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 Je suis un Réprouvé...

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Laevathein
Zoulie Draeneï
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MessageSujet: Je suis un Réprouvé...   Jeu 24 Oct - 13:07

Je m'appelle Amos. Simplement Amos, rien qu'Amos...J'ai laissé mon nom de famille derrière moi, de toutes façons, je n'ai plus de famille, et même si j'en avais une, elle ne me reconnaîtrait pas...

Si vous lisez ce journal, alors vous l'avez récupéré sur ma carcasse, soit après m'avoir tué, soit parce que j'ai été tué, n'importe, si vous le lisez, je suis mort, et c'est tout ce qui importe.
J'écris en langue commune, et en orc; j'ignore qui me lira, et je veux être certain que peu importe qui entrera en possession de ce journal, il pourra lire mon histoire.
Pourquoi je tiens tant à être lu? Pour l'instant, vous n'avez pas besoin de le savoir, et vous ne le saurez pas tout de suite; sauf si comme moi au début, vous allez directement lire la fin de l'histoire.

Voyons donc, par ou commencer? Je me trouve actuellement en Pandarie, dans le fort de la Horde, sur ce que les Pandarens nomment "Étendues sauvages de Krasarang", si je compte bien, cela doit faire...8, 9 ans que je suis ainsi...

Oh ! Mais j'oublie que vous ne me connaissez pas...
A part mon nom, que j'ai écrit au début, mais vous ne savez pas qui je suis, je vais donc parler de moi, après tout, c'est pour ça que j'écris ce journal.

Je suis né dans une petite exploitation agricole, au nord du royaume de Lordaeron; ça doit faire...Oui, 41 ans maintenant...
Mon frère aîné et moi avons très tôt participé à la ferme, c'était nécessaire: notre père n'était pas riche, et notre mère faisait ce qu'elle pouvait.

Puis, à l'âge de 16 ans, j'en avais 13, mon frère fut engagé par un noble local pour rejoindre sa métairie; à l'époque j'ignorais ce que c'était, le propriétaire était un petit nobliau qui s'était enrichi en achetant des terres arides et en les revendant à des gens crédules; mais ça, je l'ai su bien plus tard.

Après ça, ne sont restés à la ferme que mon père, ma mère, et moi.
Le travail était très difficile, très lourd: nous n'étions que deux à gérer cette exploitation, semer les graines, lutter contre les corbeaux; les récoltes...
Et il y avait les animaux, tout un tas d'ennuis également...

Puis un soir, j'avais alors 22 ans, et je songeais à la manière de quitter cette vie, qui me paraissait triste et terne; j'osais parler de mariage à mon père, qui entra dans une colère noire, il tapait du poing sur la table; et alors qu'il se levait, il porta les mains à sa poitrine et tomba raide mort.

Après l'enterrement de mon père, il n'était plus question de mariage: je décidais de reprendre l'affaire familiale: ma mère ne pouvait pas s'en occuper seule, et malgré tout, j'aimais mes parents, et je me sentais coupable de la mort de mon père.

Je dû rapidement engager de main d'oeuvre, des jeunes, qui me faisaient penser à moi plus jeune.
Le travail restait néanmoins difficile; et on ne mangeait pas tous les jours...

Les années s'écoulèrent, les saisons passaient, revenaient, toutes les mêmes, sans apporter rien de neuf, j'appris le mariage de mon frère avec une domestique, mais il ne vint pas nous présenter son épouse.

Alors que je me préparais à cette vie terne, jusqu'à ma mort, sans aucun changement, se produisit l'événement qui changea ma vie...

Des rumeurs parlaient d'une purge de la ville de Stratholme, loin au nord, par le jeune prince, Arthas Ménéthil, le fils du roi.
Je ne prêtais qu'une oreille distraite à ces rumeurs, je n'avais pas le loisir de discuter, et le travail des champs occupait la plupart de mon temps.

Lorsque le prince revint au royaume, j'étais encore aux champs, mais je vis, comme tout le monde, les lumières, les bannières, préparées à cette occasion.

Quelques jours plus tard, alors que je m'étais levé comme à mon habitude à l'aube, je vis au loin des ombres qui semblaient bouger; ne voyant pas grand chose, je décidais de ne pas perdre de temps avec ça, d'autant que j'étais certain qu'il s'agissait d'arbres dont les branches étaient agitées au loin.

C'est au moment ou les premiers rayons éclairèrent la ferme que je réalisais que je m'étais trompé: ce n'était pas des arbres: l'endroit ou j'avais regardé était une colline parfaitement dégagée; mais à ce moment précis, l'existence ou non de végétation à cet endroit me paraissait une question futile...
Des milliers de morts-vivants, décharnés, à moitié décomposés, des plaies encore ouvertes et purulentes, suintantes; déferlaient sur le village.

Je vis de mes yeux mes voisins se faire éventrer; un petit garçon se fit couper en deux par un squelette qui tenait une large faux.
Courant chercher ma mère, je lui dit de fuir sans se retourner; nous avons couru aussi vite que possible, nous courions vers la grande ville, mais nous ne l'avons jamais atteinte.

Mes derniers souvenirs de ces moments furent la douleur qui transperça mon genou, j'étais allongé par terre, criant, priant, suppliant ces êtres immondes de m'épargner.
Un homme, sans doute, commandait apparemment ces monstres, il me regarda dans les yeux, un sourire cruel aux lèvres, il me montra la tête décapitée de ma mère, et me la jeta au visage; ce qui eu pour effet de me faire hurler encore plus fort.

En fait, je me souviens très bien de ce moment, c'est d'ailleurs curieux...Curieux, parce qu'à ce moment précis, je hurlais tellement que je ne vis pas l'épée me transpercer le coeur....
Pourtant, je me souviens très bien de la sensation du métal froid me brisant la cage thoracique, le sang qui emplit immédiatement ma bouche...

Ensuite, le noir, je suppose que je suis mort presque immédiatement...

Je suppose que je devrais continuer mon récit, mais je viens de recevoir des ordres, et je dois escorter une délégation dans les terres; si je ne meurs pas avant, je continuerais mon histoire...

Sinon, vous m'aurez tué trop tôt.
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Laevathein
Zoulie Draeneï
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MessageSujet: Re: Je suis un Réprouvé...   Jeu 24 Oct - 15:39

Je suis au Sanctuaire des Deux-lunes, finalement, l'escorte s'est déroulée sans encombres et nous n'avons rencontré personne; entre les arbres je voyais le fort de l'Alliance, certains d'entre nous voulaient aller en découdre avec eux; mais fort heureusement, je sais tenir mes troupes, et nous avons continué notre mission.

En arrivant aux ruines Mogu, notre destination, un message à notre intention nous attendait: il disait que nous devions nous rendre auprès du Marche-soleil Dezco, au Val de l'éternel Printemps.

Je ne m'appesantirais pas sur cette rencontre, que je qualifierais simplement d'instructive.

Je reprends l'histoire de ma vie, donc, nous étions....Ah oui, en fait, nous étions précisément au moment ou ma vie s'est achevée dans les cris, MES cris, et le sang, là aussi le mien.

Tout aurait du se terminer là, mon cadavre aurait pourri sur place, décomposé par la pluie, dévoré par les charognard, enfin, vous avez saisi l'idée.

Sauf que ça ne s'est pas tout à fait passé ainsi, et si vous êtes déjà capable de lire ce journal, alors vous avez compris que quelqu'un: moi, l'a écrit, et donc, que pour une raison quelconque, il est en vie, ou à peu près.

Je me suis donc réveillé, j'ignore encore combien de temps plus tard.
J'étais couché sur le dos, et ma première vision fut une machoire à moitié décrochée et un filet de bave me coulant dessus; ça, ce fut ma première vision, et ma première réaction, ce fut de hurler.
Enfin, je ne hurlais pas longtemps, car une espèce de main décharnée, les os des doigts apparents, avec quelques lambeaux de chairs et de muscles qui pendaient encore, se mit sur ma bouche.
Le contact était immonde et je réprimais un haut-le-coeur, sauf que je n'eu pas de haut-le-coeur; et soudain, je réalisais que la mâchoire était partie intégrante d'une tête; cette main appartenait sans doute au même corps, et de là...

Mais passons les digressions ! La tête se mit à me parler ! Je sursautais vivement, au point qu'une autre main surgit dans mon champ de vision et me maintint au sol.
Ces "choses" parlaient à cette heure !

Je crois qu'il m'a dit "du calme mon frère"; mais je n'en suis pas certain, sa mâchoire inférieure pendante et son accent détestable rendaient le tout difficile à comprendre.
Mais je me suis calmé, enfin au début; il a retiré sa main, et comme il fallait s'y attendre, j'ai encore hurlé, et encore une fois la main se posa sur ma bouche.

Une autre de ces "choses" s'approcha par derrière, lui ressemblait à un homme, vraiment ! S'il fallait faire abstraction de sa peau brûlée, du nez qui manquait, et d'un bras coupé à hauteur du coude.

Cependant, lui au moins avait une mâchoire intacte, et je compris ce qu'il me dit.
Tandis qu'on me relevait, je tournais la tête alentours, et je vis plusieurs dizaines d'êtres à peu près semblables à ceux qui se tenaient devant moi; à divers degrés de délabrement, je ne pu m'empêcher de dire à voix haute que si un charpentier avait été présent, il aurait eu beaucoup de travaux à faire.

Le grand "machin" se mit à rire, et il me tendit un éclat de miroir pour que je me regarde dedans.

Je pense que vous l'avez deviné: j'ai encore hurlé, d'ailleurs, j'ai réalisé après qu'être mort m'empêchait au moins de me casser les cordes vocales, si je les ait encore par ailleurs.

Je vous épargne ma propre description, après tout, vous m'avez certainement tué, donc vous avez vu à quoi je ressemble, enfin, j'imagine que vous m'avez décapité, ou fait brûler, ou congelé, ou jugé par la Lumière divine, pour le moins.

Mais enfin, je vous laisse imaginer que j'ai modérément apprécié de voir les ravages que la mort avait fait sur mon visage, et le reste de mon corps en fait...


Dernière édition par Laevathein le Sam 26 Oct - 20:52, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Je suis un Réprouvé...   Jeu 24 Oct - 15:39

Ensuite, les choses se sont déroulées étrangement.

J'ai crié pendant un bon moment, les autres ont essayé de m'en empêcher, puis finalement m'ont laissé faire, je n'étais d'ailleurs pas le seul à très mal prendre le changement d'apparence que nous avions eu.

Finalement, je me suis calmé, un peu.
On m'a expliqué que j'étais un "Réprouvé", et que je devais ma mort et ma nouvelle "vie" à Arthas Ménéthil; on m'a raconté des choses que je n'ai pas comprises sur le coup, mais qui me sont apparues dans toute leur logique bien plus tard.

Bref, pour résumer, j'étais mort, mais j'étais quand même vivant, du moins, je bougeais, je parlais, et je pensais; d'ailleurs, au passage, je me suis estimé heureux dans mon malheur: au moins moi, ma bouche était correctement fixée au reste de ma tête.

On m'a ordonné de suivre les autres, qui commençaient à se diriger dans une direction précise, je ne savais pas ou j'étais, et j'étais trop abasourdi et sous le choc pour chercher à le savoir; j'ai donc suivi le mouvement, j'espérais encore que je faisais un cauchemar, et que le coq allait chanter, me réveiller, et aller travailler aux champs...

Nous sommes arrivés sur une place, ou j'ai constaté avec stupéfaction, le sentiment le plus élevé que j'étais capable de fournir à ce moment, que nous avions rejoint plusieurs centaines, peut être des milliers d'êtres comme nous, je commençais lentement à m'inclure dans ce "nous", l'image de mon visage défait me hantait encore les pensées; d'ailleurs, c'est la seule fois que je me suis vu, car j'ai depuis une haine irrépressible des miroirs.

Sur une estrade, se tenait une femme, enfin, ça ressemblait à une femme; elle était laide, d'autant que je puisse voir, puis je me rendis compte que c'était parce qu'elle aussi était comme "nous", enfin, un peu mieux conservée; à ceci que sa peau était cendrée, et que du liquide suintait de sa peau, c'était écoeurant, et pourtant, je ne pouvais pas m'empêcher de regarder ce spectacle.

Elle s'adressa à nous, en nous expliquant que le "traître" avait fui, que nous étions désormais libres, et que nous devions nous venger de celui qui nous avait fait ça.
Je ne comprenais pas un mot de ce qu'elle racontait, et je vis autour de moi des visages, qui malgré la décomposition, semblaient aussi perdus que moi, j'en vis d'autres qui en revanche, hochaient la tête, et qui souriaient, en découvrant des dents jaunies, cassées, ou manquantes; c'était effrayant.

Une fois son discours terminé, la plupart des "gens" l'acclamèrent, l'air féroce, je ne savais pas quoi faire, alors j'ai suivi le mouvement, j'ai brandi le poing en l'air, et crié comme les autres.

Puis nous nous sommes dispersés, j'ai suivi les quelques uns que je reconnaissais pour être arrivés avec eux, et je demandais ce qui venait de se passer, et qui était la femme qui venait de parler; l'individu qui m'avait donné le miroir me regarda, haussa les épaules, et me dit: "C'est la Dame Noire".
C'est tout, et ça m'a suffit pendant quelques mois.
Je hochais la tête en silence, et continuais de suivre le mouvement; ma nouvelle "vie" commença ainsi...
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MessageSujet: Re: Je suis un Réprouvé...   Jeu 24 Oct - 15:40

En relisant mes quelques notes, je me rends compte que tout ceci doit vous paraître confus; veuillez m'en excuser, mais ces quelques années passées en tant que "Réprouvé" m'ont donné quelques mauvaises habitudes, dont celle de vouloir ménager un certain suspens.

Je me souviens très bien ce qui s'est passé ensuite: on nous a fait mettre en rang par deux, et défiler devant des morts-vivants (je commençais lentement à comprendre qu'ils n'étaient pas des monstres horribles; enfin si, ils étaient hideux, mais je n'étais pas tellement plus beau).

Celui devant qui je passais me toisa de haut, et me demanda ce que je faisais "avant"; je lui répondis que j'étais fermier, que j'élevais des poules, quelques moutons, et deux vaches; il me répondit exactement ceci: "On a pas besoin de manger, tu sais faire quoi d'autre?"
Surpris par la question, je répondis que je ne savais faire que cela: j'ai passé 28 ans de ma vie à élever des animaux et à faire pousser du blé, qu'est ce qu'il voulait que je sache faire d'autre?
Il me répondit: "Vu que tu sais rien faire, tu vas aller au casse-pipe, de toutes façons t'es déjà mort !"
Et il partit d'un grand éclat de rire malsain en me prenant par l'épaule pour me faire avancer.

Au bout de quelques mètres, j'arrivais devant une autre table, un autre individu me reçut en me regardant à peine, il s'assit derrière un bureau et noircissait des pages de texte, j'étais fasciné, car à cette époque, je ne savais ni lire ni écrire, je n'avais jamais eu le temps ni l'argent pour aller à l'école.
Un autre me jaugeait du regard; celui qui était assit lui demanda si j'étais "acceptable", toujours sans me regarder; et celui qui était debout lui répondit par l'affirmative; on me fit encore avancer jusqu'à un autre bureau, tandis que l'individu assit lançait un "suivant".

Petite réflexion personnelle: les fonctionnaires, même morts, restent désespérément des fonctionnaires.

J'arrivais devant deux hommes en armure, l'un d'eux me mit une épée en fer dans les mains, et me dit de faire quelques moulinets avec.
Je m'exécutais, me demandant quand cette farce se terminerait, j'étais ébahi de voir que tout le monde ou presque semblait considérer comme normal le fait que nous soyons des cadavres qui bougeaient d'eux-mêmes !

Puis l'autre homme m'expliqua que puisque je ne savais rien faire, et que je n'avais semblait-il, aucun talent particulier, et que mes compétences de fermier seraient parfaitement inutiles, j'allais apprendre à me battre à l'épée, ce serait toujours plus utile, et plus rapide qu'apprendre la magie.

La magie ! Je ris à cette idée, ça me paru tellement saugrenu que moi, fils, petit-fils, et arrière petit fils de paysans, en remontant à des temps immémoriaux, puisse apprendre la magie; c'était réservé aux fils de nobles et aux bourgeois; et en plus, on racontait à qui voulait l'entendre que l'étude de la magie était très difficile.

Bref, je devint Guerrier par défaut, parce que je ne savais rien faire d'autre que tenir une fourche...
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MessageSujet: Re: Je suis un Réprouvé...   Jeu 24 Oct - 15:40

-Tiens toi droit ! Tiens ton épée comme ça ! De cette main ! Secoue toi fainéant !

Ah, si vous saviez...Je crois que ça a duré quelques semaines: un entrainement intensif, jour et nuit, sans le moindre repos, pour apprendre à manier une arme.
Oh ! Je n'étais pas le seul vous savez ! Aujourd'hui, les Réprouvé passent pour les pires des monstres qui soient, et au fond, c'est sans doute ce qu'ils sont réellement; mais à l'époque, les choses étaient...Différentes, peut être...Ou est-ce moi qui essaie de me tromper, je l'ignore...

Toujours est-il que beaucoup de morts-vivants comme moi n'avaient été dans leur "ancienne" vie que des fermiers ou citoyens sans histoires, nous n'étions pas taillés pour le combat, nous n'avions pas les connaissances, la technique...
Ca, nous l'avons appris, très vite !

Comme je l'ai dit, ça a été un entraînement intensif qui a duré plusieurs semaines, je ne sais pas exactement combien, car j'ai vite cessé de compter les jours.
Il faut que vous compreniez une chose: quand j'ai dit que nous n'avions fait aucune pause, c'est à comprendre tel quel: nous avons passé des semaines à répéter les mêmes mouvements et à faire des moulinets avec des épées, des haches, des masses, des lances, etc; sans aucune pause.

Après tout, en tant que morts-vivants, nous n'avions besoin ni de dormir, ni de manger, ni de boire; ces limites inhérentes à la vie étant levées, nous n'avions aucune raison d'arrêter.

Cependant, même si nous n'avons pas besoin de dormir, je vous prie de croire que dormir est quelque chose de vital, même quand vous êtes mort.
Car l'esprit ne peut pas fonctionner sans la moindre interruption, il s'use, il faiblit, et finit par se dévorer lui-même.
Si notre corps n'a lui, pas besoin de sommeil, peu importe votre force, vous devez quand même laisser votre esprit se reposer, c'est nécessaire.
Aujourd'hui, je prends régulièrement du repos, car cela me permet de me recentrer, et de rester sain d'esprit.
De nombreux Réprouvés que j'ai connu au fil des années ont totalement perdu l'esprit et sont devenu des monstres sans âme, assoiffés de sang.

Finalement, au terme de cet entraînement que je n'hésiterais pas à qualifier d'éprouvant, pour les raisons que j'ai citées plus haut; on nous a annoncé que nous serions la première vague pour aller chasser la Croisade Écarlate de "nos" terres.

Et voilà la dernière chose à laquelle je voulais venir, et qui me parait la plus importante: c'est peut être même finalement ce qui m'a poussé à écrire mes mémoires: on peut vous apprendre à vous battre, on peut vous apprendre à tuer, on peut vous apprendre la technique; on peut vous apprendre comment parer une attaque, et riposter.

En revanche, ce que personne ne peut vous apprendre: c'est la mentalité du combattant; le désir de se battre, le désir de tuer; ce désir, je l'ai vu sur le visage de nombreuses personnes; et bien que je sois incapable aujourd'hui de ressentir la moindre émotion, je ne peux m'empêcher d'être troublé par ce que je vois.

Ces individus, après nous avoir soumis à un entraînement inhumain, nous envoyaient maintenant pour aller massacrer des gens; mais que croyaient-ils? Pour ma part, j'étais un fermier, et même mort, même avec une épée en fer dans les mains, je restais un fermier; je n'étais pas un soldat, et je ne voulais pas l'être.

Alors je jetais mon arme à terre, et déclarais que je refusais de tuer qui que ce soit; j'étais certain qu'on allait me tuer; bien que je me demandais comment ce serait possible.
Mais au lieu de cela, le chef, du moins celui qui semblait l'être, me toisa, et me désigna les montagnes au loin; il me dit que j'étais libre de partir, et de vivre comme bon me semblait, personne ne m'obligeait à rester.

N'en croyant pas mes oreilles, je me méfiais, mais décidais tout de même de partir.

C'est ainsi que j'ai quitté Lordaeron...
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MessageSujet: Re: Je suis un Réprouvé...   Jeu 24 Oct - 15:40

Je trouvais cela trop facile. Quoi ! On nous formait pendant 3 semaines à l'utilisation de diverses armes conçues pour apporter la mort de manière particulièrement désagréable (j'en avais directement été victime), et subitement on nous laissait partir comme ça? Sans même essayer de nous châtier?

Je cheminais donc vers le sud, je ne savais pas trop ce que je cherchais, mais j'espérais trouver en route quelque chose qui puisse me le dire.

Comme je l'ai déjà évoqué: nous n'avions plus besoin de dormir, mais cela n'empêchait pas l'esprit lui, d'avoir besoin de repos.

Tous les soirs je m'arrêtais donc, l'avantage, c'est que n'ayant besoin ni de manger, ni de boire, je n'avais pas à me préoccuper de ces "détails".
Finalement, au bout de 3 jours à marcher, je décidais de stopper mon odyssée, et de réfléchir pour de bon à ce que je voulais faire.
Je m'arrêtais donc à une souche d'arbre, celle-ci avait été brisée en deux par la foudre, et une sorte de petit terrier était formé dans sa partie intacte, je m'y glissais donc; la souche étant largement à l'écart de tout sentier, j'étais assuré d'être tranquille.

Je demeurais ici une semaine entière, ne faisant rien d'autre que réfléchir.
C'était quelque chose qui n'avait jamais été mon fort: dans ma vie d'avant, j'étais ce qu'on pourrait aujourd'hui appeler un rustre; je n'étais pas stupide, mais je n'étais pas un grand penseur.
Le fait est que se lever tous les matins au chant du coq, passer toute la sainte journée à déplacer des ballots de paille, à nourrir les animaux, à semer et sarcler les champs; tout ceci ne laisse que peu de place à la réflexion.
De même, je ne savais à l'époque ni lire ni écrire, comme je l'ai également déjà dit.

Bref, il m'apparu au bout de cette semaine d'intense réflexion qu'il était nécessaire pour moi de me rendre dans une des grandes villes dont je connaissais le nom: Forgefer, la grande ville des Nains, ou Hurlevent.
Je pensais encore à l'époque que je pouvais guérir de ce qui m'affligeait; ainsi, mon plan arrêté, je me remis en route, par chance, j'étais sur le bon chemin.

Il me fallu un mois entier pour parvenir enfin dans une zone habitée par autre chose que des dragons, ou des diablotins sauvages, ou...Enfin vous m'avez compris: tout ce qui était de sortie pour dévorer ce qui avait l'air comestible.
Je ne parlerais pas de ce dragon qui me poursuivit durant plusieurs heures dans les Steppes Ardentes, et auquel j'échappais uniquement parce que nous croisâmes un sanglier sur le chemin, qui me servit de sauveur, et de repas au dragon...

Finalement, épuisé, en quelque sorte, j'arrivais en des lieux habités, je fut d'abord stupéfait par l'environnement qui me semblait si familier, si...Normal...

Au loin je vis une tour en pierre, je m'approchais, en levant un bras pour faire signe, lorsque je reçu une flèche dans la jambe, si je ne la sentis pas, en revanche, elle m'empêcha de plier le genou.
J'essayais de crier pour qu'on cesse de me tirer dessus, mais en vain: une autre flèche vint se planter entre mes jambes; alors je détallais en courant en zig-zag, me souvenant de l'une des leçons du maître d'armes.

Arrivée à distance raisonnable, je me cachais, et retirais cette fichue flèche, et constatais avec soulagement que je pouvais de nouveau plier mon articulation; l'absence de douleur était bienvenue, mais elle était également...Dérangeante...

Dans ma grande naïveté de l'époque, je crus que le guetteur m'avait pris pour une bête sauvage, et qu'il ne m'avais pas entendu; je décidais donc de refaire une tentative; mais le lendemain, car je ne voulais pas recevoir encore une bordée de flèches, et j'espérais qu'un autre garde serait présent le lendemain.
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MessageSujet: Re: Je suis un Réprouvé...   Jeu 24 Oct - 15:40

La nuit fut longue, évidemment, je n'avais pas sommeil, et se forcer à dormir quand on est mort n'a rien de facile.
Je laissais donc mes pensées errer vers ma vie d'avant, je repensais à ces années passées à la ferme, je repensais à mon père, qui était mort d'une attaque au coeur; à ma mère, qui a été tuée devant moi par cet homme en armure...

Je n'ai jamais été très pieux, mais je vous assure que cette nuit-là, alors qu'il n'y avait aucune lumière, alors que je me sentais seul, désespéré, et...Mort...
J'adressais une prière aux dieux, je demandais la paix pour mes parents, notamment ma mère, je repensais à sa mort, si violente, si cruelle...
Elle ne méritait pas de mourir aussi ignoblement, pas après la vie exemplaire qu'elle avait mené.

J'hésitais un instant, me demandant si c'était moral de le faire, puis finalement je me décidais: je fis aussi une prière pour moi-même; je priais qu'on me libère de cette malédiction, que je puisse revivre normalement, que je puisse retrouver mon ancienne vie...

Je me surpris à pleurer, enfin, jusqu'à ce que je réalise que je ne pouvais plus pleurer...
En revanche, les sentiments eux, demeuraient; et même si c'était dans ma tête, je sentais comme des coups de poignards dans la poitrine.

La nuit fut très longue et très difficile, plus d'une fois je fut tenté de me briser le crâne sur un rocher, mais je ne le fis pas; aujourd'hui encore, j'ignore pourquoi, peut être l'espoir me soutenait il assez.

Mon moral aussi sombre que la nuit, je continuais à me morfondre quand l'aube pointa.
Je demeurais ainsi assis, ébahi par la beauté de ce lever de soleil, je crois bien que je serais resté toute la journée à contempler ce paysage, je me sentais réchauffé, je me sentais vivant; cette sensation était bonne, elle me rendit espoir, et me donna le courage de me lever.

Je n'avais pas remis mon genou correctement en place, et je me déplaçais en claudiquant; mais ça ne me gênais pas, comme je l'ai déjà écris: en tant que mort-vivant, je ne ressentais plus la douleur.

Je parvins donc en vue de la tour de guet, mais cette fois, je m'arrêtais, et lançais un "ohé !" qui résonna entre les collines.

Presque aussitôt, un nain vêtu de peaux de bêtes, aussi barbu que pouvait l'être un nain, et d'une chevelure plus rousse qu'un soleil couchant surgit d'une ouverture; il regarda autour de lui et me vit; je vis très distinctement sa mâchoire se contracter, et il leva son arbalète.

Je brandis mes mains en l'air et lui adressais des signes, puis je lui criais "ne tirez pas ! Je ne suis pas une bête sauvage !"

Je crois bien que je lui causais la peur de sa vie, il lâcha son arbalète qui tomba au sol, le choc fit partir le trait acéré qui se planta dans la terre meuble; il était devenu tout blanc, et une tache s'élargissait sur son pantalon; si la situation n'avait pas été aussi grave, je pense que j'aurais eu le plus grand fou rire de ma vie.

Ne voulant pas lui causer plus de frayeur encore, je décidais d'attendre sur place, et de voir ce qui allait se passer...
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MessageSujet: Re: Je suis un Réprouvé...   Jeu 24 Oct - 15:41

Comme je n'avais pas envie de rester planté debout comme un idiot, formant une superbe cible de luxe en plein soleil; je décidais de m'asseoir sur un rocher.

En attendant qu'on s'occupe de moi, comprenez par là qu'on ne me tire pas dessus à l'arbalète; je regardais mes mains.

Les mains sont formidables vous savez? Quand vous avez tous vos doigts, elles forment des compagnons incroyables, toujours en nombre pair, bien que si vous êtes un Réprouvé, ce n'est pas forcément le cas; en tous cas, moi j'avais encore mes dix doigts, enfin, je les ait encore aujourd'hui...

Et voilà que je recommence à me disperser ! Vous devez certainement ne rien avoir à faire des aventures de mes doigts, que ce soit à charrier de la bouse ou me les mettre dans le nez, enfin donc, ou en étais-je?

Ah oui ! Je patientais donc une dizaines de minutes, quand le nain à qui j'avais causé une soudaine envie de vider sa vessie arriva, l'air moitié effrayé, moitié en colère; il faut dire que s'humilier tout seul ne participe en rien au calme intérieur !

Il était suivi de deux autres nains, qui se tenaient à distance raisonnable; je notais cependant que les trois nains braquaient leur arbalète sur moi; pas à coté hein ! Sur moi, directement ! Il n'aurait pas fallu que je tente une idiotie, sinon je prenais à coup sur trois carreaux d'acier en plein dans le crâne; et honnêtement, je ne suis pas certain que j'aurais survécu à ça; ou alors j'aurais eu une sacrée migraine pour toutes les éternités que je vivrais peut être, ou pas.


-Qu'est ce que tu viens faire là? Tire toi d'là le maccabée !

C'est le roux qui m'invectiva; je le regardais de haut en bas, visiblement il se sentait fort avec ses copains derrière lui; j'eut la tentation de me moquer de lui, mais je savais que ce ne serait pas judicieux, je ne tenais vraiment pas à m'aliéner le peu de sympathie que je croyais pouvoir susciter; j'essayais donc de parler le plus humblement possible, sans paraître menaçant.

-Je m'appelle Amos, je viens pour demander asile, je...

-Asile? Ou c'est qu'tu t'crois ! Tu crois qu'on va laisser un machin comme toi de promener chez nous sans rien dire? Tu connais pas les nains barbe-de-bronze !

Il avait un sacré accent, et j'avais du mal à comprendre ce qu'il disait; mais enfin je compris que mon idée ne l'emballait vraiment pas; je regardais les deux autres nains, ceux-ci semblaient ne pas avoir l'intention de parler, je supposais que le rouquin était le chef de la bande, ce qui ne m'arrangeais vraiment pas !

Je su que je ne pourrais pas tirer la moindre chose de ce nain, je l'avais humilié malgré moi, et il me gardait rancune de ce fait; j'avais entendu parler de la fierté naine, et je la maudit comme jamais ce jour-là.


-Tire toi d'là avant qu'on t'enfonce un pieu dans le lard ! Mes frangins et moi on tire très bien à l'arbalète ! Allez fous'l'camp !

Je tournais donc les talons, et me mis à marcher lentement; de temps en temps je me retournais, je voyais les trois nains me regarder, alors je continuais à avancer; si j'avais été plus débrouillard, j'aurais pu attendre la nuit et tenter de m'introduire plus loin dans les terres; mais de toutes façons, ils ont certainement passé toute la nuit à veiller, au cas ou précisément je revienne, prêts à me trouer ce qu'il me restait de couenne.

Déprimé, je marchais la tête basse, me demandant quoi faire; les nains, pourtant réputés aceuillants, m'avaient rejeté, il n'était pas question d'aller chez les Elfes, je ne parlais pas leur langue, alors que les nains parlaient parfaitement le commun; et puis, le chemin était long, et j'avais entendu des rumeurs sur eux, il parait qu'ils se montraient extrêmement arrogants et méprisaient les étrangers; et question étrangeté, je me posais là...

J'errais donc durant quelques jours, tournant en rond, je me débrouillais pour éviter les prédateurs et les charognards; puis, malgré mes réticences, je me remis à considérer sérieusement la possibilité de rentrer à Lordaeron.

Même si leurs projets me répugnaient, même si leur apparence était immonde, même si la plupart étaient devenus des malades mentaux ivres de vengeance, c'étaient les seuls être qui m'accepteraient tel que j'étais devenu, et avec qui je serais en sécurité, du moins relative...

Ces idées en tête, je rebroussais chemin vers le nord, en direction du royaume déchu de Lordaeron...
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MessageSujet: Re: Je suis un Réprouvé...   Jeu 24 Oct - 15:41

En me relisant, je me rends compte que j'ai l'air de prendre complètement à la légère toute les mésaventures qui me sont arrivées; pourtant, je vous prie de croire qu'il n'en est rien: à cette époque, je n'en menais réellement pas large, et aujourd'hui en y repensant, je sais que cette période fut extrêmement difficile.

Au fil des années, j'ai développé une sorte de cynisme doublé d'une causticité; cependant, j'ignore si cette évolution de mon caractère est directement conséquence de la magie qui m'a relevé d'entre les morts, ou si c'est simplement la vie que j'ai eue par la suite; je suppose que c'est un peu des deux, sans pouvoir exclure ni affirmer l'une ou l'autre des hypothèses.

Est-ce qu'un Réprouvé peut avoir peur? Si vous me posez la question sur un angle général, je ne saurais vous répondre, ça vous surprend? Croyez le ou non, en dehors du fait que nous soyons des mort-vivants, nous sommes à peu près normaux: nous ne lisons pas dans les pensées, nous ne sommes pas reliés entre nous par je ne sais quel procédé psychique, nous ne nous transformons pas en chauve-souris, ni aucune autre bêtise de ce genre.

Ainsi je ne peux vous répondre sur une question aussi vague; en revanche, si vous me demandez si MOI j'ai peur...

Oui; oui, je suis capable de ressentir la peur, non pas la peur pour ma vie, enfin ma non-vie, peu importe comment on l'appelle; mais la peur pour ce monde.

Vous savez, depuis toutes ces années, j'ai eu le temps de m'éduquer, j'ai eu le temps d'apprendre bien des choses que j'ignorais, j'ai appris l'existence de la Légion Ardente, j'ai appris l'existence des Dieux très anciens, quand Aile-de-mort a fait trembler le monde sur ses fondations, je savais qui il était...

C'est finalement ces connaissances qui me permettent de ressentir la peur, parce que désormais, je sais que notre monde tout entier est la cible de puissances maléfiques, prêtes à nous submerger; et, croyez-le ou non, je me sens concerné par le sort du monde.

On m'appelle, un des éclaireurs a repéré quelque chose dans les Étendues de Krasarang...
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MessageSujet: Re: Je suis un Réprouvé...   Jeu 24 Oct - 15:41

Il fait nuit, et j'écris à la lueur d'une bougie, j'aurais pu prendre une lampe gobeline, mais je n'aime pas leurs inventions, elles ont une fâcheuse tendance à exploser.

On m'a appelé pour me signaler une intrusion de l'Alliance dans notre périmètre; j'ai pris quelques hommes avec moi et je suis allé sur place; là, nous avons découvert que nos soldats avaient la situation en main: les soldats de l'Alliance avaient été capturés, enfin, ceux qui étaient encore en vie...

Ils n'étaient qu'une demi-douzaine, je pense qu'ils étaient là en reconnaissance, malheureusement pour eux ils sont tombés sur nos troupes, qui avaient la supériorité numérique.

J'arrivais donc devant trois individus à genoux, ligotés, deux hommes et une femme; je voulais les interroger sur les raisons de leur présence ici, quand un des Orcs de ma suite me conseilla de les tuer; je refusais en disant qu'ils devaient être fait prisonniers.

Alors que je me retournais à nouveau vers les prisonniers, considérant l'affaire close, il m'a alors bousculé par derrière, et profitant de l'effet de surprise, les a égorgés.

Je ne crois pas avoir été aussi furieux qu'à ce moment; j'ai ordonné qu'on le mette en état d'arrestation, et sans autre forme de procès, je lui ait passé ma lame dans le corps, puis j'ai ordonné qu'on le relâche, il est tombé par terre à mes pieds, et a commencé à ramper.

Vous pensez sans doute que je suis sanguinaire, vous vous trompez; je n'ai jamais aimé devoir tuer, même lorsqu'il s'agissait de ma propre survie, tuer est un acte inqualifiable, chaque mort que nous faisons est une souillure qui marque pour l'éternité notre coeur et notre âme; nous ne pouvons pas nous débarrasser de ça, et si certains d'entre nous parviennent à oublier, la plupart d'entre nous doivent vivre avec, et c'est très difficile...

Quand au sort de cet Orc, je l'ai décidé en mon âme et conscience, et je sais que son visage ne hantera pas mes nuits; il a tenté de se relever, je l'ai couché d'un coup de pied, comme je l'ai dit, j'étais fou de rage, et absolument pas disposé à me contenter d'une mort rapide; je l'ai frappé, frappé, et frappé encore, je lui ait crié de s'expliquer, d'expliquer les raisons de son crime.

Quand il a prononcé le nom de Garrosh, qu'il a murmuré dans un souffle que Garrosh ne tolérait pas la faiblesse, j'ai perdu tout contrôle; je l'ai transpercé au sol avec mon épée, dix, vingt, cent fois je lui passais mon épée dans le corps, faisant gicler du sang partout, j'étais couvert de rouge, il ne bougeait déjà plus, il était déjà mort depuis longtemps, mais je ne m'en souciais pas...

J'ai renvoyé les autres, je leur ait ordonné de rentrer au camp et de ne pas parler de ce qui s'était passé; j'ai croisé un de mes hommes en revenant tout à l'heure, et le regard qu'il m'a lancé m'a conforté dans l'idée qu'aucun d'eux ne parlerait: je les terrorise, parfait, qu'ils tremblent, au moins ils m'obéiront, j'espère...

Je suis resté seul dans la clairière, j'ai regardé les cadavres, je me suis penché vers eux, et finalement, après hésitation, je leur ait arraché leurs plaques d'identifications; j'ai décidé de les enterrer, tous.

Il m'a fallu toute la journée pour creuser les trou, mais je n'ai pas besoin de repos, et j'avançais à un rythme soutenu; je les ait tous enterrés vers la plage, tournés vers la mer, et j'ai réussi à trouver des plantes à peu près convenables.
Quand à l'Orc, j'ai traîné son cadavre jusqu'à un nid de charognards, il ne méritait pas des funérailles dignes.

Je suis resté un moment sur la plage, à méditer.

J'ai réfléchi à beaucoup de choses, je me suis demandé pourquoi cette guerre se poursuivait elle, pourquoi la Légion voulait elle tant nous détruire, alors que nous ne sommes même pas capables d'arrêter de nous entre-tuer au nom de prétextes futiles et de haines injustifiées; il lui suffirait de nous laisser faire, et nous finirons par détruire notre monde nous-mêmes...

J'ai repensé à ces humains que j'ai enterré, j'ai eu honte, pour la première fois, j'ai eu honte d'être ce que je suis, honte d'être un membre de la Horde, alors que je devrais retourner auprès de mes frères humains, après tout, même si je suis mort, je suis toujours un homme; c'est quelque chose que même la mort ne peut pas m'enlever; c'est pour ça que je les ait enterrés, parce que j'aurais aimé qu'on en fasse de même pour moi, j'aimerais être enterré quand je mourrais de nouveau, que quelqu'un prononce les derniers rites, que quelqu'un prie pour mon repos éternel...

Demain, je tenterais de m'approcher sans être vu de la forteresse de l'Alliance, et je déposerais les plaques d'identification, avec une lettre, j'expliquerais ou ils pourront trouver leurs soldats, s'ils veulent récupérer leurs corps, et leur offrir de meilleures funérailles que celles que j'ai pu leur donner; je changerais les itinéraires de patrouille, afin qu'aucun de mes hommes n'aille dans la zone.

Je pense encore à ce massacre d'aujourd'hui; je lève ma main et la regarde, je vois mon visage dans un miroir, mes yeux brillants, tout ça m'inspire le dégoût, cette guerre va trop loin, il faut en finir...

J'ai honte...
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MessageSujet: Re: Je suis un Réprouvé...   Jeu 24 Oct - 15:42

Ca fait plusieurs jours que je n'ai pas touché à ce journal.

Je me suis rendu là ou j'avais enterré les cadavres des soldats de l'Alliance; j'y suis allé tous les jours, et hier, j'ai constaté que les trous étaient ouverts, vides; j'ai trouvé un mot, à mon intention.

En substance, son auteur me qualifiait d'être doté d'un grand honneur, et il me remerciait d'avoir offert à ses hommes la possibilité d'avoir des funérailles décentes.

Ce n'étaient que quelques lignes, mais ça a réchauffé mon coeur; ces derniers jours ont été très difficiles moralement, et c'est pour ça que je n'ai pas eu le courage d'ouvrir ce journal.

Maintenant, ça va mieux, j'ai repris foi en ceux qui m'entourent.

Je vais poursuivre le récit de ma folle épopée, si vous le voulez bien.

Ou en étais-je? Ah oui, voilà !

Après avoir été chassé par les Nains (si, souvenez-vous, celui qui en avait mouillé sa culotte ! Hey ! J'espère que vous n'êtes pas CE Nain ! Aie aie aie, si c'est vous, me voilà bien embarrassé, quoique, non, je suis mort pour de bon, donc...).

Euh, oui, je disais donc... Je suis reparti vers Lordaeron, ça ne m'enchantait pas, comme je l'ai déjà écrit, mais au moins, j'avais une chance d'être parmi "les miens"; concept répugnant, mais finalement assez juste.

Le voyage retour me prit beaucoup moins longtemps qu'à l'aller: je connaissais le chemin, et surtout, j'ai su éviter les embûches sur le chemin, notamment ce fichu dragon qui m'avait tant fait courir à l'aller !

Je sut que j'arrivais, quand le ciel s'assombrit, alors que le soleil était encore haut dans le ciel; je vis aussi des morts-vivants, comme moi, qui montaient la garde dans des huttes de fortune, le sol était sombre et semblait marécageux, gluant, c'était immonde.

Lorsqu'ils me virent arriver, ils me mirent en joue avec des fusils; l'expérience du Nain m'avait apprit que quand quelqu'un vous vise avec un arc, une arbalète, ou un fusil, ou n'importe quoi qui peut vous fracasser le crâne, vous ne bougez pas.

L'un d'eux s'approcha de moi, puis, lorsqu'il vit ce que j'était, il baissa son arme, et fit signe à son compagnon de faire de même.

Il m'interrogea, me demandant comment je m'appelais, d'ou je venais, ou j'allais...

J'ai hésité, puis j'ai raconté la vérité: que j'étais parti de Lordaeron, après avoir refusé de me battre; que j'étais allé chercher refuge chez les Nains, que ceux-ci m'avaient chassé sans même me laisser pénétrer leur territoire...

Il m'écouta sans dire un mot, puis lorsque j'eut terminé, il m'expliqua que désormais, plus aucun peuple vivant, et il appuya bien sur le mot vivant; d'Azeroth ne voulait de nous; j'ai répondu que j'avais compris, à mes dépends.

Finalement, il ordonna à son compagnon de se remettre en faction, et m'annonça qu'il allait m'accompagner vers Fossoyeuse...
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MessageSujet: Re: Je suis un Réprouvé...   Jeu 24 Oct - 15:42

Il nous fallu seulement deux heures pour parvenir à la cité, quelle surprise pour moi !

L'endroit était sombre, décrépi, on aurait dit que la ville était abandonnée depuis des centaines d'années; des toiles d'araignées couvraient des pans de murs entiers, ceux-ci s'effondraient par endroit.

Mon guide m'expliqua qu'il s'agissait des ruines de Lordaeron, là ou se situait notamment le trône du roi Terennas.

En nous approchant, je vis que les douves étaient remplie d'une espèce de liquide verdâtre fluorescent, j'ignore de quelle immondice il s'agissait, mais je n'avais pas envie de tomber dedans.

-"Nous nous sommes installés dans les bas-fonds," m'expliqua mon guide, je le regardais avec interrogations, puis je compris: il nous fit prendre un ascenseur, devant lequel montaient la garde quelques morts-vivants qui nous firent un salut lorsque nous approchâmes.

Une fois en bas, je découvris un vaste complexe souterrain, éclairé par des lumières verdâtres, les pierres sombres, poussiéreuses; de nombreux morts-vivants circulaient autour de la place centrale, d'autres s'engouffraient dans des couloirs apparemment sans fin.

C'était lugubre et peu fait pour rassurer, mais après tout, j'étais déjà mort, que pouvait il m'arriver de plus?

"Je vous emmène au quartier militaire, on vous formera là-bas"

Je suivis mon guide, regardant autour de moi pour essayer de me repérer lorsqu'il ne serait plus là; après quelques pérégrinations dans les sombres allées de la capitale, nous arrivâmes devant une grande place.

Plusieurs morts-vivants effectuaient des manoeuvres, d'autres les surveillaient et donnaient des ordres, aux murs, de nombreux râteliers étaient fixés, je voyais des haches, des masses, des épées, enfin toutes sortes d'armes; des mannequins en bois et en fer étaient installés dans un coin, et quelques uns s'exerçaient à les frapper, en évitant les retours de bâton.

"C'est ici, maintenant, vous allez parler à Jonas Digle, il est là-bas."

Il me montra un mort-vivant qui marchait en long devant un groupe, ceux-ci faisaient des mouvements avec une arme, ils portaient des boucliers et l'un après l'autre, il frappait sur leur bouclier, certains reculaient sous le choc, d'autre ne faisaient que tituber.

"Je dois retourner à mon poste, gloire à Sylvanas !"

Il parti sans attendre ma réponse, j'étais surpris de son salut: "gloire à Sylvanas !" qu'est-ce que ça signifiait? Je me souvenais vaguement d'avoir entendu ce nom quelque part...

Puis je me souvint d'un seul coup: je revis une silhouette sombre, montée sur une estrade, vitupérer d'une voix haineuse et arrogante; c'était la femme elfe qui nous avait encouragé à nous battre et à nous venger.

Dubitatif, je haussais les épaules et allais rejoindre le groupe...
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MessageSujet: Re: Je suis un Réprouvé...   Jeu 24 Oct - 16:08

Durant plusieurs semaines, quatre ou cinq je pense; je suivis l'entraînement de Jonas Digle; c'était un excellent maître d'armes, pour autant que je pouvais en juger; pour être honnête, même aujourd'hui, je considère cet homme comme l'un des meilleurs combattants que j'ai jamais rencontré, et, comme l'un des plus sages Réprouvés que j'ai pu croiser.

Pendant ce laps de temps, je fus formé au maniement et à l'usage de différents types d'armes; très vite, je développais une nette préférence pour les épées, sans doute parce que les épées renvoient une image de noblesse, de raffinement; si je devais me battre, au moins tenais-je à le faire noblement, chose qui me paraissait totalement inconcevable en maniant une lourde masse, destinée à écraser les os, ou une hache, destinée à arracher les membres; même si au fond, l'épée est également destinée à tuer...

Également pendant cette période, j'eut droit à quelques moments de permission, étant désormais tout à fait intégré dans cette nouvelle société, j'étais traité avec plus d'égards que je n'avais jamais eu au cours de ma vie.

J'ai donc profité de ces moments de calme pour assouvir un souhait que j'avais toujours eu depuis mon enfance: apprendre à lire et à écrire.

En explorant Fossoyeuse, j'arrivais dans le quartier qui avait été réaménagé pour les mages et divers praticiens des arts magiques; je supposais que si je voulais trouver un maître pour m'apprendre à lire et à écrire, je le trouverais ici.
Je ne me trompais pas; je rencontrais très vite Elizabeth Dawnler.

C'est le moment pour moi d'ouvrir une petite parenthèse: comme vous pouvez vous en douter, il n'y avait pas que des hommes parmi les Réprouvés; certes, les femmes étaient moins nombreuses, mais, je le découvris plus tard; il y avait une raison à cela: la plupart se cachaient, d'ailleurs, il n'y avait pas un seul miroir à Fossoyeuse; ainsi, personne ne pouvait savoir à quel point son apparence était répugnante, à moins de demander à d'autres, mais c'était en quelque sorte un sujet tabou: tout le monde le savait, mais personne n'en parlait.

Pour en revenir à Elizabeth, lorsque je la vis, je fut subjugué, croyez le ou non, mais ce fut bien sa beauté qui me subjugua; bien que son teint fut blafard, elle avait conservé le visage harmonieux qu'elle avait du avoir de son vivant, aucune trace de coups, de blessure, aucune cicatrice sur son visage, même ses yeux brillants de la lueur magique qui nous avait redonné vie semblaient naturels.

Elle me confia très vite que si elle était si bien conservée, c'est parce qu'à l'arrivée du Fléau, elle s'était suicidée en buvant une fiole emplie d'extrait d'aconit, un violent poison; ainsi, elle avait été pour ainsi dire épargnée, le Fléau ne trouvant aucun intérêt à profaner des cadavres autrement qu'en les relevant.

Elle avait été enseignante de son vivant; lorsque je lui contais mon désir d'apprendre à lire et à écrire, elle accepta de me donner des cours durant mes moments libres.
Je voulus la remercier, mais elle m'interrompit en me répliquant cette phrase que je n'oublierais pas, dussé-je vivre encore cent années: "Vous apprendre à lire et à écrire, voilà qui me donnera un but, peut être oublierais-je mon terrible sort..."

Pauvre femme...Elle se raccrochait à une illusion...Aujourd'hui encore, j'ai pitié d'elle, mais je sais également qu'elle a trouvé le repos qu'elle désirait tant...


Dernière édition par Laevathein le Sam 2 Avr - 23:48, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Je suis un Réprouvé...   Sam 26 Oct - 21:27

Elizabeth, je réalise à présent à quel point elle me manque...
Je n'avais pas prévu de parler d'elle, enfin, au moins pas maintenant; mais, je relis mes notes et...J'ai besoin de parler d'elle...

Je vous l'ai dit, elle accepta immédiatement de m'enseigner à lire et à écrire; les leçons durèrent six mois, ce fut très difficile, bien plus qu'apprendre le maniement des armes, chose que je faisais en parallèle.
Combien de fois pestais-je contre ces maudites lettres qui refusaient de s'assembler ! Combien de fois me mis-je en colère en constatant mon impuissance à réussir à lire !
Mais Elizabeth...Jamais elle ne se mit en colère, jamais elle ne me fit de reproches...

Dotée d'une infinie patience, chaque fois que je me mettais en colère, elle restait à me regarder de son air triste qui ne la quittait jamais, elle ne disait rien, et attendait que je me calme; chaque fois, je la regardait, et j'avais honte de mon comportement, je lui faisais mes excuses et je me remettais au travail.

Elle me demanda de lui raconter mon histoire, ce que je fis, sans omettre un seul détail, je lui contais mes doutes, mes peurs, je lui parlais de ma vie d'avant, comment j'en étais arrivé là.
Elle m'écouta, sans rien dire, je voyais ses yeux luire de cette lueur jaunâtre que nous partagions tous; mais je savais qu'elle était remuée intérieurement, je le voyais par ses gestes, ses petits tremblements, qu'elle essayait de dissimuler...

Alors un jour, j'osais lui demander si elle voulait passer plus de temps avec moi; j'étais certain qu'elle refuserais, et j'allais déjà m'excuser de mon inconvenance, mais elle accepta, oh oui, elle accepta...

Je sais ce que vous devez penser: vous pensez qu'il n'est pas possible qu'il puisse exister d'amour entre gens de notre engeance, nous sommes des perversions de la nature...
Pourtant vous avez tort: nous pouvons éprouver de l'amour, nous ne sommes pas que haine et rancoeur, contrairement à ce que vous imaginez...

Finalement, entre mon entraînement, les leçons de lecture et d'écriture, et mes rendez-vous avec Elizabeth; une année entière s'écoula; année que je vis à peine, ayant à peu près perdu la notion du temps à cette époque.

Enfin, arriva le jour ou je sut parfaitement lire et écrire; quel changement ! Quelle joie ! Tous les trésors de littérature, de l'histoire, tous les chef-d'oeuvre enfin à ma portée !

Pour célébrer cela, je voulus offrir un cadeau à Elizabeth, mais je ne savais que lui offrir: un grand repas? En d'autres temps, un dîner aux chandelles eut été formidable, même encore, cela demeurait follement romantique, mais un dîner que nous ne mangerions pas...
Un cheval? Non, tous les chevaux de la région étaient devenus des aberrations loqueteuses, décomposée sur pattes; je ne me voyais pas lui offrir une telle immondice, et puis, elle ne savait pas monter à cheval...

Finalement, alors que je ne savais que faire; je repensais à une conversation que nous avions eue, elle m'avait raconté qu'elle avait perdu la bague que sa mère lui avait offerte pour ses quinze ans; mais lorsque le Fléau était arrivé, elle l'avait perdue.
Je décidais donc de récupérer cette bague, coûte que coûte.
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MessageSujet: Re: Je suis un Réprouvé...   Mer 30 Oct - 0:10

J'avais prévu de me rendre dans les ruines du village ou Elizabeth avait vécu, en profitant de la sortie que devait m'offrir une mission de reconnaissance que l'on m'avait confiée.

Je devais m'assurer de la présence ou non de nombreux mort-vivants sur nos terres; à la différence de nous autres, ces mort-vivants n'étaient rien d'autre que des aberrations (nous aussi en fait) sans âme ni conscience, de simples morceaux de chair, ou des tas d'os.

Finalement ma mission fut simple, et j'eut tout le loisir d'aller explorer les ruines du village, qui était à peu de distance du mien.

En me basant sur la description que m'avait faite Elizabeth de sa maison, je n'eus pas trop de mal à me frayer un chemin au milieu des quelques cadavres ambulants que je croisais, et que je renvoyais bien vite vers la tombe; quelques mois plus tôt, je les aurais sans doute enviés, mais ma rencontre avec Beth avait changé quelque chose en moi, et je n'avais plus hâte de découvrir ce qui m'attendait par delà ma seconde mort.

Enfin je parvins à sa demeure, du moins, ce qu'il en restait, le village entier n'était que ruines calcinées, les poutres qui tenaient encore debout étaient noircies, émiettées; ce n'était plus qu'un fantôme de village, si j'osais l'analogie, j'aurais dit qu'il s'agissait d'un corps abandonné au silence.

A l'intérieur, je me mis à la recherche de sa bague, je supposais qu'elle avait du la perdre au moment de son suicide, alors je me dirigeais vers ce qui semblait être sa chambre à coucher; je ressentis bientôt une étrange sensation; il me fallu quelques minutes pour me rendre compte que c'était de l'angoisse.
La peur était un sentiment que je n'avais plus ressenti depuis...Et bien, je ne sais plus en réalité, aussi me surpris-il d'autant plus quand il se manifesta; ainsi donc, j'étais angoissé, mais par quoi?

La présence de mort-vivants n'était pas en cause, ceux-ci erraient sans but, ils ne représentaient pas la moindre menace, ce n'étaient que des paysans de leur vivant, tout comme moi, dans la mort cependant, contrairement à moi, ils n'étaient demeuré d'eux que des cadavres animés; mais rien de dangereux, j'aurais pu me tenir en face d'eux, ils n'auraient même pas réagi, tout au plus m'auraient ils légèrement bousculé en se déplaçant en claudiquant.
En plus d'être totalement inoffensifs, ils n'étaient qu'une demi-douzaine, moins les trois que j'avais découpé en passant, avant de réaliser que ce n'étaient que de pauvres hères.

Non, mon angoisse était tout autre: je craignais que la bague d'Elizabeth fut perdue pour toujours, et alors, peut être perdrait-je toute occasion de lui déclencher un sourire, chose très rare chez elle, si rare en fait, que la première fois qu'elle m'avait sourit, j'avais cru à un rêve éveillé.

Farfouillant dans la poussière, soulevant des pans de tissu brûlés, je finis par retrouver la bague, elle étaient ternie, le métal était légèrement déformé, mais elle était néanmoins portable; je la mis à mon doigt, afin de la conserver au lieu le plus sur dont je disposais, et me mis en route en direction de Fossoyeuse.

Arrivé à la sortie du village, je me retournais vers celui-ci, je vis les mort-vivants marcher sans but, alors, pris d'une subite impulsion, j'y retournais, et accordais le repos éternel aux morts restant.
Soulagé, ma conscience s'en portant mieux, je repartis sans me retourner, je savais que j'avais fait acte d'humanité envers ces malheureux.
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MessageSujet: Re: Je suis un Réprouvé...   Dim 3 Nov - 15:30

Une fois mon rapport effectué, je me hâtais de rentrer à Fossoyeuse.

Beth ne sortait jamais de la ville; lorsque je lui avais demandé pourquoi, elle m'a répondu qu'elle ne voulait pas voir la désolation qui régnait désormais, les récits lui suffisaient, alors je n'avais pas insisté.

Je la trouvais à son endroit habituel, la bibliothèque, errant, les yeux dans le vague, chaque fois que je la surprenais ainsi, je me demandais ce qu'elle ressentait, c'est curieux; finalement, ma mort m'a rendu plus humain qu'avant.

Je ne me souciais que de rentrer le bétail, bêcher les récoltes, ce genre de choses, mais jamais je ne m'interrogeais sur ce que ressentaient les gens autour de moi; je n'en avais pas le temps, ce n'est qu'une piètre excuse au fond, le temps, j'aurais pu le prendre, pour parler pour écouter; peut être j'aurais été un meilleur homme, et un meilleur fils, si j'avais pris le temps d'essayer de comprendre ma famille.
Bah, peu importe, maintenant, c'est trop tard, je ne peux que tenter de m'améliorer chaque jour.

Revenons en à Beth; je lui ramenais sa bague, tout fier de moi, et heureux à l'idée de la voir sourire.

Je n'avais pas imaginé qu'elle serait si heureuse, elle me tomba dans les bras, et m'embrassa; elle ne pouvait pleurer, mais je sentais à ses tremblements qu'elle l'aurait fait; je me sentais moi-même tout retourné, et j'eut du mal à résister, d'ailleurs, à quoi bon?

Une foule de sentiments me traversèrent l'esprit à ce moment, la joie, le bonheur, j'étais avec la femme que j'aimais, mais également la tristesse, la honte, honte de ce que nous étions devenus: des monstres, même si nous n'avions pas trop de raisons de nous plaindre, de nombreux Réprouvés étaient bien plus abîmés que nous; à ce moment, je voulais lui offrir la lune, mais ma seule présence lui suffisait; c'est ce soir-là qu'elle accepta pour la première fois de quitter la ville, et de sortir au clair de lune.

Tout allait bien, je m'intégrais à la nouvelle société, j'y trouvais même certains avantages; cela peut vous paraître surprenant, et répugnant, mais finalement, mourir a été ma plus grande chance; enfin, être relevé d'entre les morts plus exactement.

J'ai pu apprendre à me battre, j'ai appris à lire et à écrire, j'ai pu élever mon esprit, j'ai enfin découvert un but à ma vie, et ça, je le dois avant tout au fait d'avoir été relevé.
Cela signifie-il que je sois reconnaissant au Roi-Liche? Non, certainement pas; ses actes ont été d'une cruauté innommable, on ne peut pas être reconnaissant de tels agissements.
Seulement, j'ai su trouver le bon dans mon malheur, jusqu'à l'adoucir, et le transformer en opportunité d'avoir une existence meilleure.

Il s'écoula encore une demi-année, jusqu'au jour ou les choses changèrent...
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MessageSujet: Re: Je suis un Réprouvé...   Mer 6 Nov - 17:19

Beth commençait à décliner, au début je ne me rendis compte de rien; elle le cachait du mieux qu'elle pouvait, mais finalement, je le remarquais.

La vie que nous menions, nous vivions à présent tous les deux dans le même logement, ce que nous étions devenus; tout ceci l'oppressait, elle ne le supportait pas, elle ne pouvait plus le supporter.

Un jour, alors que je revenais d'une banale mission de coursier, je trouvais le logement vide, cela ne me surpris guère, elle sortait régulièrement pour se rendre à la bibliothèque, aussi, lorsque l'horloge que j'avais installée sonna huit heures, je commençais à m'inquiéter; jamais elle ne s'était absentée aussi tard.

Je pris donc la décision d'aller la chercher, en laissant un mot à son intention au cas ou elle reviendrait par un autre chemin durant mon absence.

J'arrivais rapidement à la bibliothèque, à présent, je connaissais bien Fossoyeuse, et je m'y repérais aisément.
Elizabeth n'était pas là, pensant qu'elle était déjà partie et rentrée, je me remis en route, même si j'essayais de me dire que je me faisais des idées, j'avais un très mauvais pressentiment, alors j'accélérais le pas.

En arrivant au logement, mon inquiétude se transforma en panique: Beth n'était pas là ! Certain qu'il lui était arrivé malheur, je commençais à préparer des plans de sauvetage, des initiatives pour...Mais pour quoi? Je ne savais pas, j'étais si mort de peur que je n'étais plus capable de réfléchir convenablement.

Finalement elle arriva, je savais qu'il s'était passé quelque chose: elle avait la tête baissée, et n'osait pas me regarder; lorsque je la pris dans mes bras, elle ne réagit pas, elle ne me regardait toujours pas; et pendant que je lui demandait ou elle était passée, j'avais l'impression d'être détaché de moi-même: une partie lui parlait, et l'autre analysait son comportement.

Elle refusait de répondre, enfin, plus précisément, elle ne dit pas un mot, elle n'ouvrit pas la bouche, ses yeux fixés sur le tapis, enfin, perdant patience, sous le coup de la colère et de la peur qui m'avait étreint le coeur, je la forçais à me regarder, et je la lâchais aussitôt, horrifié, reculant d'un pas.

Elle avait essayé de pleurer, et comme elle n'y parvenait pas, son corps étant mort et incapable de produire des larmes, de rage, de chagrin, de douleur, elle s'était griffé les joues de toutes ses forces, son beau visage était lacéré, je vis encore des morceaux de peau coincés sous ses ongles.

Je lui demandais pourquoi, encore sous le choc; et là...Elle m'a expliqué qu'elle ne pouvait plus supporter cette vie à laquelle elle était condamnée; qu'elle ne pouvait plus pleurer, saigner, qu'elle ne pouvait plus porter d'enfant, elle n'avait plus besoin de manger, de boire, de dormir, et même de respirer; elle se sentait sale et répugnante, son âme souffrait le martyre chaque seconde de plus qu'elle passait dans cet état horrible...

Je ne savais que dire, ces réflexions, je les avais faites moi-aussi, cependant, j'avais fini par accepter cet état de chose, mais Beth...

Elle n'était pas à la bibliothèque, mais à l'extérieur, elle était sortie de la ville, seule; elle avait marché jusqu'à une colline, qu'elle avait gravi, de là, elle avait vu l'étendue du monde mort-vivant qui avilissait ces terres; la laideur de ce qui nous entourait, la laideur des Réprouvés, SA laideur; c'est là, me dit-elle, qu'elle avait su qu'il n'y avait plus d'espoir...

Elle m'a dit qu'elle voulait mourir, définitivement...

Elle m'a demandé de la tuer...

J'ai refusé, tuer la femme que j'aimais, comment aurais-je pu?

Elle est partie, me laissant seul, avec moi-même, je ne l'ai pas retenue...
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MessageSujet: Re: Je suis un Réprouvé...   Mer 6 Nov - 17:37

J'étais effondré ! La femme que j'aimais venait de me demander de la tuer, la tuer ! Comme si je le pouvais...

C'était une chose que d'offrir le repos éternel à de pauvres paysans qui erraient, cadavres sans conscience, malheureux, victimes de la cruauté de ce monde...

Mais Beth...Non...Ce n'était pas possible...

Je compris rapidement qu'elle était à bout, elle était désespérée, mais je ne savais que faire pour lui rendre l'envie de vivre; elle ne le voulait plus, elle avait raison: sa vie de femme était terminée depuis longtemps, elle...Nous ne pourrions jamais procréer, jamais devenir parents; je n'avais pas réalisé à quel point elle en avait souffert.
Parfois, la nuit, je la voyais, sur le coté, une main posée sur le ventre, j'ignorais la signification de cela, maintenant je comprenais...

Puis je me surpris à réfléchir aux moyens de tuer un Réprouvé...
Comment pouvions-nous mourir? Nous n'avons pas besoin de manger ni de boire, impossible de nous affamer, nous pourrions soutenir un siège durant des siècles, et plus.
Nous ne dormons pas, enfin, comme je l'ai déjà dis, ce n'est plus un besoin vital, mais cela reste indispensable pour la santé mentale; la priver de sommeil? C'était parfaitement stupide...

La noyade? Le poison? Nous ne respirons pas, quand au poison, il faudrait que notre organisme puisse le faire circuler, notre sang est immobile, et souvent complètement coagulé, notre coeur ne bat plus...

Après avoir fait le tour des mesures possibles, je m'arrêtais à deux solutions, puis j'eut soudain une conscience aiguë de ce que je faisais.

Je me suis levé, et en vociférant, je renversais la table, l'encrier, je lançais des livres dans la chambre, contre les murs, je martelais mon oreiller à coup de poings, jusqu'à l'éventrer, et faire voler des plumes blanches dans toute la chambre, alors, en voyant ce spectacle, je me calmais, et me rassis; je me pris la tête dans les mains; j'étais désarmé, démuni, que faire? Que faire?

Malgré moi, mes pensées revinrent à cette terrible idée, sans en avoir vraiment conscience, j'arrivais à une ultime solution, ayant écarté l'autre, non pas parce qu'elle n'aurait pas fonctionné, mais parce que voir Beth brûlée vive m'aurait été absolument insupportable...

Le seul moyen...

J'allais devoir lui couper la tête...

Je me levais lentement, et sorti du logement...

Jamais ne n'ai autant eu besoin de me confesser...
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MessageSujet: Re: Je suis un Réprouvé...   Mer 13 Nov - 18:16

Écoeurant, cette simple pensée était écoeurante; je me voyais trancher la tête d'Elizabeth, je voyais la hache entre mes mains, j'arrivais même à voir les imperfections dans le manche en bois.

Mais comment? Pourquoi? Pourquoi me demander ça? Pourquoi vouloir mourir?

Ce jour-là, j'ai tout pris dans la figure; je voyais la non-mort comme une sorte de nouvelle chance; jamais je n'avais imaginé que pour certains, cet état, ni vivant, ni mort, proche de la vie, mais sans les mécanismes de la vie, pas de respiration, pas de nourriture, pas de repos, pas de procréation...
Je n'avais pas songé que certains considéraient cet état comme une malédiction, comme une souillure infâme; une souffrance impossible à porter...

Elizabeth était de ceux-là; devais-je lui en vouloir? Pourquoi? Parce que son âme se rebellait contre ce qu'elle était devenue? Parce qu'elle souffrait le martyre chaque jour de sa non-vie? Ou était-ce à moi de m'en vouloir? Parce qu'en m'accrochant à elle, je l'empêchais de connaître le repos?

Je sais qu'elle m'aimait, je n'ai rien imaginé; elle me l'a dit, je l'ai ressenti, je l'ai vue; je n'ai jamais douté un seul instant de son amour; mais, sa souffrance était bien trop terrible pour ce qu'elle pouvait endurer.

Elle me laissa seul durant une semaine, je ne la vis pas, cependant, je savais qu'elle était en vie; j'avais craint que devant mon refus, elle ne tentasse ailleurs; mais elle n'en avait rien fait.
Pourquoi? Là encore, je connais la réponse: parce que ça devait être moi; elle voulait mourir de mes mains, parce qu'elle voulait que moi seul lui apporte le repos.

Pour moi, ce n'était pas lui apporter le repos, c'était l'assassiner, pire, je savais que je devais le faire, que j'allais le faire; j'ai fini par me résigner, abattu...

Alors, je me mis à m'exercer, macabre occupation; j'aiguisais mon épée, et je passais plusieurs jours à m'entraîner à couper des bûches, des morceaux de carcasses d'animaux; je suis même allé dans l'un des villages détruits par le Fléau, et y trouvais des morts sans repos; là, je fis un véritable carnage, décapitant l'un après l'autre, en cherchant chaque fois à réussir le coup parfait...

Pour rien au monde je ne voulais rater mon coup; s'il fallait je coupe la tête de Beth, alors il faudrait que ce soit fait en un seul coup; je ne voulais ni la faire souffrir, ni la mutiler.

Finalement, après avoir décimé tout un hameau, et renvoyé les morts à la tombe, je parvins à mettre assez de force et de précision dans mes coups pour trancher net le cou d'un homme adulte; alors avec la nuque mince de Beth, cela serait aisé.

Aisé...Quel mot horrible dans de telles circonstances...Comme s'il s'agissait d'une besogne comme un autre...

Enfin, neuf jours après avoir décidé de le faire, je retrouvais Beth, cela faisait plus de deux semaines que nous ne étions pas vus, j'espérais de tout mon coeur qu'elle eut renoncé, peine perdue...
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MessageSujet: Re: Je suis un Réprouvé...   Lun 18 Nov - 1:45

-Tu es vraiment sure que c'est ce que tu veux?
-Amos, je n'en peux plus; je me suis regardée dans un miroir ce matin; j'en ait caché un dans notre logement, je suis horrible, je ne veux plus subir ça...
-Rien de ce que je pourrais te dire, ou faire, ne te fera renoncer...?
-Je suis désolée Amos...

C'est ainsi que se déroula notre dernière conversation; nous étions à l'extérieur de Fossoyeuse, il faisait nuit, la pleine lune nous éclairait de sa lueur, effrayante, du moins, c'est ainsi que je l'ai vue ce soir là...

Elle s'allongea par terre, sur le dos; j'aurais préféré qu'elle se tourne de l'autre coté; je ne voulais pas voir son visage, mais en même temps, elle ne pouvait tout de même pas se mettre le visage dans l'herbe.

J'étais debout à coté d'elle; mon épée dans les mains, elle me regardait; je la regardais, j'avais l'impression d'être un bourreau, un meurtrier, un assassin, de la pire espèce possible.
Je m'agenouillais vers elle; tentant une dernière fois de la faire renoncer, je lui pris la main et la portais à mes lèvres.

-Je t'en prie, Beth, je t'en prie...Ne m'oblige pas à faire ça...
-Je ne peux pas, je suis désolée, Amos, je t'aime...
-Si tu m'aime, pourquoi tu veux m'obliger à assassiner la femme de ma vie?!

Je me relevais avec fureur; mais la vérité, c'est que je n'étais pas furieux, j'étais terrifié, au moment de passer à l'acte, je reculais, était-ce de la lâcheté? Peut être, je ne sais pas, et à ce moment, je m'en moquais éperdument.

Beth, toujours allongée sur le dos, me regardait aller et venir, en parlant, je haussais la voix, je pestais, je vitupérais, finalement, mon regard croisa le sien, et je me trouvais honteux; j'y lu la souffrance; à ce moment, plus que tout autre moment de ma vie, je compris ce qu'elle ressentait; cette existence n'était plus possible pour elle, au plus profond de son âme, cette souillure resterait à jamais marquée, l'empêchant de trouver le bonheur.

J'ai ramassé mon épée; je me suis agenouillé une dernière fois vers elle, je lui posais un dernier baiser, puis, baissant la tête, je lui demandais pardon, pardon de faire ce que j'allais faire, pardon de ne pas avoir su la rendre heureuse, pardon de tout, de tout ce que je n'avais pas su faire, de tout ce que j'avais pu gâcher...

Elle me répondit simplement qu'elle m'aimait, puis elle ferma les yeux; malgré l'absence de glandes lacrymales, je du réprimer ce qui semblait être un sanglot, je levais haut mon épée, et l'abattais, en fermant les yeux et en détournant la tête.

Je sentis mon épée tomber de mes mains; je n'entendais aucun son, n'osant pas ouvrir les yeux, je demeurais un moment ainsi, espérant avoir raté mon coup, j'espérais entendre la voix de Beth, j'espérais encore, encore et contre tout...

Finalement, j'ai ouvert les yeux, et mon monde s'est effondré...
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MessageSujet: Re: Je suis un Réprouvé...   Mar 19 Nov - 23:37

Elle était allongée par terre, elle était belle, et morte...

Sa tête avait roulé sur le coté; une joue dans l'herbe; je n'avais pas raté mon coup, ce fut une maigre consolation.

Je tombais à genoux devant son corps, désormais sans vie, pour toujours, je ramassais sa tête, que je posais délicatement au dessus de son cou, elle avait gardé les yeux ouverts, jusqu'au bout, jusqu'à la fin...

Et alors tout s'est brisé, ma vie a défilé devant mes yeux, toute ma vie; mon enfance, les travaux à la ferme, ma vie morne et ennuyeuse, moi parlant de mariage à mon père...
Je n'avais jamais véritablement envisagé le mariage comme un acte d'amour auparavant, j'imaginais seulement qu'il s'agissait d'un outil, d'un moyen pour échapper à son triste sort; si seulement, si seulement j'avais compris avant que le mariage par amour est le plus beau des actes...

J'ai hurlé, encore, et encore, j'ai hurlé à la pleine lune; j'ai hurlé mon chagrin, mon désespoir, devant le corps de la femme que j'aimais, et que j'avais tué de mes propres mains; j'étais dévoré par tant de choses, et incapable, incapable de seulement verser une larme ! Incapable ! Pas même pour pleurer la perte de l'être aimé !

J'avais envie de vomir, mais je ne pouvais pas, alors que je sentais cette boule dans ma gorge, cette culpabilité, cette honte...
Cette envie d'en finir...

J'alternais phases de délires et lucidité, durant lesquels je retombais à genoux devant elle, je n'osais pas la toucher, j'avais peur de la salir, avec mes mains de monstre, mes mains de meurtrier; enfin, un reflet de la lune éclaira l'acier de mon épée, que j'avais lâchée plus tôt.

Avant d'avoir conscience de ce que je faisais, je ramassais l'épée, et me la passais à travers la poitrine; puis la retirais, et encore, je me transperçais le corps, espérant mourir, mais rien n'y faisait, je m'empalais, dix, vingt, trente fois; mais je tenais encore debout, et je n'avais pas mal, je ne saignais pas, l'épée était immaculée; alors je compris: si je voulais la rejoindre, si je voulais payer mon crime, je devais m'ôter la vie de la même manière...

Mais je ne l'ai pas fait, j'ai eu peur, au dernier moment, un réflexe de lâche, j'ai jeté l'épée de toutes mes forces; et je suis resté là, auprès du corps de ma bien-aimée, toute la nuit.

Lorsque le jour se leva, je n'avais pas bougé...
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MessageSujet: Re: Je suis un Réprouvé...   Ven 22 Nov - 23:25

Je l'ai enterrée, j'ai creusé toute la journée, et alors que le soleil se couchait, je la mis en terre.

J'ai essayé de prononcer quelques mots, un hommage, un discours, je ne sais; mais je n'ai pu que me mettre à genoux et lui demander pardon; enfin je l'ai recouverte de terre, et j'ai prié...

Je suis rentré à Fossoyeuse au milieu de la nuit, couvert de boue, je me suis enfermé dans mon logement et y suis resté durant une semaine, sans sortir, sans bouger, j'étais simplement là, rien de plus.

Enfin, lorsque je sortis, j'étais un autre homme; lentement en moi, je sentais monter un tout nouveau sentiment: la rancoeur.
Cette rancoeur me rongeait lentement, ne sachant comment l'exprimer, je laissais mon épée parler pour moi, je m'exerçais au maniement des armes; ne parlant à personne et répondant avec hargne, je me montrais si brutal, même lors des entraînements, que je finis par tuer deux de mes collègues; en leur coupant la tête, net.
Leur vie ne comptait pas, et la mienne non plus; je pris rapidement l'habitude de me porter volontaire pour des missions risquées: nettoyage de cryptes, éradications de créatures pestiférées; puis vint le jour ou une escouade de la Croisade Écarlate vint attaquer l'un de nos avant-postes.

Ils brûlèrent vifs nos hommes, et décrétèrent que nous serions les prochains.
Le commandement décida d'envoyer quelques hommes entraînés afin de s'occuper de ces fanatiques, me portant immédiatement volontaire, je partis à l'ouest de Fossoyeuse, avec quatre camarades.
Sur le chemin, l'un d'eux tenta de me faire la conversation, je le fis taire en lui mettant mon poing dans la figure, il ne répliqua pas: j'avais acquis la réputation d'être particulièrement violent et mes exploits lors des autres missions imposaient une certaine forme de respect.

Nous arrivâmes en surplomb du camp de fortune qu'avaient installé les croisés Écarlates, ils n'étaient qu'une dizaine; ayant l'avantage de la surprise et surtout, le fait de ne pas pouvoir être tués simplement par une épée enfoncée dans la poitrine, nous nous jetâmes sur eux.

Je ne détaillerais pas plus ici ce qui s'est passé; mais sachez que ces personnes ont souffert les pires tourments durant plusieurs heures, et je ne fût pas le dernier à leur en infliger.

C'est en revenant que j'ai réalisé que ma rage ne devait pas s'exprimer n'importe comment, il me fallait un but, je devais me trouver un ennemi.
En tant que mort-vivant, une abomination, un crime contre nature, nous avions de nombreux ennemis; mais il y en avait un tout particulièrement qui était parfait pour supporter le poids de ma haine; c'était précisément lui qui avait fait de nous ce que nous étions; c'est lui qui nous a pris tout ce que nous avions, c'est lui qui m'a séparé de Beth; cet homme était connu sous le nom d'Arthas Menethil, mais désormais, nous le connaissions sous le nom du Roi-liche.

Un nouveau but en tête, et une vengeance à accomplir, je poursuivis ma mission au service de Fossoyeuse, attendant mon heure, espérant pouvoir faire payer à Arthas la mort de ma bien-aimée...
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MessageSujet: Re: Je suis un Réprouvé...   Dim 1 Déc - 0:53

Colère, haine, rancoeur...

Le temps passa; je me montrais de plus en plus sauvage, de plus en plus sanguinaire, lorsque nous rejoignîmes la Horde; je m'en désintéressais totalement; le fait que nous, morts-vivants, Réprouvés, abominations, puissions nous allier avec ceux qui étaient autrefois notre ennemi mortel aurait du me surprendre, voire me choquer, je ne voyais que l'ironie de la situation.

L'ironie, et l'opportunité de tuer encore plus...

On m'envoya en garnison dans les Hautes terres d'Arathi; là, j'assouvis ma soif de sang en tuant de pauvres voyageurs, innocents, victimes de ma folie...

Je m'y trouvais encore, lorsque nous apprîmes qu'une sorte d'engin spatial s'était écrasé sur Azeroth, à l'intérieur, se trouvait un peuple, les "Draeneï"; ces êtres rejoignirent l'Alliance, notre ennemi; mais avant que nous puissions réagir, la Légion Ardente arriva, ou devrais-je dire, revint.

Je passerais sur les événements, les attaques menées par quelques fanatiques, qui tentèrent d'invoquer des démons, attaques qui furent étouffées dans l'oeuf, et leurs auteurs immédiatement châtiés comme il se doit; j'en viendrais à mon départ pour l'endroit qu'ils nommaient "Outreterre", à ce que j'avais entendu, c'était le monde d'origine des Orcs, et également l'endroit ou vivaient ces mystérieux Draeneï, dont j'avais vaguement entendu parler, mais que je n'avais encore jamais vu.

Étant affecté sous le commandement d'un Orcs, je suivis ce porc, qui s'exprimait comme un barbare, sa langue, rocailleuse, brutale, heurtait mes oreilles; j'avais du, comme la plupart des Réprouvés, apprendre leur langue; fort heureusement, elle était simple, et je n'eut pas grande difficulté à la comprendre; en revanche, je refusais de la parler, estimant insultant pour ma dignité de m'abaisser à ces borborygmes.

Nous arrivâmes à Pierrêche, dans le Marais des chagrins, une zone marécageuse, humide, en descendant vers le sud, nous parvînmes enfin à la Porte des ténèbres; elle était immense, et débordait de magie démoniaque, mais il fallait l'emprunter pour parvenir en Outreterre, c'était par ici que les Orcs étaient arrivés, et c'était par ici qu'ils reviendraient chez eux, du moins, ce qu'il en restait.

l'Alliance et la Horde avaient conclu une trêve, fragile, pour affronter la Légion; me sachant pourtant sanguinaire, mes supérieurs avaient pris le risque de m'emmener; cependant, je compris vite pourquoi: les démons pullulaient.

Derrière le portail, des soldats de la Horde et de l'Alliance se battaient contre des armées de démons qui déferlaient d'une immense route, des machines de siège tiraient de lourds projectiles sur ces ennemis, les fauchant par dizaines, mais ils revenaient encore plus nombreux.

Il fallu lutter pour se frayer un chemin, ce n'étaient pas des soldats de l'Alliance, mais cela me convenait tout autant: je pouvais me battre et tuer tout mon saoul.
Tandis que mes compagnons d'arme tombaient un par un, épuisés, ou tués, je continuais, infatigable, enragé, les têtes volaient, les épées se brisaient, la mienne aussi, que je remplaçais aussitôt en m'emparant de l'une de celle des démons; j'étais dans mon élément, je baignais dans le sang gangréné, dans la haine la plus pure, si j'avais pu, je me serais abreuvé de se sang, j'aurais dévoré leurs cadavres, j'aurais hurlé comme une bête, et j'aurais tué encore plus.

Finalement le combat se calma, les démons reculèrent, pour un temps; suffisamment longtemps pour nous permettre de nous rendre à Thrallmar, l'avant-poste bâti par la Horde dans la Péninsule des flammes infernales; l'endroit était sinistre, censé être la tête de pont de la Horde, cet endroit n'était qu'un camp de réfugiés, et de guerriers désabusés.
Le camp subissait des attaques d'infernaux et autres démons, j'eus encore à batailler pour protéger la palissade, et encore le soir même, du moins, je crois que c'était le soir, car le ciel subissait un orage perpétuel, des traînées d'énergie gangrenée vrillaient l'atmosphère, sans discontinuer; l'ensemble formait un chaos constant.

De cette période, je ne conserve que peu de souvenirs, seulement de batailles, de plus de batailles; je récoltais plusieurs blessures, aussitôt rafistolées par la magie des mages de bataille; c'est ici que je parvins à assouvir enfin, momentanément, ma soif de sang, j'avais tué tellement de démons, et pourtant, il en venait encore, et encore, et encore...
Je demeurais trois mois à la Péninsule, chaque jour s'écoulant comme le précédent...
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MessageSujet: Re: Je suis un Réprouvé...   Lun 9 Déc - 23:24

Quelques jours avant d'être envoyé au Marécage de Zangar, je fis une rencontre qui me marqua profondément.

M'étant échappé quelques heures de ma faction, j'étais allé errer seul du coté de ce que les Elfes de sang nommaient "Bassins d'Aggonar"; j'espérais y trouver et tuer des démons, mon envie de combat m'ayant repris, telle une frénésie dont j'avais besoin pour me sentir en paix.

Arrivé là-bas, je ne vis pas de démons, en revanche, je vis, agenouillé, me tournant le dos, un Draeneï; c'était la première fois que j'en voyais un, et je sus immédiatement ce qu'il était.
Il semblait prier en silence, de la lumière diffusait de tout son corps et s'insinuait dans le sol gangrené; je demeurais un instant à l'observer, puis ma soif de sang me repris, je m'élançais vers lui, et lui enfonçais mon épée dans le dos, le transperçant.

Il s'effondra sur le sol en gémissant, je n'eus pas le temps de retirer mon épée que j'entendis un hurlement perçant, et je fus projeté dans les airs, et retombais lourdement une dizaine de mètres plus loin.

La première chose qui me vint à l'esprit, ce fut de hurler, ce que je fis: mon corps me brûlait atrocement, et me faisait souffrir le martyr, pourtant, en ouvrant les yeux, je vis qu'il n'y avait aucune flamme; j'eus le temps de me dire que de toutes façons, je n'aurais rien senti si j'avais réellement été en train de brûler; puis je tombais dans une semi-inconscience, seule la souffrance m'empêchant de m'évanouir...

J'ignore combien de temps je suis resté ainsi, sans doute peu de temps, mais cela me paru une éternité, je n'avais même plus la force de crier, puis, la douleur d'estompa, lentement.
J'ouvrit les yeux, au dessus de moi, le ciel, menaçant, des vagues d'énergies pulsantes; je me redressais, et eut un mouvement de recul.

En face de moi, à seulement deux mètres, se tenaient les deux Draeneï, l'homme, celui que j'avais attaqué, se tenait debout, sans la moindre trace de blessure, seule sa tunique était déchirée, mais je vis qu'il n'avait pas trace du coup d'épée; il me dévisageait avec dégoût; derrière lui, regardant par dessus son épaule, et se tenant craintivement à son bras, sa compagne, celle que j'avais entendu hurler quand j'avais frappé.
Son visage exprimait la colère, mais aussi la peur; en la regardant dans les yeux, elle eut un geste de recul, et je vis ses bras serrer encore plus son compagnon, dont la mâchoire se serra encore plus.

Je me suis levé lentement, avec difficulté, j'avais peur de sentir encore la douleur me frapper, mais rien; une fois debout, je me rendis compte qu'ils étaient tous les deux très grands: l'homme me dépassait de plus de trois têtes, la femme, qui lui arrivait à l'épaule, était néanmoins bien plus grande que moi, c'était très troublant de devoir lever la tête pour les regarder.

Je restais ainsi quelques secondes à les regarder, sans rien dire, sans bouger; finalement, l'homme leva sa main libre, la tenant dans ma direction, il fit jaillir une boule lumineuse, de la taille d'une petite balle, du genre de celles que l'on lance aux chiens; alors je compris tout: cette douleur atroce, ce n'était pas du feu, c'était de la lumière, la femme, qui devait être un peu plus loin lorsque j'étais arrivé, avait du me voir attaquer son mari, et m'avait alors repoussé par la lumière.

Retrouvant mes esprits, je fis un pas en arrière en regardant la boule qui jaillissait des mains du Draeneï; me heurtant les pieds à un rocher, je tombais en arrière, me sentant condamné, je fermais les yeux, attendant l'explosion de douleur, mais il n'y eut rien...

Rouvrant les yeux, je vis que le Draeneï avait baissé sa main, la boule avait disparu, son expression de colère était remplacée par ce que je pris pour de la stupeur, la femme quand à elle, me regardait toujours en se cachant derrière lui; je compris clairement que je l'effrayais, me sentant vaguement honteux de lui causer cette frayeur, je fis un geste dans sa direction, et lui dit:

-Calmez-vous, je ne veux pas vous faire de mal.

Elle recula brusquement, comme si je l'avais frappée, son compagnon, lui, releva immédiatement la main et refit jaillir sa boule de lumière; paniqué, je me mis à faire des gestes frénétiques en le regardant, je désignais sa main, puis moi, j'essayais de me faire comprendre, désespérément; enfin, je crois qu'il compris, car il baissa de nouveau sa main.

Je me relevais de nouveau, et, la situation semblant être calmée, je pris quelques secondes pour le détailler; j'évitais soigneusement d'accorder le moindre regard à sa compagne, j'avais bien compris que si jamais il pensait que je la menaçais, il ne m'accorderait pas une autre chance de m'expliquer.

Finalement, mon examen étant fait, je désignais sa blessure de ma main, puis me montrais moi, j'essayais de lui faire comprendre que j'avais commis une erreur en l'attaquant; je ne savais pas ou était passée mon épée, mais à dire vrai, ma seule préoccupation était de quitter cet endroit, je sentais que je n'étais pas à mon avantage, et je savais que le moindre faux-pas signifierait ma mort, et pour rien au monde je ne voulais revivre cette atroce souffrance.

L'homme ouvrit la bouche, il prononça quelques mots, que je ne compris pas; sa langue donnait une impression d'être rocailleuse, mais néanmoins fluide, agréable à l'oreille; il avait une voix ferme, mais empreinte de calme et de douceur, cela faisait contraste avec le physique robuste qu'il avait; sa compagne, derrière lui, lui répondit, de même, comme je l'avais déjà constaté, elle avait une voix très douce, je sentais de la peur dans celle-ci, mais je ne fis aucun geste cette fois.

J'attendis quelques secondes, puis annonçais, en langue commune, celle des humains, ma langue, que j'allais partir; ils ne réagirent pas, je reculais alors lentement, un pas après l'autre, toujours aucune réaction.
Enfin, je me retournais; je savais que je prenais un risque, mais en vérité, je savais qu'il n'allait rien m'arriver, car s'ils avaient voulu me tuer, ils n'auraient pas eu besoin d'attendre que je leur tourne le dos.

Après une centaine de pas, que je fis en regardant le sol, la tête baissée, je me retournais; le couple remontait une cote en se tenant par la main, ils me tournaient le dos, je restais à les regarder, jusqu'à ce qu'ils disparaissent au détour d'une colline, puis je me remis en route.
J'aurais pu en profiter pour aller chercher mon épée, mais quelque chose m'en empêcha...

Sur le chemin du retour, je ne put m'empêcher de songer à ce couple, cette femme, qui me regardait, effrayée, j'avais failli tuer son époux, elle n'avait pas hésité à m'attaquer pour le protéger; et lui, que je venais pourtant de frapper, tout juste guéri, qui se tenait entre moi et sa compagne, comme un bouclier; les voir, s'en aller, ensemble, main dans la main.
Je songeais à Elizabeth, c'était la première fois depuis qu'elle était morte, je m'imaginais que c'était elle qui se tenait en retrait, j'imaginais qu'a la place du Draeneï, c'était moi, comment aurais-je réagi si quelqu'un avait menacé ma bien-aimée? Je l'aurais tué, je le sais, je n'aurais pas hésité un instant; et pourtant, ce Draeneï, que j'avais failli tuer, il m'avait épargné, alors que rien ne l'y obligeait: il avait le droit de me tuer, j'avais essayé de l'assassiner, je représentais un danger pour sa compagne, et pourtant...

J'étais très secoué en revenant à Thrallmar, bien plus que je n'en avais conscience à ce moment.
En me couchant ce soir-là, pour reposer mon esprit, je résolus de ne jamais tuer de Draeneï, j'allais même plus loin dans ma promesse: je fis le serment de protéger tout Draeneï qui croiserait ma route, je pensais que ça paierait ma dette envers ce couple qui m'avait épargné.

Je n'ai jamais revu ces personnes, j'espère encore les recroiser un jour, maintenant que je suis plus sage, et plus apaisé, et leur témoigner mes respects.
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MessageSujet: Re: Je suis un Réprouvé...   Lun 6 Jan - 17:26

Enfin, j'arrivais au Marécage de Zangar.

C'était un lieu humide, sombre, la lumière projetée par la lune rouge éclairait tout juste le sol, des champignons géants parsemaient toute la région, ils formaient comme une sorte de toit naturel; cet effet de serre entretenait le climat chaud et humide; si j'avais été encore vivant, je me serais certainement senti poisseux, et ruisselant de sueur.

Malgré leur taille, ces champignons n'étaient pas si laids, à certains égards, ils étaient même fascinants.

J'appris très vite qu'une faune locale s'était développée autour de ces gigantesques champignons, notamment deux espèces: les sporelins, de petits humanoïdes qui se développent en poussant dans des sacs de spores; ce sont des hommes végétaux, du moins c'est que j'ai cru comprendre; et les géants fongiques.

Le soir même de mon arrivée, je me retrouvais dans un petit camp bâti par des trolls; l'un d'eux, Talz'dahio, je crois que ça s'écrit ainsi, me parla de ses recherches à propos des champignons et des géants, il me demanda de lui ramener des échantillons de ces créatures, afin qu'il puisse les analyser.
Je l'envoyais d'abord paître, j'étais là pour massacrer des démons, pas pour jouer au garçon de courses; puis, finalement, j'acceptais d'y aller, plus pour le faire arrêter de me harceler que par véritable envie.

Après une heure de route, heure passée à m'enfoncer, parfois jusqu'aux genoux, dans ce marécage, j'arrivais devant un lac, sauf, qu'il n'y avait plus de lac ! Au centre, il restait une petite mare, mais c'était tout, à la place, des dizaines de géants fongiques, qui erraient, sans avoir de but, du moins en apparence; je vis également deux hydres qui déambulaient, et qui plongeaient leurs têtes dans le sable, je compris que ces créatures cherchaient les rares poissons qui restaient.

Je demeurais un moment sur le promontoire ou je me trouvais, de là, j'avais un excellent point de vue, et avant de m'attaquer à ces géants, je voulais d'abord avoir quelques informations.

Finalement, je constatais que la plupart étaient seuls et isolés, je décidais de m'attaquer à ceux là; ensuite, j'avais remarqué qu'ils se déplaçaient très lentement, et leurs gestes étaient encore plus lents.

Je commençais par me glisser derrière l'un d'entre eux, qui se trouvait à une vingtaine de mètres de moi, je me glissais tant bien que mal derrière lui, puis j'hésitais: vu de près, il était beaucoup plus imposant que je ne l'avais cru, au bas mot, il devait être trois fois plus grand et deux fois plus large que moi.
Mais après tout, j'étais déjà mort, et je ne pouvais pas sentir la douleur ! A cette pensée, je me revis hurlant et me tortiller, après avoir reçu une dose de lumière...
Je chassais cette pensée de mon esprit, et j'assénais un violent coup d'épée dans la jambe de la créature; à ma grande surprise, je la tranchais net !

Le géant tomba sur le flan, j'entendis une sorte de grognement, mais un grognement étrange, comme s'il essayait de parler la bouche pleine; l'effet était tellement comique, que je ne put m'empêcher de lâcher un éclat de rire qui résonna sur le lac vide, je compris trop tard que j'avais commis une énorme erreur; me retournant tout à coup, je regardais autour de moi, ma crainte était infondée: tout était tranquille, et personne ne s'occupait de moi.

Reportant mon attention vers la créature, j'eus tout juste le temps de plonger sur le coté et de m'étaler proprement dans la boue, un jet d'acide venait de me frôler; en me relevant, je pestais sur la quantité de saleté qui était sur mon armure et mon épée, le géant, allongé, tentait de m'attraper avec l'un de ses bras, et comme je l'avais déjà constaté, il était trop lent, je n'eus aucun mal à m'écarter, puis je lui tranchais ce bras.

Il ne saignait pas; mais à ce moment, je compris pourquoi on les appelait "fongiques", c'était exactement cela: j'avais l'impression de frapper une éponge, ma lame de rencontrait aucune résistance; je songeais que si j'avais l'idée de sauter à pieds joints sur cette chose, elle s'écraserait et dégorgerait une grosse quantité de cette saleté qu'elle m'avait envoyé.

Enfin, je tranchais ce que je pensais être la tête, puis, j'arrachais un large morceau sur un bras, et je repartis en arrière.
Après une heure de trajet, passé à tenter d'éviter les trous d'eau, je revins au camp, et donnais l'échantillon au troll.

Je n'écoutais pas ce qu'il me dit, je regardais en direction du lac; je le voyais de là ou j'étais, en réalité, ce n'était pas très loin, tout juste un kilomètre.

-Pouwquoi tu souwi, mec?

Je regardais le troll sans comprendre, puis, j'éclatais de rire; je me levais, lui donnais une tape dans le dos, et lui annonçais qu'il venait de trouver un assistant.
Sans en avoir l'air, je m'étais énormément amusé au cours de cette sortie, et je commençais à trouver ces recherches intéressantes.
Je demeurais trois mois au Marécage de Zangar...
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