comment?
-Rien de tout ça n'est vrai.

Elle ne comprenait pas; mais soudainement, elle ressentit une angoisse lui monter à la gorge, elle réalisa subitement que ce sentiment ne l'avait pas quitté de la journée; une sorte de peur instinctive, sans savoir pourquoi...

-Qu'est-ce qui n'est pas vrai?
-Tout, moi, notre enfant, cet endroit, et toi, tu n'es pas censée être là.
-Je ne comprends pas...
-Je suis sur que si.
-Maar'nar, arrête, tu me fais peur.
-Je suis désolé, mais je ne suis que ton imagination, je ne peux pas m'arrêter.

Son imagination? Mais qu'est-ce qu'il racontait? Confuse et désorientée, elle ne savait plus quoi dire; une terrible sensation de catastrophe la hantait, elle avait le pressentiment que quelque chose de grave allait se produire:

-Lae, il faut te réveiller maintenant.
-Je ne...

"Je ne veux pas me réveiller"

-Il le faut, ce n'est pas ta vie, tout ça n'est pas la réalité.
-C'est...

"C'est la vie que j'ai toujours voulue..."

-Mais ce n'est pas la réalité; réveille toi, Lae.

"Je ne veux pas; les gens que j'aime sont ici..."

-Laevathein ! Laevathein ! Réveillez-vous !

Elle ouvrit brusquement les yeux; penché sur elle, Estis la secouait; au dessus de lui, la nuit noire, quelques étoiles jetaient une faible lueur, à peine suffisante pour voir ou l'on marchait.

-Je suis désolé de vous réveiller alors que vous dormiez si bien, mais c'est à votre tour de monter la garde.

Le coeur battant, une boule au fond de la gorge; elle se leva péniblement; un rêve, ce n'était qu'un rêve...
Toutes ces choses, Maar'nar, Mirlini...Rien n'avait été réel, et pourtant, tout avait été si...Vrai...
Les lèvres tremblantes, elle se dirigea vers son poste; elle s'y installa, et s'assit dans l'herbe.
Maar'nar...Mirlini...

Elle n'arrêtait pas d'y penser, les noms de son mari et de son enfant résonnaient dans son esprit; les images de son rêve, si vivaces, tournaient devant elle; elle revoyait Maar'nar qui la serrait dans ses bras; elle l'avait senti ! Elle l'avait ressenti lorsqu'il l'avait prise; elle avait senti l'odeur des cheveux de sa fille lorsqu'elle l'avait embrassée; le contact de sa peau ! Et tout ceci était faux, faux, seulement un rêve; un rêve merveilleux, mais également le souvenir cruel de la perte qu'elle ne pourrait plus jamais retrouver; la vie qu'elle aurait pu avoir, et qu'elle avait perdu, ce futur radieux...

Les larmes coulèrent à flots sur ses joues, elle pleurait en silence; ses mains triturant nerveusement les deux colliers qu'elle portait; triste retour à la réalité, son peuple meurtri, sa famille en danger...

Lorsque le jour se leva, elle pleurait encore.
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Laevathein
Zoulie Draeneï
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MessageSujet: Re: Soeurs.    Dim 20 Avr - 10:38

Il faisait jour, les rayons du soleil jetaient leur chaleur bienveillante sur le peuple Draeneï, mais l'heure n'était pas aux réjouissances: plusieurs innocents avaient succombé à la cruauté de leurs assaillants, les Elfes de sang.

Laevathein, à l'écart du groupe, montait la garde, en apparence; en réalité, les images de son rêve de la nuit la hantait, lui broyaient le coeur, la laissant meurtrie et désespérée.
Pourquoi une telle cruauté? Pourquoi? Qu'avaient donc fait les Draeneï pour subir un tel déferlement de haine? Pourquoi? Qu'avait elle fait pour que son amour lui soit enlevé? Pourquoi Maar'nar? Pourquoi...
Sa gorge se serra en y pensant; pourquoi Mirlini? Sa culpabilité lui faisait nouait l'estomac; c'était de sa faute si son bébé était mort...
Si seulement elle avait été forte, si seulement elle avait pu surmonter la mort de Maar'nar...
Aujourd'hui, elle aurait été dans son quatorzième mois de grossesse, elle aurait du garder le lit, rêvant du jour ou son enfant viendrait au monde...

Elle aurait pu l'élever, une mère veuve, elle aurait raconté à son bébé à quel point son père était formidable; elle n'aurait jamais été seule, sa famille était là, toujours présente, elle ne l'avait jamais abandonnée; elle était certaine que ses parents auraient fait de formidables grand-parents, et Ashola une tante merveilleuse.

Ses larmes se tarissaient peu à peu, malgré la douleur qui ne refluait pas; elle serrait les dents pour qu'on ne l'entende pas.
Les souvenirs des moments heureux qu'elle avait vécu avec Maar'nar lui revenaient sans cesse, elle revivait les sensations qu'elle ressentait lorsqu'il la touchait, comment sa peau lui semblait se hérisser, comment il l'embrassait dans le cou, juste sous l'oreille; comment il la prenait par la taille, et se collait contre elle, sans rien dire; ils restaient de longues minutes sans bouger, écoutant simplement la respiration de l'autre, ressentant l'autre.
Elle était heureuse, parce qu'il était là; en ce temps, jamais elle n'aurait été capable d'envisager la vie sans lui; aujourd'hui, alors qu'il n'était plus, elle n'en était toujours pas capable.

Elle avait tenté de mettre fin à sa vie, elle n'avait pas réussi, finalement, elle en avait encore plus souffert, non pas parce qu'elle avait échoué, mais parce qu'elle avait oublié sa propre famille; ils avaient énormément souffert, et elle n'avait pas pensé à eux; ensuite, elle avait voulu s'engager dans la Main d'Argus, pour protéger sa famille, mais aussi parce qu'elle cherchait à se faire pardonner, du chagrin qu'elle avait causé; pour exorciser sa propre peur, et pour éviter de songer à sa propre souffrance.

Mais maintenant...Maintenant, alors que tout recommençait, alors que sa famille était en danger; comment ne pas penser à Maar'nar, il aurait du être là, ils auraient du être ensemble.
C'était injuste ! Tout ceci était injuste !

Elle se sentait en colère, elle était malheureuse, elle était seule, et pour la première fois, s'interrogea sur sa vie future; avec Mirlini, elle aurait pu imaginer quelque chose, une vie simple, essayant d'être heureuse malgré tout, avec son enfant; mais son enfant n'existait pas, elle n'avait jamais vu le jour...

Elle sentit le besoin de parler, de se confier; mais pas à Ashola; c'était sa soeur, et elle l'aimait par dessus tout, mais elle ne pouvait pas l'aider, pas cette fois.
Elle avait besoin de parler à sa mère.
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Laevathein
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MessageSujet: Re: Soeurs.    Mer 30 Avr - 7:21

Ils cheminaient lentement; Salinas portait son arbalète de façon négligente, Themisios, à coté de lui, l'observait attentivement, il revoyait encore l'elfe trancher la gorge de Sholena, il revoyait encore son expression lorsqu'il l'avait fait, de la joie.
Il devait savoir ce qui s'était passé, il questionna:


-Salinas, qu'est-ce qui s'est passé entre toi et Sholena?

Celui-ci demeura silencieux, puis, après quelques pas, il fit halte, et s'assit sur un rocher, posant l'arbalète à coté de lui, il ouvrit la bouche, regardant l'horizon:

-Matanos était comme mon frère, nous sommes nés pratiquement en même temps, nos parents étaient amis, nous avons grandi ensemble.
Quand je suis entré chez les magistères, nous étions déjà adultes, mais nous nous sommes jurés de nous revoir, et de fêter ça.
J'ai passé de nombreuses années à étudier la magie à Dalaran, à l'époque, nous étions alliés avec les humains...

Themisios écoutait attentivement, Salinas semblait avoir besoin de parler, il devait certainement garder ça pour lui depuis très longtemps.

-Nous nous écrivions souvent, c'est comme ça qu'il m'apprit qu'il était tombé amoureux, puis, quelques mois plus tard, j'ai appris qu'il allait se marier, il regrettait que je ne puisse venir...
En vérité, je lui avais caché que j'étais très malade, à cause d'une expérience qui avait mal tourné, je m'étais brûlé la moitié du corps, et j'étais incapable de bouger, il m'a fallu près d'un an pour m'en remettre, je lui mentais pour ne pas l'inquiéter.
Dans ses lettres, il me parlait de sa femme, il me vantait ses qualités, sa beauté, il me l'a décrite avec précision.

Il parlait sans interruption, le regard toujours fixé sur l'horizon, les souvenirs de ces années lui revenait bien vivant à l'esprit.

-Je n'ai jamais eu l'occasion de la rencontrer, et maintenant, tu sais pourquoi: à peine un an et demi après son mariage, j'ai reçu une lettre m'informant que Matanos avait été retrouvé mort dans son lit, c'était un empoisonnement, il avait été assassiné, et sa femme avait disparu, ainsi que tous les objets de valeur...
Lorsque j'ai appris ça, je suis rentré sur le champ à Quel'thalas, juste à temps pour assister à ses funérailles; sur sa tombe, je lui ait juré que je vengerais sa mort.
J'ai essayé de retrouver sa femme, c'était elle qui l'avait tué, c'était certain, j'ai juré que je la retrouverais, et que je la tuerais...

Themisios l'interrompit brusquement:

-Mais pourquoi l'a elle tué?

-Je ne le sais pas, pour l'argent? La maison? Le plaisir? Peut être parce qu'elle est complètement folle, tu l'as bien vue...

L'elfe ne répondit pas, il songeait aux actes de cruauté perpétrés par Sholena, comment elle égorgeait ses victimes, et buvait leur sang, en souriant, en riant, se réjouissant de la mort.

-Même lorsque nous avons du quitter notre royaume, je n'ai pas oublié ma promesse, parmi les réfugiés, je l'ai cherchée, j'avais un avantage sur elle: elle ne me connaissait pas, et ne savait pas à quoi je ressemblais; mais je ne l'ai pas retrouvée, je ne connaissais que son nom, même si j'avais fini par douter que ce fût son véritable.

-Et tu as rejoint Kael'thas...

-Oui, bien sur, quelle autre voie? Mais même après avoir juré allégeance au Prince, je n'ai jamais oublié cette femme; alors, tu peux imaginer la joie que j'ai ressenti lorsqu'on m'a appris qu'une Sholena nous rejoindrait.

-J'imagine...

-Mais j'ai eu des doutes, ce n'était peut être pas elle, et puis, quand je l'ai vue...

-Tu étais certain que c'était bien elle.

-Oui, sans l'ombre d'un doute, j'ai attendu, attendu...

Themisios se leva brusquement, quelque peu en colère, il pointa son doigt vers Salinas et s'exclama:

-Tu t'es servi de moi !

L'Elfe haussa les épaules, et répondit laconiquement:

-Oui.

-Kael ne t'a jamais donné l'ordre de la tuer !

Salinas lui sourit, un sourire inquiétant, puis il répondit:

-Non, c'est vrai, c'est moi qui lui ait demandé ce privilège, je lui ait tout raconté, je lui ait raconté comment elle avait assassiné mon frère, et comment elle bafouait le noble héritage des Sin'doreï; il m'a accordé le droit de mettre un terme à sa misérable existence; je lui en suis reconnaissant.

Themisios haussa les épaules et cracha par terre, à quoi bon se mettre en colère...
Sholena était morte désormais, elle gisait, la gorge ouverte, bientôt, les charognards viendraient déchirer son corps, ses os blanchiraient; après tout, c'était sans doute la meilleure place qu'elle pouvait occuper...

Sans se retourner, il reparti vers le camp, il ne savait s'il devait être en colère parce que Salinas s'était servi de lui pour assouvir sa vengeance, ou s'il devait être soulagé que Sholena soit morte; objectivement, elle était réellement dangereuse pour eux tous.
Il ne fit pas attention au bruit que fit Salinas lorsqu'il se mit à le suivre; il réfléchissait encore: finalement, peu importait qu'il ait pu tirer de la satisfaction à la mort de cette folle, l'essentiel était qu'un élément dangereux ait disparu, et ne puisse plus leur causer de problèmes...

Lorsqu'ils revinrent au camp, personne ne sembla leur prêter attention; Themisios se sépara et se dirigea vers sa tente, il préférait s'isoler pour le moment, de plus, il était épuisé; Salinas quand à lui se retira également, sans parler à quiconque, il fit un geste de dénégation à Pavael qui venait aux nouvelles.
Celui-ci acquiesça et se retira en silence.
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Laevathein
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MessageSujet: Re: Soeurs.    Mer 30 Avr - 8:19

Laevathein se leva lentement, le moral au plus bas; les rayons du soleil jetaient leur lueur bienveillante, mais elle n'était pas d'humeur à apprécier ce cadeau.
Plusieurs Draeneï creusaient des tombes; elle passa devant eux en silence, elle préférait ne pas regarder, même elle ne pu s'empêcher de voir du coin de l'oeil les corps de ceux qui avaient été assassinés par les Elfes...

Elle tenta de repérer sa mère; celle-ci se tenait légèrement à l'écart du groupe, elle était au chevet d'une Draeneï qui était allongée sous une couverture; lorsqu'elle s'approcha, elle émit un léger cri de surprise, c'était Muna.
Celle-ci respirait avec difficulté, les yeux mi-clos, à ses cotés, son époux la regardait, les yeux humides, il lui tenait la main, sans bouger.
Oubliant ce pourquoi elle était venue, elle demanda:


-Muna ! Maman, qu'est-ce qui s'est passé?

Elle apprit alors de la bouche de Satas, dont le regard ne dévia pas du visage de sa femme, qu'elle avait été brutalisée et très gravement blessée par les Elfes, c'était un miracle qu'elle soit encore en vie; grâce à l'intervention rapide d'Irni, elle avait survécu de justesse.
Son état était encore préoccupant, et elle n'était pas encore sauvée, elle se trouvait actuellement dans un profond coma, d'ou elle ne sortirait que pour vivre, ou pour mourir.

Bouleversée par ces explications, et par la vue de la femme qui leur avait tous sauvé la vie après la tempête; Laevathein rebroussa chemin, elle croisa l'un des soldats qui lui donna une pelle et lui demanda de venir l'aider.
Malgré tout le travail fourni, la fosse commune, ou devaient être inhumés les corps des Draeneï, n'était pas encore terminée.
L'Exarque avait décidé de retarder leur départ, malgré le risque que les Elfes reviennent, il avait déclaré qu'il refusait de laisser les corps de ses semblables derrière lui, comme des animaux.
On le voyait d'ailleurs, torse nu, couvert de terre, en train de creuser.
Laevathein ôta sa cuirasse et se retrouva en chemise, l'air était piquant, mais la température était supportable; finalement, elle se mit à l'autre bout de la fosse, et se mit à creuser.

Les corps des morts avaient été alignés un peu plus loin, recouverts de couvertures qui faisaient office de linceuls, plusieurs Draeneï étaient agenouillés devant eux, certains pleuraient; un garde se tenait en faction à coté, de peur que les Elfes ne reviennent profaner les corps.

A l'autre bout du camp, Ashola passait de blessé en blessé, sa fatigue croissant à mesure qu'elle prodiguait des soins, il s'agissait souvent de blessures qui requéraient une immense concentration de sa part; elle n'avait pas l'habitude d'exercer de façon aussi intense la guérison, et cela s'en ressentait, elle était moins efficace, et marchait de plus en plus lentement.
Au milieu du groupe, Hopey tenait toujours Scarley dans ses bras, par miracle, les deux jeunes filles n'avaient pas été blessées; mais Hopey avait été terrorisée par l'attaque; en criant, elle avait essayé de tirer sa compagne derrière elle pour la mettre à l'abri, finalement, elle avait réussi en utilisant la magie.
Alors qu'elle enroulait une couverture autour d'elle et Scarley, celle-ci ouvrit les yeux...

Deeka s'occupait également des blessés, fort heureusement, il était expérimenté, et malgré la fatigue des derniers jours, il parvenait sans trop de mal à tenir le rythme effréné, imposé par certaines blessures très graves; Saala le regardait faire en souriant, elle repensait aux événements de la nuit, qui sait ce qui serait arrivé si Lae n'était pas intervenue?
Deeka ne le savait pas, dans la confusion de la fuite, ils s'étaient perdus de vue, et il ne l'avait pas vue trébucher; elle n'avait pas l'intention de lui en parler, inutile de l'inquiéter, elle était indemne, seulement une écorchure au genou.

Deern creusait également, à un moment, il se rapprocha de sa fille aînée, et lui demanda:


-Est-ce que ça va?
-Oui, pourquoi ça n'irait pas?

Il poussa un soupir et arrêta de creuser, il s'appuya sur sa pelle et regarda sa fille dans les yeux; il reprit:

-Lae, tu n'as jamais su mentir...

Elle ne répondit pas, cela se voyait-il donc tant? Maintenant qu'elle n'avait plus la pauvre Muna sous les yeux, qu'elle creusait pour enterrer les morts, elle repensait à son rêve, ça lui faisait mal, mais elle ne pouvait pas l'ignorer, elle ne le voulait pas...

-Lae, écoute, je suis là, tu peux m'en parler...
-Non !

Elle avait presque crié, se surprenant elle-même, elle regarda son père, qui affichait une expression surprise; elle reprit, plus doucement:

-Non...Je...Je ne peux pas t'en parler...

Elle se remit à creuser, évitant soigneusement le regard de son père, elle ressentait vaguement un sentiment de honte à lui parler ainsi, et à refuser de se confier, quelques secondes plus tard, elle entendit le son de la pelle de celui-ci racler la terre; elle entendit prononcer:

-Si tu changes d'avis, et que tu veux m'en parler, je serais là.

Il l'avait dit d'un ton neutre, mais c'était comme s'il lui avait crié dessus, elle avait envie de lui demander pardon, de s'excuser de son attitude, mais elle n'y arrivait pas, elle ne pouvait parler de ça qu'a sa mère, il n'y avait qu'elle qui pouvait la comprendre, qui pouvait ressentir ce qu'elle ressentait; mais pour le moment, elle ne pouvait pas lui parler, elle devait sauver la vie de quelqu'un, d'une amie.

La matinée avançait, l'atmosphère était morose, le silence n'était rompu que part le son des pelles, et quelques pleurs, qui résonnaient.
Vers le début de l'après-midi, la fosse fût enfin prête.

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Laevathein
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MessageSujet: Re: Soeurs.    Lun 12 Mai - 21:42

C'était fini, bien sur, cela ne valait pas la nécropole d'Auchindoun, ou même les cimetières locaux, mais au moins, les défunts pourraient reposer en paix.

En silence, les dépouilles des Draenei assassinés furent amenés au bord de la fosse; Laevathein, les membres crispés, couverte de terre des pieds à la tête, observait le cortège funèbre; tous baissaient la tête, ou murmuraient une prière lorsque les corps passaient devant eux.
Un peu à l'écart, Scarley, les jambes encore flagellantes, était blottie contre Hopey, qui lui tenait une couverture autour des épaules, ses lèvres tremblaient; des larmes silencieuses lui coulaient le long des joues.

Pourtant, tous les Draeneï n'étaient pas présents pour rendre un dernier hommage à leurs morts, Irni ne quittait pas le chevet de Muna, dont l'état extrêmement grave laissait craindre qu'elle ne rejoignit les martyrs; la mère de Laevathein passait continuellement ses mains sur le corps de la blessée, de la lumière émanant intensément entre ses doigts; elle murmurait des mots sacrés, implorant la pitié de la Lumière.
Tenant la tête de sa femme pour l'aider à respirer, Satas ne bougeait pas, il n'avait plus dit un mot depuis l'explication qu'il avait donné à Laevathein, mais ses yeux parlaient pour lui, on y lisait la détresse, l'angoisse, le chagrin.
Irni n'avait pas le coeur à lui dire qu'il devait se préparer au pire, Muna était sur le fil, entre la vie et la mort, les prochaines heures, si ce n'étaient les prochaines minutes, seraient décisives.

La cérémonie se poursuivait, on avait descendu les corps dans la fosse, avec les plus grandes précautions, désormais alignés, unis dans la mort, leur tombeau attendant de se refermer à jamais; Estis prononça un éloge funèbre:


-Je ne connaissais pas la plupart des personnes que nous avons enterrées aujourd'hui, mais ils étaient mes frères, et mes soeurs; je ne veux pas parler des assassins qui s'en sont lâchement pris à eux, je veux parler de ce prix, bien trop élevé, bien trop terrible, que notre peuple a du payer pour que nous puissions un jour trouver la paix.
Je ne peux pas promettre que nous ne connaîtrons plus d'autres tragédies comme celle-ci, mais je peux vous promettre que je mourrais pour protéger mon peuple, contre les ténèbres.

Sa voix forte portait, cependant, submergé par l'émotion qu'il tentait tant bien que mal de retenir, il conclut, la voix brisée:

-Adieu, mes frères et soeurs, vous nous manquerez...

Il se prosterna ensuite devant la fosse, imité par tous ceux qui avaient écouté son discours; de nombreux Draeneï pleuraient, puis, il se releva, et attrapa une pelle.
Plusieurs Draeneï s'éloignèrent, tandis que ceux qui restaient finissaient d'enterrer les corps.
Laevathein creusait, les yeux humides, elle se retenait pour ne pas pleurer; mais en jetant un oeil autour, elle vit que certains soldats ne s'en donnaient pas la peine, et s'essuyaient les yeux tout en reniflant.
Hopey s'éloigna, de grosses larmes coulaient silencieusement sur ses joues; Scarley, encore désorientée, la suivi sans comprendre.
Irni, qui avait entendu les paroles d'Estis, pleurait en souriant, c'étaient les mots d'un homme qui aimait ses semblables.

A cause de l'état de santé préoccupant de certains blessés, qui étaient intransportables, Estis décida d'envoyer un petit groupe d'éclaireurs vers l'Exodar, en espérant y trouver âme qui vive.
Deern se porta volontaire pour accompagner le groupe, malgré les protestation d'Ashola; Laevathein, elle, avait reçu l'ordre de rester sur place; les Elfes pouvaient revenir à tout moment, et, bien qu'il en douta, Estis voulait être certain de ne pas laisser les survivants à la merci de ces sauvages sans pitié.

Une dizaine de minutes plus tard, le groupe, emmené par Vael, le second d'Estis, quitta le camp; on avait donné une épée à Deern, qui la tenait d'un air circonspect, il n'avait jamais porté une arme de sa vie, il doutait être capable de s'en servir si jamais ses compagnons et lui étaient attaqués.
Il ne partagea pas ces pensées, mais Irni sembla le lire dans ses yeux; elle s'approcha de lui et l'embrassa tendrement:


-Reviens moi vite, sois prudent...

Il hocha la tête et suivi le groupe en direction du vaisseau; sa femme retourna vers Muna; elle avait demandé à Deeka de se charger d'elle le temps qu'elle puisse dire au revoir à son époux.
L'état de la Draeneï était toujours grave, mais lorsque Irni regarda Satas, elle souriait, elle lui dit:


-Elle est hors de danger !

Celui-ci, incrédule, la regardait bouche-bée, puis, il sembla comprendre; son visage s'éclaira, l'angoisse disparu de ses yeux, il regarda de nouveau sa femme avec tendresse, se permettant même de lui caresser les cheveux; pourtant, même si elle n'était plus en danger de mort, il faudrait au moins plusieurs heures afin qu'elle soit transportable, puis, probablement plusieurs jours afin que la plupart de ses blessures ne puissent être guéries.
Mais enfin, c'était une bonne nouvelle, qui réchauffa le coeur de ceux qui l'apprirent; la plupart des Draeneï étaient inquiets de l'état de santé de Muna, celle-ci, aidée par son époux Satas, avait véritablement joué un rôle de mère et d'amie pour tout le monde, c'est elle qui dès les débuts, avait coordonné les efforts pour rendre les capsules habitables, c'est elle qui avait redonné l'espoir à ceux qui doutaient, sa bonne humeur et son invincible conviction que quelqu'un finirait par les chercher avaient grandement contribué à la survie de ce petit groupe.

Il aurait été tellement cruel qu'elle perde la vie, alors qu'enfin, l'Exodar, et le reste de leur peuple étaient proches; après la tristesse et la cérémonie funèbre du début de l'après-midi, la nouvelle de l'amélioration de l'état de Muna rendit le sourire à tout le monde; il fut décidé de faire un grand feu, la nuit approchait, et les éclaireurs n'étaient pas revenus; Estis, qui surveillait l'Exodar, si proche, et pourtant si loin, doutait qu'ils reviennent avant le lendemain, espérait-il, avec de bonnes nouvelles; l'enfer qu'ils traversaient serait bientôt terminé...
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MessageSujet: Re: Soeurs.    Jeu 15 Mai - 12:55

Tandis que les éclaireurs étaient absents, l'atmosphère parmi les survivants était morose, les réserves de nourriture étaient presque épuisées, mais personne n'avait grand appétit; l'enterrement était encore dans tous les esprits, et attristait l'ensemble des Draeneï.

Laevathein montait la garde, elle n'avait même pas pris la peine de remettre son armure; en d'autres temps, cela lui aurait valu une sévère remontrance, mais Estis ne semblait pas se préoccuper de la tenue de ses troupes; lui-même patrouillait à l'opposé du camp et paraissait abattu.

Le groupe, qui comptait un peu moins d'une quarantaine de personnes désormais, était rassemblé au centre d'un cercle, délimité par les sentinelles; personne n'aurait pu tromper leur vigilance et passer au travers, ils couvraient toutes les directions; Laevathein elle-même, malgré sa fatigue et la douleur dans ses bras, avait la ferme intention de ne pas se laisser distraire, et de ne laisser personne s'en prendre aux siens.
Quelques petits groupes s'étaient formés, des familles, des amis, des personnes s'étant rencontrées avant ou après la chute de l'Exodar; les blessés avaient été installés les uns à coté de autres; Irni et Deeka passaient de l'un à l'autre.
A proximité, Ashola avait peine à garder les yeux ouverts; elle était assise, et sa tête se tombait sur sa poitrine, puis elle la relevait, la secouait en clignant des yeux, mais quelques secondes plus tard, son regard se faisait de nouveau vague, et le manège recommençait.
La jeune femme n'avait pas l'expérience ni l'endurance pour gérer pareille situation, malgré sa jeunesse, elle avait merveilleusement géré cette situation, se dépensant sans compter; lorsque Irni la vit finalement s'endormir pour de bon, elle songea que sa fille s'était montrée extrêmement courageuse et dévouée, et elle était certaine qu'au moins un des blessés lui devait la vie.

Deeka lui jeta un oeil, puis il vit ce qui faisait sourire Irni; souriant à son tour, il lui dit:


-Elle s'est vraiment épuisée à la tâche, vous devez être fière d'elle.
-Quelle mère ne serait pas fière de ses enfants?

Il hocha la tête avec assentiment, continuant son soin; Irni elle, leva les yeux et chercha Laevathein du regard; elle la repéra rapidement, c'était la seule femme soldat du groupe; sa silhouette se détachait sur l'horizon; la jeune femme se dressait vers l'inconnu; c'était très étrange de la voir ainsi, depuis la mort de Maar'nar, elle avait beaucoup changé, bien plus certainement qu'elle-même ne le pensait.

Confortablement installée sur un tas de vêtements, Saala regardait amoureusement Deeka, une main posée sur son ventre; elle voyait également le jeune Yuur s'activer à panser les blessés, c'était lui qui lui avait amené des vêtements pour s'asseoir, puis il avait proposé son aide aux guérisseurs.

Un peu plus loin, Hopey et Scarley étaient tendrement enlacées, Hopey essuyait ses yeux, tandis que Scarley lui parlait à l'oreille; la jeune fille semblait être revenue de son traumatisme; quelques minutes plus tard, elle se leva, aidée par sa compagne, et se dirigea vers Irni et Deeka.

Pendant ce temps, les éclaireurs étaient parvenus au seuil de l'Exodar...
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MessageSujet: Re: Soeurs.    Ven 16 Mai - 18:48

Ils arrivèrent au seuil de l'Exodar en fin d'après-midi.

-Ba'laa Naaru...

Un des hommes ne put s'empêcher de laisser échapper une exclamation, et Deern, à coté de lui, ne pouvait que le comprendre: devant eux se dressait l'Exodar, du moins ce qu'il en restait...
Le vaisseau se dressait vers le ciel, tel un monolithe violacé; tout autour d'eux, de nombreux débris parsemaient la plaine, certains de la taille d'une maison; creusant d'énormes cratères d'ou surgissaient des herbes et des buissons dont la couleur tirait sur le violet.

Des cristaux, de différentes tailles, étaient enfoncés dans le sol, à chaque endroit ou l'on en voyait, la végétation se tentait du même violet que les cristaux.

L'un des soldats désigna ces cristaux, et constata:


-Nous devons en informer l'Exarque, il faudra empêcher que cela se propage.

Vael hocha la tête; les cristaux étaient extrêmement utiles au peuple Draeneï, tant comme source d'énergie que dans la vie quotidienne, cependant, la grande quantité de magie qu'ils renfermait pouvait se révéler dangereuse si elle était libérée sans précautions, et de façon incontrôlée; c'était précisément ce qui se passait, avec ces cristaux endommagés, qui relâchaient de l'énergie dans l'environnement, et contaminaient le sol et les plantes.
Impossible de prévoir quelles seraient les conséquences de l'accident, et malheureusement, leur priorité n'était pas de limiter ces conséquences, mais de retrouver leur peuple.

Les hommes continuèrent, seul le bruit de leur sabot sur l'herbe brisant le silence; enfin, après quelques minutes de marche, à contempler l'étendue des dégâts, l'Exodar était profondément enfoncé dans le sol, et en position diagonale; le vaisseau ne pourrait plus jamais décoller, cela était une quasi certitude; même en supposant qu'il puisse être réparé; ce vaisseau était un cadeau des Naaru, les Draeneï n'avaient pas eu le temps d'en comprendre complètement son fonctionnement...

Les Naaru !

Vael sursauta, tandis qu'il suivait l'écheveau de sa pensée, il s'arrêta brusquement, et se retourna vers ses hommes, il s'exclama:


-Nous avons oublié O'ros ! Par la Lumière !

Un des hommes interrogea:

-Vous pensez qu'il est mort?
-Impossible !

Vael s'était exclamé d'un ton si net, qui ne permettait aucune objection; que tout le monde se tut; il se remit à marcher, à un rythme plus soutenu; dans son esprit, s'ils parvenaient à retrouver O'ros, alors tout irait bien.

Deern marchait avec les autres, l'épée qu'on lui avait donnée pendant à sa ceinture, il pensait au Naaru, ne disait-on pas qu'un Naaru était mort lors du crash de l'Oshu'gun sur Draenor? Était-il arrivé la même chose à O'ros? Ce n'était encore qu'une hypothèse, mais l'idée était très inquiétante, que feraient-ils si jamais il n'était plus?
Il allait interroger Vael à ce sujet, lorsque quelque chose attira son regard; s'arrêtant, il écarquilla les yeux.

Les autres, qui marchaient quelques pas en avant, l'entendirent crier:


-Hé là ! Arrêtez-vous, venez !

Alertés par les cris de Deern, ils revinrent vers lui; puis, suivirent du regard ce qu'il désignait du doigt.
A quelques mètres sur le coté, un peu à l'écart de leur chemin, de la terre avait été retournée récemment, Vael s'approcha, puis hocha la tête:


-Ce sont des tombes...

Il s'agenouilla, et prit de la terre entre ses mains, en se relevant, il dit:

-Si quelqu'un a pu enterrer ces malheureux, alors ils doivent être encore là, venez, il faut les trouver !

Les Draeneï se remirent en route en silence; laissant la tombe derrière eux, cette tombe indiquait qu'il y avait des survivants à proximité, mais également que personne n'avait été épargné par le drame; Deern se demanda combien d'entre eux avaient péri, mais cette pensée était trop déprimante, il s'efforça de la chasser, il pensa à sa femme, qui faisait de son mieux; il se promit d'en faire autant, et de revenir avec de bonnes nouvelles; il n'était pas inquiet pour elle, ni pour ses filles, elles étaient en sécurité, du moins l'espérait-il.

Des éclats de voix au loin se firent entendre; nul besoin de tendre l'oreille: c'étaient des voix Draeneï; il y avait des gens ici !
Le groupe d'éclaireurs appela à son tour, tous se mirent à crier, tout en continuant d'avancer.
Quelques instants plus tard, il rencontrèrent une demi-douzaine de Draeneï armés, leur armure portant le symbole de la Main d'Argus; derrière eux, un homme était assis à même le sol, il ne s'était pas levé à leur approche; lorsqu'il leva la tête vers eux, Deern eut le souffle coupé: c'était le Prophète Velen.
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MessageSujet: Re: Soeurs.    Lun 2 Juin - 22:33

Les soigneurs poursuivaient leur oeuvre, en passant de blessé en blessé, leur prodiguant des paroles encourageantes, les rassurant.
La fatigue se faisait durement ressentir; Irni comme Deeka, bien qu'expérimentés, étaient à l'ouvrage depuis plusieurs heures; ils éprouvaient un vague sentiment de frustration à voir ces malheureux endurer des souffrances; ils auraient pu faire disparaître ces blessures beaucoup plus vite, presque instantanément, mais cela aurait nécessité de fournir d'intenses efforts, il fallait ressentir l'âme de la personne, se connecter à ses émotions; il fallait partager sa souffrance, pour mieux l'en délivrer.
Mais cet acte d'amour était extrêmement fatiguant, la souffrance laissait des traces, qui se traduisaient par l'épuisement de celui qui l'avait fait.
C'est pourquoi les deux anachorètes ménageaient leurs forces, c'est pourquoi ils prodiguaient des soins légers, c'est pourquoi il y avait encore des blessés; mais même ainsi, faire appel à la Lumière finissait par devenir fatiguant et difficile; le meilleur exemple en était Ashola, qui était tombée d'épuisement, et qui dormait à poings fermés; avec la pratique, il devenait plus facile de résister à la fatigue, et plus les pouvoirs grandissaient, plus il devenait facile de guérir des blessures plus graves en subissant moins de contrecoup nerveux.

Irni accueillit avec plaisir la jeune Scarley; celle-ci se mit immédiatement à la tâche; profitant de la pause que lui accordait l'arrivée de la jeune Draeneï, Irni se mit à la détailler, maintenant qu'elle était revenue à elle; c'était une très jolie jeune femme, le visage amical et souriant, on aurait cru une petite poupée; malgré tout, il semblait qu'elle n'était pas à l'aise.
Irni se rendit très vite compte que la vue du sang effrayait, ou du moins répugnait la petite anachorète; c'était sans doute la première fois qu'elle devait s'occuper de blessures aussi importantes.
Irni tenta de la rassurer et de l'encourager; elle lui conseilla de ménager ses forces, et lui suggéra de fermer les yeux si elle voyait du sang; en effet, quelques gouttes coulaient sur le bras d'un homme, et elle avait vu Scarley pâlir à cette vision; elle n'avait pas besoin de regarder, son coeur savait ce qu'il fallait faire.

La jeune anachorète écoutait et suivait ces conseils, elle remercia sa consoeur avec chaleur et humilité, et continua de s'appliquer.
Irni se leva et alla discuter avec Deeka, celui-ci avait assisté de loin à la scène, et visiblement ravi, il hocha la tête et quitta les blessés, non sans leur avoir prodigué des mots d'encouragement.
Irni le suivit du regard, jusqu'à ce qu'il s'installe auprès de Saala, qui le reçut avec force baisers; puis elle revint vers Scarley.

Les deux femmes continuèrent à travailler, Irni entendait sa protégée se présenter aux blessés, elle leur expliquait ce qu'ils faisaient, et les assurait de leur soutien; elle sourit en elle-même; cette petite était une perle; il lui faudrait veiller qu'elle ne s'épuise pas à la tâche, comme Ashola; c'était assez peu probable par ailleurs, car plus aucune blessure n'était de nature à préoccuper les principaux concernés; certaines étaient encore très douloureuses, et quelques plaies encore saignantes pouvaient effrayer, mais en réalité, d'ici quelques heures, tout le monde serait en mesure de se lever sans séquelles.

Irni vit Scarley se pencher par dessus un blessé, et retirer quelque chose; intriguée, elle l'observa se lever, puis se diriger vers Hopey, une fois à coté d'elle, elle se pencha sur elle, comme elle lui tournait le dos, Irni ne put voir ce qu'elle faisait; mais lorsqu'elle se releva, Hopey avait une fleur plantée dans les cheveux.
Les deux jeunes filles se séparèrent en s'effleurant les mains; puis Scarley revint à sa place, un grand sourire aux lèvres; elle vit qu'Irni l'avait observée; elle cessa aussitôt de sourire, et une expression gênée apparu sur son visage.

Elle demanda pardon d'avoir déserté, mais fut interrompue par Irni qui la rassura en lui expliquant que même les guérisseurs devaient prendre des moments de repos, elle désigna Deeka, qui était allongé contre sa femme, les yeux mi-clos; elle montra ses filles, Ashola, qui dormait comme un bébé, et Laevathein, qui montait la garde; elle comptait aller embrasser ses deux filles aussitôt qu'elle prendrait un moment de repos.

La jeune anachorète hocha la tête, convaincue; elle tourna ensuite le regard vers Hopey, qui elle-même ne la lâchait pas des yeux; elle lui adressa un sourire rayonnant, avant de reprendre son office; Irni lui demanda d'un ton maternel:


-Vous l'aimez beaucoup, n'est-ce pas?

Scarley devint toute bleue, et ne répondit pas, à la place, elle tourna de nouveau la tête vers Hopey; Irni lui posa alors la main sur l'épaule, et reprit:

-Vous savez, elle ne vous l'a peut être pas dit, mais elle était très inquiète pour vous.

La jeune anachorète sembla surprise, puis quelque peu honteuse d'avoir provoqué tant d'inquiétude à sa bien-aimée; les deux femmes continuèrent à parler tout en accomplissant leur oeuvre.

Au pied de l'Exodar; Deern n'en revenait pas; le Prophète Velen, en personne; mais surtout, il était frappé de voir à quel point celui-ci avait semblé avoir vieilli depuis qu'il était venu les visiter à l'infirmerie de l'Exodar; il gardait la tête baissée, et avait l'air abattu, lorsque Vael annonça la présence de leur groupe, le vieux Draeneï prononça quelques mots d'une voix chevrotante, presque larmoyante:


-Les enfants de la Lumière finiront par se retrouver, il ne faut jamais perdre l'espoir.

Mais le vieux Prophète semblait ne plus croire à ses paroles.
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MessageSujet: Re: Soeurs.    Ven 27 Juin - 10:42

Tandis qu'Irni conseillait maternellement Scarley, et qu'elle apprenait à la connaître, les envoyés avaient pénétré dans l'Exodar.

De nombreux groupes de Draeneï se trouvaient assis, hagards, parmi eux circulaient des soldats qui régulièrement se penchaient vers un de leurs semblables, leur prodiguant quelques mots de réconfort, leur apportant couvertures et nourriture.

Ainsi que les en informa Nital, le chef des soldats qui les avait accueilli, de nombreux Draeneï avaient rapidement pu rejoindre l'Exodar; néanmoins, le vaisseau avait été très gravement endommagé par la chute, et les techniciens qui s'étaient mis à l'oeuvre n'avaient pas encore la possibilité de donner un rapport complet; cependant, ce dont ils étaient à présent pratiquement certains, c'était qu'il serait probablement impossible de repartir.
La plupart des quartiers d'habitations étaient intacts, mais comme la serre et l'aile zoologique avaient été quasiment détruites, de nombreux spécimens animaux avaient disparu, échappés de leurs cages; ainsi, l'ordre avait été donné aux Draeneï de rester dans l'agora, le temps que les soldats retrouvent les animaux en fuite, parmi lesquels, des ravageurs, créatures extrêmement agressives et vicieuses, venues de Draenor; certains se demandaient même pourquoi on avait cru utile d'emporter des spécimens de ces monstres.

Des sentinelles étaient placées à chaque passage, à la fois pour empêcher les Draeneï de pénétrer dans les lieux interdits, et pour les protéger d'une éventuelle attaque.

Deern fit la grimace en entendant ces mots, dès qu'il avait entendu dire que les quartiers d'habitations n'avaient que peu souffert, il avait eu l'envie de se rendre à son logement, et d'y récupérer quelques affaires; malheureusement, avec la menace des ravageurs, c'était impossible.

Vael remarqua le désappointement sur le visage de Deern, il le prit à part et lui dit:


-Que vouliez-vous récupérer chez vous?
-Peu de choses, un portrait de ma famille, et la peluche de ma fille.

Vael hocha la tête, il reprit:

-Je comprends, elles sont en sécurité, ne vous inquiétez pas, nous allons bientôt repartir.

Il lui pressa le bras et s'éloigna pour questionner un des soldats qui passait; Deern partit dans l'autre sens, et alla rejoindre ses compagnons, qui reposaient leurs jambes, on leur avait apporté à boire et à manger; les conversations étaient hésitantes, certains regrettaient de ne pas être aux cotés de leurs familles, tous avaient grand hâte de reprendre la route, et d'aller chercher les leurs.

Finalement, au bout d'une heure, Vael revint, accompagné d'une douzaine de soldats; ils quittèrent l'Exodar; en sortant, ils constatèrent que le soleil se couchait, un barrissement leur fit tourner la tête.
Arrivant à coté d'eux, une Draeneï en tunique, juchée sur un elekk leur lança un joyeux "bonsoir !"; l'ellek était harnaché et tirait un chariot; la femme descendit avec précaution de l'animal, puis lui caressa l'oreille en tendant le bras, elle se retourna vers le groupe, continuant machinalement à flatter l'animal:


-Je m'appelle Dyla, on m'a chargée de vous accompagner avec Kyoula pour...Oh pardon, je ne vous ait pas présentés ! Elle c'est Kyoula !

Disant ces mots, elle désigna l'elekk qui se mit à barrir de contentement en entendant son nom; Deern détaillait la Draeneï, la trouvant très jeune, elle semblait très enthousiaste à l'idée de les suivre; il sourit, sa bonne humeur apporterait un peu de joie dans le groupe.

Les soldats se remirent en route, suivis par Dyla et Kyoula, qui tirait le chariot sans la moindre difficulté; en chemin, on interrogea Dyla, qui répondit joyeusement aux questions, on apprit qu'elle était la fille de Nital, le soldat, garde du corps de Velen, qui les avait reçu; elle expliqua que son père lui avait demandé de les accompagner et de prendre un chariot, à cause des blessés; à ces mots, elle ouvrit grand les yeux, et l'air inquiet, demanda s'il y avait des morts.
Elle était si touchante que beaucoup hésitèrent, mais il fallait dire la vérité, alors on lui répondit par l'affirmative; elle ferma les yeux et murmura une prière, puis se tût tout le reste du chemin, sa bonne humeur semblait envolée.

La nuit venait de tomber lorsqu'ils parvinrent au camp, facilement visible grâce au grand feu que les Draeneï avaient allumé; des clameurs de joie furent jetées des deux cotés, on se sauta dans les bras, on s'embrassa.
Le chariot contenait de la nourriture, de la viande, que l'on fit cuire au feu de camp; les esprits étaient joyeux, tous les blessés étaient totalement guéris, à l'exception de Muna, qui était cependant sortie du coma; et à qui Satas, son mari, donnait à manger.

Laevathein, épuisée de sa journée de garde, s'était assise à coté de sa soeur, qui s'était réveillée quelques heures plus tôt; les deux femmes étaient en grande conversation, et riaient de temps en temps.
Deern était allé immédiatement rejoindre Irni, et la gardait dans ses bras, même durant le repas, ce qui ne fut pas sans complications, ce qui faisait redoubler d'hilarité le couple.
Un peu à l'écart, Hopey et Scarley s'embrassaient tendrement et échangeaient des mots à voix basse.

La pluie vint néanmoins jouer les trouble-fête en plein milieu du repas, mais elle cessa rapidement, laissa les Draeneï humides, se réchauffant au coin du feu.

Estis et Vael discutaient à l'écart, l'Exarque aurait voulu partir immédiatement, mais la nuit risquait de compliquer les déplacements, et il valait mieux attendre le lendemain; finalement, ne pouvant rien faire de plus, Estis se joint à la fête et mangea de bon appétit; cependant, il n'était pas tranquille, Vael lui avait confirmé qu'il n'avait pas vu son père à l'Exodar, et renseignement pris, personne n'avait de nouvelles.
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MessageSujet: Re: Soeurs.    Jeu 3 Juil - 13:39

Elle se réveilla en sursaut.
En sueur, nauséeuse, elle porta douloureusement les mains à son ventre, elle réprima avec difficulté ses sanglots.

Elle avait encore rêvé de Maar'nar, et de Mirlini...

Le voyage vers l'Exodar s'était déroulé sans encombres, une fois qu'ils étaient arrivés, l'Exarque Estis leur avait donné une permission d'une journée, pour se reposer, et retrouver leurs familles.
Elle était allée rejoindre sa soeur, puis, lorsque la nuit était tombée, la fatigue l'avait submergée, et elle s'était couchée sans manger.

Elle leva la tête en se mordant les lèvres, autour d'elle, de nombreux Draeneï dormaient, quelques gardes circulaient entre les groupes, s'assurant que personne ne manque de rien.
L'interdiction de se rendre dans les quartiers d'habitations était toujours en vigueur, malgré le fait que la plupart des spécimens échappés avaient été retrouvés et tués, le danger était toujours présent; des gardes étaient ainsi postés à tous les points de sortie de l'agora, surveillant les couloirs, l'oeil aux aguets.

Elle ne parvenait pas à voir l'extérieur depuis l'endroit elle se trouvait, mais il était clair qu'on était au beau milieu de la nuit; un quasi silence régnait, seulement interrompu par quelques chuchotements entre les gardes.

Elle se leva lentement, les yeux mi-clos, elle sentait les larmes lui venir, et s'efforçait de les refouler; elle ne voulait pas craquer, pas ici, pas maintenant.
Louvoyant entre les Draeneï endormis, elle réussit à traverser la pièce et se dirigea vers l'infirmerie; elle pénétra à l'intérieur; là, tous les lits étaient occupés, des anachorètes et guérisseurs circulaient avec agitation, des éclairs de lumière jaillissaient en tous sens, on entendait des gémissements, des murmures de réconfort, des pleurs.
Elle s'arrêta à l'entrée, un instant perdue, puis elle reconnu la silhouette de sa soeur au fond.

Ashola se tenait aux cotés d'un Draeneï en robe vert clair, ils discutaient d'un homme allongé sur le ventre, le dos brûlé et la chair à vif; on l'entendait gémir de douleur.
Ne voulant pas déranger, elle posa la main sur l'épaule de sa soeur, qui se retourna brusquement, celle-ci, reconnaissant Laevathein, lui adressa un grand sourire, qui disparu aussitôt lorsqu'elle vit l'expression de sa soeur; d'une voix inquiète, elle demanda:


-Lae, qu'est-ce que qui se passe?

La jeune femme secoua la tête et répondit:

-Est-ce que tu as vu maman?
-Euh, oui, elle était fatiguée, elle est partie dormir, tiens, elle est là-bas.

Elle désigna une forme allongée sous une couverture; en plissant les yeux, Laevathein reconnu sa mère, elle dormait seule.

-Papa n'est pas avec elle?
-Je crois qu'il est parti proposer son aide pour déblayer les débris.

Laevathein remercia sa soeur et quitta la pièce; celle-ci allait la rappeler, mais son patient se remit à gémir, détournant son attention.

Elle se dirigea avec précaution vers sa mère; elle devait être épuisée, après avoir passé tout ce temps à pratiquer des soins; elle s'en voulait presque de la réveiller.

Lorsqu'elle parvint à sa hauteur, elle s'assit à coté d'elle, puis lui posa la main sur l'épaule, et la secoua légèrement.
Irni ouvrit les yeux et se retourna; lorsqu'elle vit sa fille, elle se redressa brusquement:


-Ba'laa Naaru, Lae, qu'est-ce que tu as?!

Elle fit un geste négatif de la main, et secoua la tête; puis répondit:

-Rien, rien...

Irni s'approcha d'elle et la regarda dans les yeux, elle prit un ton sévère et reprit:

-Lae, j'ai toujours su quand tu mentais, qu'est-ce qu'il y a?

Baissant la tête, sa fille prononça d'une voix faible:

-C'est si visible que ça?

Elle entendit sa mère lui répondre avec un peu de reproche dans la voix:

-Je suis ta mère, je sais tout de toi.

En entendant le mot "mère", elle eu du mal à retenir ses larmes; la tête toujours baissée, elle demanda:

-Est-ce qu'on peut marcher un peu?
-D'accord.

Elle attendit que sa mère se lève, elle vit qu'elle prenait sa couverture; finalement, elle se leva également, sans relever la tête; les deux femmes firent quelques pas, qui les éloignèrent du groupe.
Elles s'arrêtèrent dans une petite alcôve; là, Irni, sa couverture drapée sur les épaules, regarda sa fille et lui demanda très doucement:


-Est-ce que ça va?

Elle se jeta dans les bras de sa mère en pleurant; les larmes, qu'elle avait retenues si longtemps, jaillissaient en flot et coulaient dans les cheveux, puis sur les épaules d'Irni; elle enfouit sa tête dans la chevelure luxuriante de sa mère, sentant son odeur.
Des souvenirs surgissaient dans son esprit, des images de son enfance, lorsque sa mère arrivait dans sa chambre la nuit, la serrait contre elle, lorsqu'elle avait peur de l'orage; l'embrassait sur le front quand elle se faisait mal; des souvenirs encore plus lointains, brumeux, lorsqu'elle ne marchait pas encore toute seule, et que sa mère l'emmenait dehors, en la portant dans ses bras, qu'elle la regardait en souriant, lorsqu'elle avait appris à marcher, en se tenant à la queue de sa mère, puis de son père; qui l'encourageaient à venir, lorsqu'elle s'était rendue compte qu'elle pouvait se déplacer toute seule.

Tous ces souvenirs se bousculaient, et lui faisaient encore plus mal; elle sentait dans son coeur un vide, immense, qui menaçait de l'engloutir; des images se superposaient, le visage d'Ashola, souriant, celui de Maar'nar, lorsqu'il lui avait déclaré son amour; son père, qui l'avait disputée lorsqu'elle était rentrée après la nuit; sa mère, inquiète qu'il ne lui soit arrivé malheur; sa mère, qui lui avait raconté ses propres grossesses; qui lui avait confié ses joies lorsqu'elle avait porté la vie; son incrédulité, puis l'explosion de joie lorsqu'elle s'était rendue compte qu'elle était de nouveau enceinte, seulement six mois après la naissance de Laevathein.

Les sanglots lui déchiraient le coeur, mais elle ne pouvait plus les contenir; c'était comme une douleur qu'elle avait refusée depuis trop longtemps.
Elle était plus grande que sa mère, mais se retrouvait petite fille aujourd'hui, elle aurait voulu le redevenir, pour être consolée, cajolée, aimée, et ne pas ressentir ce chagrin, ce vide, qui la détruisait.

Irni, au bord des larmes également, serrant sa fille contre elle, la laissait pleurer à l'envi; elle ressentait en partie l'agonie que subissait sa fille; et cela lui vrillait le coeur; enfin, au bout de longues, trop longues minutes, ou elle sentit que sa fille sombrait de plus en plus; elle l'entendit articuler, à bout de souffle, la voix tremblante:


-Ils...Me manquent...

Que dire? Irni ne le savait pas; jusqu'alors, elle avait toujours su répondre aux angoisses et aux attentes de ses enfants, lorsqu'elle avait appris que Lae était enceinte, elle en avait pleuré; puis, lorsqu'elle était venue lui demander de lui expliquer; lorsqu'elle lui avait dit qu'elle était son modèle; elle s'était sentie touchée jusqu'au plus profond de son âme; à cet instant, elle avait eu la sensation qu'elle vivait l'aboutissement de son rôle de mère; elle lui avait tout raconté; elle lui avait parlé des nausées, très rares; de la sensation de peser le poids de deux elekk, des jours ou elle portait sur les nerfs de Deern à force de se plaindre de sa silhouette; mais elle avait surtout parlé du sentiment magique que l'on ressentait lorsque son bébé bougeait pour la première fois; des nuits blanches simplement passées à attendre qu'il cogne; cette sorte de communion avec ce petit être que l'on portait, et à qui on allait donner la vie; les regrets qu'elle avait eu que son mari ne puisse pas ressentir ce qu'elle ressentait; et enfin, le moment tant attendu, tant espéré; lorsque son enfant venait au monde; lorsque son mari lui posait sur la poitrine; les larmes de joie, les larmes qu'elle ne pouvait pas, qu'elle ne voulait pas stopper.

Mais désormais, elle ne savait pas quoi faire; désemparée; elle laissait sa fille pleurer; elle avait perdu son mari, elle avait perdu son enfant; pire, elle n'avait pas pu le porter jusqu'à terme; elle n'avait pas pu connaître ce sentiment de plénitude.

Alors lentement, elle la fit s'asseoir, Laevathein, toujours pleurant, se laissa faire; sa mère attendit; cette fois, c'est elle qui écouterait.
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MessageSujet: Re: Soeurs.    Jeu 3 Juil - 19:27

Laevathein se mit à parler, balbutiant, sanglotant; sa mère, qui la serrait dans son giron, en avait le coeur déchiré; les paroles qu'elle entendait lui allaient droit au coeur; elle ressentait intensément la souffrance de sa fille.
Elle répéta à quel point son mari et son enfant lui manquaient; les sensations lorsqu'il lui caressait la nuque; les façons dont il l'embrassait, comment il l'attirait contre lui.

Enfin, après un long silence entrecoupé de sanglots, elle parla de ses derniers rêves:


-J'étais avec Maar'nar, on vivait dans notre maison, et c'était l'anniversaire de notre fille...

Elle s'interrompit, la voix brisée; sans dire un mot, Irni l'embrassa tendrement sur le front; elle sentait l'appréhension monter en elle; et s'efforça de ne rien laisser paraître, elle devait être forte.

-Vous étiez tous là, toi, papa, Ashola, et même tante Tevali.

Laevathein retourna subitement la tête et questionna sa mère:

-Tu crois que tante Tevali est morte?

La brutalité de la question, et la sincérité du ton de sa fille surprirent Irni, qui sursauta et ne sut que répondre; finalement, elle hocha la tête et répondit en bégayant:

-Je...Je ne sais pas...

La réponse la plus honnête aurait probablement été un oui, mais Irni voulait espérer que la tante de Maar'nar était en vie, malgré toute logique, malgré le fait qu'elle ne se soit pas trouvée sur le vaisseau, elle en était certaine; perdue dans ses réflexions, elle ne réalisa pas tout de suite que Laevathein s'était remise à parler:

-Ashola avait laissé pousser ses cheveux, et elle avait un fiancé, et Mirlini avait hâte de lui montrer son tableau.

Elle se tût durant quelques minutes, revivre ce rêve, car c'en était un, était éprouvant; un martyre, qu'elle devait endurer, obscurément, elle se demandait pourquoi elle le racontait; oubliant presque pourquoi elle se trouvait dans les bras de sa mère.
Irni, toujours muette, tentait de se représenter ce que sa fille lui racontait, sans y parvenir; c'était au-delà de son imagination.


-J'y étais, maman, j'y étais vraiment, je sentais l'odeur de la nourriture, je sentais l'odeur de ma fille; j'ai senti le goût de ses lèvres quand je l'ai embrassé, je l'ai senti qui m'embrassé, j'étais là, j'y étais, c'était ma vie...

Elle tendit les mains en avant, comme pour attraper quelque chose; puis les ramena lentement le long de son corps; elle se remit à pleurer en silence, sa mère la serrant contre elle, l'embrassant, la caressant; la berçant, comme elle le faisait lorsqu'elle était enfant.

Elle se mit à raconter le rêve qu'elle venait de faire; bouleversée, Irni l'écoutait, des larmes coulant silencieusement le long de ses joues; elle ne pouvait imaginer vivre pareille souffrance:


-J'étais allongée dans notre lit; je ne pouvais plus me lever et j'allais bientôt accoucher, je la sentais, maman, je la sentais ! Par tout ce qui est sacré, je la sentais, comme je te sens maintenant, elle bougeait ! Elle frappait mon ventre avec ses petites mains et ses petits sabots.
Je touchais mon ventre, j'essayais de la caresser, je lui parlais, je lui disais que sa maman pensait à elle, je lui disais que je l'aimais; Maar'nar est entré, il s'est assit à coté de moi, on s'est donné la main, et il a posé sa tête sur mon ventre; elle sentait que son père était là...
Et puis, j'ai senti des contractions, et je me suis réveillée, les mains sur le ventre...

Elle n'acheva pas sa phrase, la voix brisée; Irni n'eut pas besoin de précisions supplémentaires pour comprendre; elle n'imaginait que trop bien l'horrible réveil de sa fille, qui s'était retrouvée plongée dans tous ses plus beaux espoirs; qui s'était rêvée enceinte, et s'était éveillée, et qui n'avait pas retrouvé son ventre; ce manque...
Elle avait le coeur au bord des lèvres, et se sentait sur le point de s'effondrer; seule la vue de sa fille lui permit de résister à cette pression; elle sentait qu'elle devait parler, mais ne savait quoi dire, quand Laevathein l'interrogea, en la regardant dans les yeux:


-Maman, est-ce que j'arrêterais de souffrir un jour?

Sa mère hésita un instant; devait-elle mentir et lui dire qu'elle finirait par oublier? Ou être honnête, au risque de lui faire plus de mal? Elle n'hésita pas longtemps: sa fille était devenue une femme, elle ne pouvait plus lui mentir; et le faire risquerait de lui apporter plus de mal à terme...
Elle serra sa fille contre elle puis la regarda dans les yeux, lentement, en baissant les yeux, elle secoua négativement la tête, puis elle répondit:


-On ne peut pas arrêter de souffrir, même des années après, ça continue à faire mal, tu ne peux pas l'oublier, mais tu dois apprendre à vivre avec; et peut être, un jour, ça te fera moins mal, et peut être...

Les larmes recommencèrent à couler silencieusement sur les joues de Laevathein; Irni se maudissait intérieurement de faire pleurer sa fille, mais elle ne pouvait pas faire autrement, lui mentir et lui dire qu'un jour, elle oublierait cette douleur serait lui faire plus de mal encore; sentant elle-même des larmes couler, elle se blottit contre sa fille et la berça:

-Je suis désolée, je suis désolée, ma petite, je suis désolée, je ne peux pas guérir ton coeur...

La jeune femme se remit à sangloter, le visage caché dans les cheveux de sa mère; elle répétait d'une voix déchirante:

-Je veux mon bébé ! Je veux mon bébé...
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MessageSujet: Re: Soeurs.    Lun 14 Juil - 20:52

Irni se sentait triste et vidée; elle s'était attendue à ce que sa fille souffre le martyre, mais entre s'y attendre, et y assister, impuissante, il y avait un monde; un monde qu'elle voyait insurmontable.
Laevathein se reprochait la mort de son bébé, mais comment lui expliquer qu'elle n'était pas responsable? Que ce n'était pas sa faute? A la fois, elle avait besoin de faire endosser cette responsabilité à quelqu'un, mais elle se faisait d'autant plus de mal.

Son enfant était mort, parce qu'a ce moment, elle se trouvait dans un tel état de détresse et de souffrance qu'il n'était pas possible de songer à autre chose; un jour, elle le comprendrait, et l'accepterait, elle parviendrait à cesser de se reprocher la perte de son bébé.

Elle voulait parler, mais les mots ne venaient pas; sa fille répétait inlassablement qu'elle voulait son bébé, qu'on lui rende son enfant, qu'on lui rende son mari; des supplications larmoyantes, propres à briser le coeur de n'importe qui.

Finalement, la voix de Laevathein se brisa, à bout de nerfs, effondrée, elle se blottit dans les bras de sa mère et pleura en gémissant, tremblant, tirant sur ses manches.

Le jour allait bientôt se lever, lorsque des cris retentirent dans l'agora; surgissant de l'un des couloirs, une demi-douzaine de soldats portaient l'un d'entre eux sur une civière de fortune; celui-ci hurlait, le visage déformé par la douleur; le bras gauche déchiqueté, les os à nu, et le sang coulant à grosses rigoles.
Les Draeneï, réveillés par les cris, s'éloignèrent vite du passage, tandis que les soldats le transportaient en vitesse vers l'infirmerie; alors qu'ils approchaient, deux Draeneï sortirent précipitamment, Irni reconnu sa fille cadette, accompagnée par une autre Draeneï qu'elle reconnu comme étant Scarley.
Une brève discussion s'engagea entre les soldats et Ashola, finalement, le blessé fut déposé à terre; la jeune Draeneï se pencha immédiatement sur lui, tandis que Scarley s'agenouillait de l'autre coté, et lui posait une main sur le front.

Les hurlements du blessés perdaient en intensité; de là ou elle se trouvait, Irni vit clairement le visage tendu d'Ashola alors qu'elle canalisait la Lumière entre ses mains, et les promenait sur le bras de l'homme; celui-ci était très pâle et semblait terriblement souffrir; les yeux révulsés, il semblait à bout de souffle et ne plus avoir la force de crier; cela inquiéta Irni, qui savait d'expérience que tant qu'une personne criait, elle était encore pleine de vitalité.
Elle regarda Scarley, qui avait nettement pâli sous l'éclairage violacé; on distinguait le tremblement de ses lèvres, et elle regardait le sang avec une expression effrayée; néanmoins, la jeune femme chantait un hymne sacré, qu'elle parvenait à suivre; d'ailleurs, sans s'en rendre compte, elle se mit à le murmurer à son tour, si bien que de la lumière commença à émaner d'elle, la réchauffant, et enveloppant Laevathein, toujours blottie dans ses bras.

Ashola tentait de sourire, murmurant des paroles encourageantes au blessé; un espace était dégagé autour d'eux, afin de les laisser respirer; un attroupement s'était néanmoins formé autour des soldats, qui fut en partie dispersé lorsqu'un commandant vint s'enquérir des raisons de ces cris; finalement, on apprit que la traque des ravageurs avait prit fin.
Au cours de la nuit, un duo de ces animaux avait été repéré dans une grande salle commune; l'éclairage étant en partie endommagé, ils étaient entrés dans la pièce plongée dans une demi-obscurité; mais ils avaient pu débusquer l'une des créatures, qui s'avérait une femelle, prête à mettre bas; sans lui laisser le temps de réagir, les soldats l'avaient tuée.
Alors qu'ils cherchaient à découvrir l'autre spécimen, celui-ci, profitant de l'obscurité, avait sauté par surprise sur l'un des soldats, sa puissante mâchoire lui déchiquetant le bras et lui broyant les os; même son armure avait été brisée par l'extraordinaire puissance des crocs de la bête.
Celle-ci avait fait chuter le Draeneï, hurlant de douleur, et tentait de lui mordre la gorge; celui-ci ne dut finalement son salut qu'à ses spasmes de douleur, qui le faisaient se tourner dans tous les sens, empêchant le ravageur de plonger ses crocs dans la chair; cependant, il y eu deux morsures à l'épaule et au flanc, plus bénignes celles-ci; enfin, la bête fut décapitée au moment ou elle s'apprêtait à attaquer de nouveau.
Les soldats avaient alors immédiatement évacué leur frère après avoir confectionné une civière de fortune en utilisant leurs chemises.

Pour le moment, le Draeneï avait cessé de crier; sa poitrine se soulevait et se baissait à rythme rapide, et il gardait les yeux tournés vers le plafond; Ashola, de grosses gouttes de sueur lui coulant sur le front, déployait d'intenses efforts pour guérir la blessure; tandis que Scarley avait prit la main valide du blessé et tentait de le faire parler, pour le maintenir conscient; Irni approuvait intérieur cette façon de procéder; en réalité, la jeune anachorète prodiguait également la Lumière au blessé, qui s'insinuait doucement dans son corps, et contribuait, de l'intérieur, à sa guérison.

Finalement, au bout d'une heure, Ashola se redressa, à bout de souffle, s'épongeant le front, elle prononça quelques mots à voix basse; puis le blessé s'assit, il observa ses deux guérisseuses; qui se tenaient des deux cotés; puis se leva lentement; il leva son bras droit devant ses yeux, celui-ci était désormais totalement guéri, vierge de toute blessure ou cicatrice; il s'inclina alors avec reconnaissance devant chacune des Draeneï, qui lui rendirent un sourire.
Scarley posa sa main sur son coeur et loua son courage; puis les deux femmes s'éloignèrent en direction de l'infirmerie; le soldat quand à lui, rejoint ses compagnons, levant constamment son bras, semblant ne pas en croire ses yeux.


-Elles sont très douées.

Irni sursauta; entre ses bras, Laevathein venait de parler d'une voix calme; revenant de sa surprise, elle lui caressa distraitement les cheveux en répondant:

-C'est vrai, elles ont fait quelque chose d'admirable avec ce soldat.

Elle sentit que Laevathein se dégageait de son étreinte, sa fille se leva, et se retourna; Irni vit qu'elle avait les yeux secs, malgré les marbrures qui lui striaient encore les joues, elle prononça d'une voix douce:

-Je dois aller les rejoindre, je ne peux pas rester ici sans rien faire.

Irni acquiesça en silence; elle regarda sa fille s'éloigner; puis, au bout de quelques pas, celle-ci s'arrêta et revint vers sa mère; elle se pencha vers elle et l'embrassa sur les joues en murmurant:

-Merci maman, je t'aime.
-Je t'aime aussi mon bébé.

Laevathein repartit, le pas assuré, laissant sa mère indécise, ressentant un mélange de tristesse et d'espoir.
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MessageSujet: Re: Soeurs.    Jeu 21 Aoû - 12:48

Le jour s'était levé, morose; la température, sans être glaciale, était néanmoins très fraîche.
De nombreux Draeneï se serraient les uns contre les autres, emmitouflés dans des couvertures ou des linges; il faisait beaucoup plus froid sur ce monde que sur Draenor.

Tâchant d'ignorer l'air qui circulait entre les articulations de son armure et qui la faisait frissonner, Laevathein se mit à la recherche de son supérieur, l'Exarque Estis.
Après avoir assisté à la dévotion dont avait fait preuve sa soeur, elle songeait que ce serait mal de se laisser dévorer par ce chagrin qui ne l'avait jamais quittée depuis la mort de Maar'nar; sa famille et son peuple avaient besoin d'elle; à présent, elle était capable de réaliser qu'elle n'était pas la seule à avoir eu le coeur brisé.

Alors qu'elle tournait la tête en tous sens pour repérer l'Exarque, un des membres de son équipe, un dénommé Thuke l'accosta:


-Laevathein, l'Exarque te fait mander, il a une mission à nous confier.
-Une mission? Quelle mission?
-Je ne sais pas, il a dit qu'il voulait que tout le monde soit là avant de nous le dire.

Les deux Draeneï marchaient en direction du Sanctum des redresseurs de tort, qui avait été modérément endommagé, mais dont la plupart des pièces étaient intactes; en chemin, ils poursuivirent leur conversation:

-Est-ce que ta femme va mieux?

L'épouse de Thuke avait été blessée lors de l'assaut des Elfes de sang, fort heureusement, elle avait eu plus de peur que de mal.

-Elle va beaucoup mieux, grâce à la Lumière, mais elle a peur, et je m'en veux de la laisser seule...
-Nous avons tous peur, mais nous devons être forts pour nos frères et nos soeurs.
-Je le sais, mais parfois...

Il arrivèrent dans la pièce qui abritait leurs compagnons, la plupart avaient été formés en même temps et avaient traversés les mêmes épreuves.
Laevathein et Thuk se présentèrent à Estis, qui déclara:


-Très bien, vous voilà, il manque encore quatre personnes, et je vous expliquerais notre mission.

A regarder autour d'elle, Laevathein constata qu'elle n'était pas la seule à s'interroger sur cette fameuse mission que l'Exarque voulait leur confier; des chuchotements étaient échangés, une vive agitation régnait dans la pièce.
Leur faisant face, Estis demeurait impassible, ses yeux examinaient chacun des soldats qu'il avait en face de lui, les jaugeant, il espérait que la mission se déroule sans encombre; malgré leur entraînement, ils étaient encore trop inexpérimentés, et ce monde avait déjà montré bien trop d'hostilité pour avoir l'esprit tranquille.

Les retardataires entrèrent en même temps dans la salle; saluant leurs compagnons et leur chef.
Estis intima le silence et prit la parole:


-Hier soir, j'ai été informé qu'un groupe de survivants était parvenu à émettre un signal de détresse à partir de leur capsule, malheureusement, ceux-ci n'ont pu émettre que durant un court moment, mais cela a été suffisant pour nous permettre de déterminer leur position; notre mission est d'aller les chercher, et de les ramener ici; nous partons dès cet après-midi, des questions?
-Pourquoi pas maintenant?
-Parce qu'ils sont une centaine, et qu'ils sont à court de provisions, nous devons préparer un convoi pour leur apporter ce qu'il faut pour ne pas mourir de faim.

Les soldats demeurèrent silencieux, la perspective d'aller secourir une centaine de survivant leur semblait incroyable, miraculeuse; l'Exodar s'était écrasé depuis près d'une semaine désormais; qu'il puisse encore y avoir des personnes qui luttaient pour survivre et rejoindre leurs frères et soeurs Draeneï, voilà qui était exceptionnel.

En quittant la pièce, Estis déclara d'une voix forte:


-Dès que le convoi sera prêt, nous partirons, si vous avez des choses à faire, faites les maintenant.

Les soldats saluèrent d'une seule voix; puis, le brouhaha des conversations s'éleva, certains voulaient partir tout de suite, d'autres partaient aider à préparer le convoi; on discutait du courage de ces survivants, de leur ingéniosité.
Laevathein quitta la pièce, songeuse, cette mission prendrait probablement quelques jours; elle devait prévenir ses parents et sa soeur.
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MessageSujet: Re: Soeurs.    Ven 24 Oct - 17:25

-Sois prudente.

Ces mots, prononcés à la fois par sa soeur et sa mère lui trottaient encore dans la tête, elle n'avait pas pu voir son père, qui était occupé avec un petit groupe de volontaires à déblayer les nombreux débris qui s'étaient éparpillés après le crash; il fallait les dégager le plus vite possible car on pourrait peut être retrouver des choses utiles; mais plus grave encore, les émanations qui s'échappaient des cristaux brisés avaient commencé à imprégner le sol, causant des mutations à la flore locale, et certainement bientôt, à la faune.

Laevathein était partie depuis trois heures avec les soldats de son groupe, ils étaient quinze, dirigés par l'Exarque Estis; celui-ci leur avait répété l'objectif de leur mission: secourir un nombre important de Draeneï qui s'étaient écrasés à un jour de marche, et les ravitailler, puis, les ramener en lieu sur, à l'Exodar.
Tous étaient armés, avec la présence des Elfes de sang sur l'île, l'éventualité d'une attaque n'était pas à exclure; Estis avait d'ailleurs donné des consignes tactiques dans le cas ou ils auraient été victimes d'une embuscade.
Laevathein se répétait ces consignes tout en marchant, le poids de son épée accrochée à sa taille lui semblait démesuré, elle se demandait si elle serait capable de la lever de nouveau pour frapper, comme elle l'avait fait, deux jours plus tôt; lorsqu'elle avait largement balafré cette Elfe de sang.

Deux elekks chargés de vivres traînaient nonchalamment en queue de convoi, les paisibles bêtes ne ressentaient aucune menace et marchaient paisiblement, deux Draeneï marchaient à coté d'eux et régulièrement leur flattaient la trompe et leur tendaient des friandises.

L'atmosphère se détendit nettement lorsque au détour d'une colline, ils aperçurent tout un groupe d'animaux qui voletaient sans but précis; c'étaient de grandes bêtes blanchâtres et aux ailes fines; quelques unes de ces créatures volèrent à proximité des Draeneï, qui s'arrêtèrent pour les observer.
Estis ordonna à la troupe de s'arrêter, et dans le même temps empoigna son marteau, d'autres l'imitèrent et sortirent leurs armes.
Les bêtes se contentaient de voltiger, s'approchant et s'éloignant, sans sembler avoir d'intentions particulières, finalement, l'un des Draeneï, du nom de Kasad, s'approcha et tendit la main, malgré les ordres d'Estis qui lui ordonnait de reculer.

Kasad s'approcha encore, et fut bientôt entouré d'une demi-douzaine de ces créatures, qui voletaient autour de lui; la tension monta d'un cran, Estis serrait les mains sur le manche de son marteau, sans pouvoir l'expliquer, il ressentait un profond malaise; ces créatures l'inquiétaient, et soudainement, il comprit, ouvrant grand les yeux, il cria:


-Kasad, sortez de là ! C'est un ordre !

Le Draeneï se retourna, surprit, c'est à ce moment que sa main heurta l'une des bêtes.
Instantanément, celle-ci sursauta et s'envola en battant violemment des ailes; les autres créatures firent de même, et toutes sécrétèrent une sorte de poudre grise qu'elles expulsèrent avec les mouvements de leurs ailes.
Cette poudre recouvrit presque immédiatement Kasad, qui disparut de la vue des autres Draeneï, provoquant des cris; puis, une seconde plus tard, on entendit un éternuement, et Kasad sorti de la poussière.

Marchant en titubant, il fut aussitôt secouru par les plus proches et sous les ordres d'Estis, la troupe s'éloigna rapidement des bêtes, qui ne les suivirent pas.

Quelques dizaines de mètres plus loin, Kasad s'assit et tenta de parler, mais il ne parvenait pas à s'empêcher d'éternuer, cependant, ainsi que l'un des guérisseurs s'en assura, il n'avait pas la moindre blessure, la poudre avait provoqué de violents éternuements et des irritations au visage et aux yeux.

Entendant cela, Estis rangea son marteau, et retourna lui-même vers les créatures inconnues, celles-ci le laissèrent approcher sans paraître effarouchées, et lorsqu'il en toucha une, celles-ci sécrétèrent de nouveau leur étrange substance, mais en quantité moindre; le Draeneï sortit de celle-ci en se protégeant le visage avec la main; il éternua plusieurs fois, mais semblait en pleine forme.
Il retourna voir Kasad et échangea quelques mots avec le guérisseur, puis se releva et annonça d'une voix forte:


-Après vérification, ces étranges créatures ne semblent pas nous vouloir de mal, la poudre qu'ils sécrètent ne provoque qu'éternuements et irritations; malheureusement, Kasad, qui a subit "l'attaque" de plein fouet, va devoir se trouver un grand mouchoir !

Des éclats de rire retentirent à la fin de la phrase; Kasad lui-même riait de sa mésaventure; ce monde était étrange, mais finalement, tout n'était pas hostile, il faudrait du temps aux Draeneï pour l'explorer, et savoir reconnaître ce qui était dangereux, et ce qui ne l'était pas.

Laevathein avait également éclaté de rire lorsque l'Exarque avait éclairci la situation; elle jetait de temps en temps un regard à Kasad, qui marchait en reniflant, ses éternuements persistaient, et provoquaient l'hilarité de ses camarades; la jeune femme, qui était la seule femelle de la troupe, participait à la conversation et s'amusait beaucoup des traits d'esprit de certains de ses camarades.
Elle apprit que parmi les soldats présents, la plupart s'étaient comme elle engagés après la fuite de Draenor, afin de protéger leur peuple et leur famille, lorsqu'ils en avaient encore une.
Ces conversations étaient teintées de mélancolie, personne ne songeait à rire lorsqu'on parlait des défunts, des blessures, de la cruauté des Orcs; pourtant, une certaine forme d'optimisme revenait, on avait la foi en la Lumière, elle ne les abandonnerait jamais, cette certitude leur permettait d'avancer, même lorsqu'ils avaient tout perdu.

L'arrivée au campement des naufragés était prévue pour le milieu de la nuit, mais Estis voulait arriver plus tôt, afin d'y passer la nuit complète, et de repartir à la première heure le lendemain; à cette intention, il ordonna une pause au coucher du soleil, afin que chacun reprenne des forces et donne le meilleur de lui-même pour arriver plus vite.

Ils ne devaient faire halte que durant une heure, tandis que la plupart mangeaient, des tours de garde furent institués, les soldats, des torches à la main, scrutaient l'obscurité, la menace était évidemment les Elfes de sang; si jamais ceux-ci les espionnaient, ils choisiraient ce moment pour les attaquer.
Estis prit son poste parmi les premiers, donnant l'exemple, tout en surveillant avec attention le paysage vallonné, il songeait qu'il aurait presque été plus préférable que les Elfes attaquent à ce moment précis, plutôt que lorsqu'ils auraient rejoint les autres; il n'y avait pas de soldats parmi eux, et les victimes seraient nombreuses...

Pendant ce temps, Laevathein mangeait, le silence était retombé sur le groupe, la température avait baissé et certains commençaient à frissonner, malheureusement, ils ne pouvaient pas allumer de feu, car si les ennemis étaient là, les lueurs les auraient fait repérer.
Il lui tardait de rentrer à l'Exodar, cet endroit la mettait mal à l'aise, ces lieux lui étaient tout à fait étrangers, même le sol était différent de tout ce qu'elle avait toujours connu à Nagrand; elle songea qu'il s'agissait probablement du dépaysement, et que dans quelques jours elle n'y ferait plus attention.

L'heure passa sans encombres, et la troupe se remit en mouvement; les elekk, toujours patients, marchaient tranquillement, transportant les précieux vivres.
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MessageSujet: Re: Soeurs.    Ven 3 Avr - 20:02

Quelques minutes plus tard, après avoir escaladé une colline, les soldats virent une colonne de fumée monter vers le ciel, des murmures inquiets se firent entendre, mais cette inquiétude fut de courte durée lorsque les éclaireurs signalèrent la présence de Draeneï autour d'un feu; ils avaient retrouvé le camp des survivants.

Estis, qui marchait en tête, mit bien vite un terme à la joie de ses troupes, à un Draeneï qui exprimait son désir de se réchauffer les mains, il répliqua sèchement:


-Si ces immondes Elfes voient la fumée et localisent le camp, c'est en enterrant les corps de vos frères que vous vous réchaufferez !

Le Draeneï se tût et baissa la tête, l'air penaud; Estis reprit en s'adressant d'une voix forte à ses troupes:

-Nos frères et soeurs sont là-bas, ils ignorent la présence de ces ennemis autour d'eux, les Elfes pourraient surgir d'une seconde à l'autre et les massacrer, dépêchons nous !

La troupe se remit en marche avec vigueur; les quelques mots de l'exarque avaient suffit à mettre les soldats en état d'alerte, chacun avait dégainé son arme et la tenait prête, on tournait la tête à droite et à gauche, certains levaient même la tête, de peur d'être victimes d'une attaque par les airs.

La route du camp était en ligne droite, et la troupe l'atteignit quelques minutes plus tard; en fait de camp, il s'agissait plutôt d'un refuge de fortune, des vêtements étaient tendus sur des piquets et faisaient office d'abri, des caisses ayant contenu de la nourriture et pour la plupart vides étaient renversées; autour du grand feu, plusieurs dizaines de Draeneï virent arriver leurs semblables avec une émotion évidente.
Lorsqu'ils entrèrent, une charmante femelle se leva et se présenta devant Estis:


-Exarque ! Que la Lumiè...
-Soldats ! Déployez-vous, sécurisez le camp !

Interrompue dans sa bénédiction, la Draeneï regardait les soldats prendre position tout autour du camp, l'arme dégainée; les autres, qui étaient restés assis au coin du feu, suivaient également les mouvements, l'air surpris.
La femelle se tourna de nouveau vers Estis qui la salua en s'inclinant et qui prit la parole:


-je suis l'exarque Estis, nous sommes venus vous chercher.
-Vous ne pouvez savoir la joie que nous avons de vous voir ! Avant de tomber sur ce transpondeur, nous avions perdu tout espoir de retrouver d'autres survivants...

La Draeneï, dont les traits étaient extrêmement tirés, agrippa alors vivement le bras d'Estis et s'écria:

-Je vous en prie, dites moi qu'il y a d'autres survivants !

Surpris par cette réaction, Estis regarda autour de lui, et en voyant les visages des Draeneï tournés vers lui, il comprit: leurs yeux reflétaient tous l'épuisement, la faim, la panique; un instant il revit les caisses de nourriture vides qui s'étalaient partout; mais n'eut pas le temps de la réflexion: la femelle venait de s'évanouir dans ses bras.
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MessageSujet: Re: Soeurs.    Dim 12 Avr - 21:11

Une heure plus tard, la plupart des soldats étaient en position et montaient la garde tout autour du camp, tandis qu'Estis et quelques autres avaient rassemblé les survivants qui s'étaient docilement laissés conduire, sans dire un mot, ce qui avait singulièrement inquiété les troupes.
La Draeneï qui s'était évanouie dans les bras de l'exarque avait rapidement reprit conscience, mais s'était montrée incapable de tenir sur ses jambes; allongée sous une épaisse couverture déchargée des fournitures, elle répondait aux questions d'Estis:


-Que vous est-il arrivé?
-Nous avons eu...Beaucoup de chance lorsque nous nous sommes écrasés...

Elle parlait lentement, semblant éprouver les plus grandes difficultés à articuler et à respirer; Estis, patient, la laissa reprendre son souffle:

-Il y a eu quelques blessés...Et...

La Draeneï s'interrompit brusquement, respirant lentement, fermant puis rouvrant les yeux, semblant lutter pour rester conscience; finalement, elle ferma les yeux pour de bon; inquiet, Estis se pencha et posa la main sur son front, il la retira aussitôt, elle était brûlante de fièvre; appelant un guérisseur, il lui ordonna de l'examiner tandis qu'il allait superviser le déchargement des fournitures.

A l'autre bout du camp, à son poste de garde, Laevathein guettait la nuit, la main fermement serrée sur la garde de son épée, elle ne voulait pas être prise par surprise par ces maudits Elfes
Risquant pourtant un coup d'oeil en direction du camp, elle vit les Draeneï survivants rassemblés autour du feu; totalement amorphes, ils ne réagissaient pas lorsque les guérisseurs leur adressaient la parole et les examinaient.
Inquiète de ce manque de réaction, elle se força néanmoins à reprendre sa surveillance.

Après s'être assuré que les couvertures et les caisses de nourriture avaient été correctement déchargées, Estis retourna auprès de la Draeneï, aussitôt, il vit que la respiration de celle-ci s'était faite plus paisible; tout en se penchant sur elle, il interrogea le guérisseur:


-Alors, que pouvez-vous me dire?
-Elle est à bout de forces, et elle est malade; et c'est le cas de tout le monde ici: ils sont tous épuisés et affamés; pour tout vous dire, c'est un miracle qu'ils soient encore tous en vie.

Estis releva brusquement la tête:

-Comment? Qu'est-ce que ça veut dire? Qu'est-ce qui s'est passé ici?!
-J'ai réussi à interroger un des survivants qui était encore en état de parler, il m'a expliqué que s'ils ont eu de la chance qu'il n'y ait aucune victime dans le crash, ils ont perdu une grande partie de leur matériel: vivres, couvertures...
Au début, ils ne se sont pas inquiétés, ils avaient réussi à récupérer un transpondeur en état de marche dans les débris, et étaient certains qu'on viendrait les chercher rapidement.
La première nuit s'est passée sans encombre, ils avaient pu faire du feu et le maintenir toute la nuit; mais le lendemain, personne n'est venu les chercher.

Estis appela un autre soldat et lui ordonna de veiller sur la Draeneï qui se nommait Kala, ainsi que l'avait appris le guérisseur par l'un des survivants; la désignant, il poursuivit:

-Ils ont décidé que plusieurs d'entre eux commanderaient à tout le groupe en attendant qu'on les retrouve, Kala était responsable des provisions; elle a décidé, en accord avec tous les autres, que les vivres devraient être rationnés, avec une priorité pour les femmes et les enfants; tout en s'excluant elle-même de cette priorité.
-Depuis combien de temps n'ont ils pas mangé?

Le guérisseur s'arrêta et regarda l'exarque dans les yeux, poussant un soupir, il répondit:

-Au moins trois jours.
-Trois jours?!
-Oui, et peut être plus, c'est difficile à dire, ils sont tous très affaiblis, regardez-les vous-même.

En disant ces mots, il désignait les survivants qui se serraient devant le feu; les lueurs éclairaient des visages émaciés, les yeux de certains reflétaient une grande souffrance, d'autres tremblaient.
Après avoir suivi du regard le geste du guérisseur, Estis le questionna de nouveau:


-Et pourquoi ne réagissent-ils pas?
-D'après ce que j'ai compris, c'est à cause du froid.
-Le froid?
-Oui, ils n'ont pas réussi à allumer de feu depuis trois ou quatre jours, et avec le froid glacial qui règne ici la nuit, ils ont été incapables de dormir, s'ils sont tous dans cet état, c'est parce qu'ils sont totalement épuisés, à bout de force, physiquement et moralement, ils ont vécu un enfer, je vous le redis: c'est un miracle qu'ils soient encore tous en vie.
-Est-ce qu'ils vont s'en sortir?
-Oui, sans le moindre doute; ce dont ils ont besoin, c'est d'un repas chaud, d'un bon feu, et d'une bonne couverture.
-Vous avez dit que beaucoup d'entre eux étaient malades, est-ce grave?
-Pas du tout, il y a quelques cas de fièvre sévère, mais si nous leur donnons ce que je vous ait dit, ils se remettront tous très vite.
-Bien, je vais immédiatement donner les ordres pour qu'on leur serve au plus vite un repas chaud, quand aux couvertures, elles vont être distribuées sur le champ.
-Quand à moi, si vous le permettez, je vais aller m'occuper des malades.
-Allez-y, merci de votre travail.

Quelques minutes plus tard, Estis traversait le camp, il avait décidé d'annoncer lui-même à chaque survivant qu'un repas chaud lui serait apporté dès que possible; la plupart s'étaient déjà emmitouflés dans leurs couvertures et s'endormaient, mais ceux qui étaient encore réveillés le remercièrent, parfois avec les larmes aux yeux.
Tandis qu'il circulait parmi les survivants, il ne pouvait s'empêcher de frissonner à l'idée qu'ils auraient pu arriver une journée plus tard, ou pire, que les Elfes les aient découvert aussi affaiblis, incapables de se défendre et même de fuir.
Cette pensée l'emplit de colère, il se dirigea vers la ligne des gardes, dépassa Laevathein, et s'arrêta, sortant son marteau de sa gaine, il posa le bout sur le sol, et murmura:


-Que la Lumière ait pitié de ces maudits Elfes, s'ils décident encore d'attaquer les nôtres, maintenant, nous sommes là.
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MessageSujet: Re: Soeurs.    Dim 27 Déc - 22:12

La nuit sembla s'étaler sur plusieurs jours. Les froides bourrasques frappaient les gardiens de plein fouet, qui n'avaient aucune couverture ou fourrure pour s'en protéger, tout ayant été donné aux rescapés.

Ceux-ci avaient été réunis au centre du camp de fortune, tous autour d'un brasier qui flambait avec force; la plupart s'étaient endormis d'un sommeil réparateur et ceux qui étaient encore éveillés reprenaient rapidement des couleurs.

Finalement, les pâles lueurs de l'aube pointèrent à l'horizon, l'air se réchauffa; tous les rescapés s'étaient profondément endormis depuis plusieurs heures.
Les relèves de la garde arrivèrent; Laevathein, qui avait veillé toute la nuit dans le froid glacial ne fut pas mécontente de pouvoir enfin aller se réchauffer après du feu, elle avait l'impression d'avoir passé une éternité dans un lac gelé.

Tandis qu'elle mangeait, un grand Draeneï vint s'asseoir à coté d'elle; reconnaissant l'Exarque, elle fit le geste de se lever pour le saluer, mais celui-ci lui fit signe de rester assise; il tenait lui-aussi une gamelle de ragoût fumant et se mit à manger sans un mot.

Après quelques minutes de silence, ponctué uniquement par le son des ustensiles cognant sur les gamelles, Estis tourna la tête et demanda:


-Que pensez-vous de cet endroit? Je veux dire: ce monde.

Laevathein demeura silencieuse quelques secondes, la gamelle posée sur ses genoux, puis elle répondit lentement, sans regarder son supérieur:

-On dirait que le vent ne va jamais s'arrêter, nous avons tous failli mourir depuis que nous sommes ici, des gens nous ont attaqué et veulent notre mort.

Elle marqua un autre silence, puis reprit:

-Je n'aime pas ce monde, ce monde ne nous aime pas; nous ne sommes pas chez nous.

Estis posa sa gamelle par terre, et après avoir semblé chercher ses mots, répondit:

-Je sais ce que vous ressentez: vous êtes née sur Draenor, c'était votre maison, votre foyer.

Laevathein acquiesça d'un hochement de tête, le regard perdu dans le vague; il poursuivit:

-Je suis né sur Tal'aaré, c'était un petit monde verdoyant; c'était il y a deux mille ans environ; la vie était agréable, nous ne pouvions pas rêver mieux, et puis, un jour, j'étais plus jeune que vous actuellement...
-La Légion?

Les deux Draeneï se regardaient dans les yeux, se comprenant instinctivement; Estis ferma les yeux et répondit lentement:

-Oui, la Légion...Elle nous avait retrouvé, comment? Je l'ignore, peut être le simple hasard: il n'y avait pas d'autre peuple intelligent sur ce monde, personne ne pouvait nous trahir.

Laevathein le regardait attentivement, silencieuse; elle savait ce qu'il allait dire, et elle ne voulait pas l'entendre, pourtant, elle se sentait incapable de l'interrompre.

-Tout s'est passé si vite. Si les Naaru n'avaient pas été là, nous aurions tous été massacrés. Ils nous ont emmené dans un vaisseau, et nous avons fui, fui aussi vite et aussi loin que nous pouvions. Il a suffit d'une journée, une seule, pour détruire tout ce que nous avions bâti. Heureusement, comme ce monde était petit, nous étions très peu dispersés, et nous avons pu évacuer rapidement.

Il se tût, laissant Laevathein muette de stupeur et de frayeur; d'autres Draeneï s'étaient approchés pour écouter et aucun ne semblait non plus vouloir briser le silence. Finalement, une petite voix effrayée brisa le silence et interrogea:

-C'est vrai que la...La...La Légion est aussi terrible?

Estis leva les yeux vers le Draeneï qui venait de parler; quelque chose dans ses yeux sembla l'inquiéter car il balbutia des excuses qui se perdirent à mesure que sa voix perdait de son timbre; cependant, l'Exarque répondit:

-Moi aussi, quand j'étais jeune, je m'interrogeais sur la Légion, je me demandais si elle était si terrible que dans les histoires qu'on racontait.

Il détourna la tête et plongea son regard dans les flammes, quelques secondes plus tard, il poursuivit:

-La vérité, c'est que la Légion est bien pire que tout ce que vous avez jamais pu entendre à son sujet; c'est un ramassis de monstres qui partagent tous les buts les plus abjects, qui emploient les moyens les plus infâmes, perpétrant les pires aberrations, qui rendraient fou quiconque y assisterait. Imaginez la plus ignoble des créatures, animez-la d'une cruauté sans bornes, et vous serez encore bien en dessous de la réalité. La Légion est le mal absolu, et nous sommes ses cibles.
Lorsque j'étais plus jeune que la plupart d'entre vous, j'ai vu la Légion de mes propres yeux, j'ai vu ce dont elle était capable: des hordes de démons, de créatures déformées, qui déferlaient par des portes dimensionnelles; des rivières de magma verdâtre, qui brûlait tout sur son passage, et qui transformait horriblement toutes les créatures qui étaient prises dedans.

Un silence de mort régnait dans le camp; plongé dans ses propres souvenirs, Estis ne s'était pas aperçu que la plupart des soldats et des rescapés qui étaient réveillés l'écoutaient avec la plus grande attention, personne ne prêtait attention au vent glacial qui s'était remis à souffler.

-Mon père était déjà Exarque à cette époque, il n'arrêtait pas de me harceler pour me convaincre de rejoindre l'armée; ce que je refusais obstinément: je voulais étudier la forge-cristal, après ce jour, je suis retourné le voir, et je l'ai supplié de m'aider à intégrer l'armée.

Marquant un silence, Estis se tourna vers ses auditeurs, un instant il paru surpris du nombre de Draeneï qui l'entouraient, puis, si brusquement qu'il fit sursauter plusieurs d'entre eux, il se leva et les regarda dans les yeux l'un après l'autre, particulièrement les soldats:

-Ce que nous avons vécu sur Draenor est un malheur terrible, mais croyez-moi: ces Orcs n'étaient rien, RIEN, par rapport à la destruction que la Légion est capable de faire pleuvoir. Ce jour là, j'ai vu la Légion pour la première et unique fois de ma vie, j'espère de tout coeur ne jamais plus revoir cette abjection à l'oeuvre, c'était il y a près de deux mille ans, mais je me souviendrais à jamais de ce que j'ai ressenti: la terreur la plus folle, mais aussi, lorsque j'ai été dans le vaisseau, la rage d'avoir été impuissant, d'avoir perdu les miens aux mains de ces monstres.

Il s'avança d'un pas vers Laevathein qui se leva précipitamment, intimidée par l'éclat de ses yeux, il pointa un doigt sur elle et termina d'une voix forte:

-Vous, vous êtes née sur Draenor, comme un certain nombre de ceux qui sont ici, votre maison vous manque, c'est normal; mais, comprenez une chose: aussi longtemps que la Légion Ardente sera à notre poursuite, nous devrons abandonner nos foyers, fussent-ils aussi importants pour nous, j'ai perdu à tout jamais mon monde natal, et vous avez perdu le votre.
Peu importe que vous et moi n'aimions pas ce monde, ce qui compte, c'est que nous sommes avec les nôtres, c'est eux notre foyer, quel que soit le monde ou nous nous échouons.
Un jour, vous le comprendrez.

L'Exarque s'assit de nouveau pour finir le contenu de sa gamelle; Laevathein, ébranlée par ces paroles, osa néanmoins une question:

-Monsieur, croyez-vous qu'un jour, nous pourrons vaincre la Légion?

Il s'arrêta de manger pour la regarder, elle baissa les yeux devant l'intensité de son regard, regrettant déjà d'avoir posé la question, mais lorsqu'elle les releva, elle vit qu'il esquissait ce qui aurait pu passer pour un léger sourire:

-Oui, oui, bien sur, la Légion tombera un jour, je ne serais peut être pas en vie pour voir ça, mais oui, un jour, la Légion Ardente sera anéantie pour toujours, j'en suis convaincu.

Il recommença à manger, et lentement, reprit:

-Je ne saurais expliquer pourquoi, peut être le Prophète le saurait lui; mais j'ai le pressentiment que ce jour est proche, très proche.

Cette fois, Estis se tût pour de bon, tout le monde comprit qu'il n'avait plus rien à dire, les soldats reprirent leur garde, trop contents de ne pas avoir été sermonnés pour avoir quitté leur poste sans raison valable.
Quand à elle, Laevathein ne mangeait pas, elle repensait à tout ce que l'Exarque avait dit, notamment à propos des Orcs: "Ces Orcs n'étaient rien, RIEN, par rapport à la destruction que la Légion est capable de faire pleuvoir".
Elle reposa précipitamment sa gamelle, elle avait la nausée, subitement, elle réalisait à quel point le danger guettait son peuple, la Légion Ardente, le "mal absolu", elle avait lu les histoires sur la Légion dans les livres, mais jamais elle n'avait entendu le témoignage de quelqu'un qui l'avait véritablement rencontrée, qui avait été témoin des ravages qu'elle avait causé.

La tête lui tournait, une sensation de chute infinie à l'intérieur d'elle-même, elle se demandait si désormais il lui faudrait vivre en permanence avec la peur au ventre, elle se demandait si l'Exarque lui aussi avait ressenti cette sensation de chute vertigineuse lorsqu'il avait soudainement pris conscience de la terrible réalité qui planait sur leurs têtes à tous.
Il y avait néanmoins une chose dont elle était certaine: elle ne parlerait jamais de ça à Ashola, il était hors de question de lui imposer l'épreuve de vivre avec ce fardeau !

Elle serra la main sur la garde de son épée, comme pour raffermir sa détermination, Estis croyait que la Légion serait détruite un jour, elle allait y croire aussi, peu importe le nombre de monde qu'ils devraient traverser, peu importe les épreuves qu'ils devraient affronter, la Légion Ardente serait vaincue.
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