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 La fuite du soleil.

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Laevathein
Zoulie Draeneï
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MessageSujet: Re: La fuite du soleil.   Mar 22 Juil - 23:26

Malkat suivait son nouveau "patron" depuis deux heures seulement, et il avait déjà eu envie de l'étrangler à trois reprises, cet homme était répugnant, un condensé de racisme et de lubricité à en faire vomir les plus pervers.

Tout en cheminant, et en tentant d'ignorer les réflexions lancées par Peresol au sujet de ce qui les entourait, il s'interrogea sur sa propension à se mettre en colère facilement ces derniers temps; en fait, depuis qu'il avait retrouvé Caelwyn; il avait la sensation d'avoir vécu comme dans un rêve avant ce moment, et qu'il entamait un voyage qui le mènerait vers une vérité qu'il ne pouvait pas encore apercevoir.

La journée s'écoulait rapidement, on était déjà en milieu d'après-midi, et Peresol Lumambre l'avait gratifié de ses opinions concernant la régulation de la population Orque, sur la répugnance que les Gobelins lui inspiraient, et s'était laissé aller à décrire à quel point il considérait les femmes comme des sous-êtres, tout juste doués à satisfaire les désirs sexuels des hommes.
La mission était primordiale, mais Malkat en venait à se demander s'il ne tuerait pas lui-même ce maudit Elfe avant la tombée de la nuit, simplement pour ne plus avoir à subir ses discours grotesques.

Enfin, vint la tombée de la nuit, et avec elle, la seconde phase de l'opération commençait, pourtant, Malkat ne se sentait pas à l'aise, un mauvais pressentiment l'envahi; ce pressentiment se changea en certitude: Aliel ne serait pas là.

Afin de dissiper ses inquiétudes, Malkat se dédia à suivre le plan, ainsi, il fit prendre à Peresol plusieurs ruelles sombres, jusqu'au moment ou il s'arrêta; derrière lui, l'Elfe ne disait mot, mais il sentait la tension monter, finalement, il se retourna, et prenant un air penaud, annonça:


-Euh, patron, j'crois que j'me suis perdu...

L'Elfe leva les deux bras au ciel, et s'exclama:

-Perdu? Perdu!? Non mais c'est pas vrai ! Comment avez-vous fait pour vous perdre dans votre ville?!

Prenant l'air le plus désolé possible, Malkat répondit tout en dansant d'un pied sur l'autre:

-Bah, euh, c'est la nuit, et, ben, je reconnais plus rien...
-Ben voyons ! C'est la nuit alors il ne reconnait plus rien ! Alors dépêchez-vous de retrouver votre chemin, bougre d'abruti !
-Oui patron...

Malkat fit mine de chercher son chemin, puis avança d'un pas hésitant, lorsque le son de la voix de l'Elfe le fit s'arrêter net:

-Peut-être serait-il temps de jouer cartes sur table, vous ne pensez pas?

Malkat se retourna brusquement, quelque chose dans le ton de Peresol l'avait alerté; lorsqu'il le vit, un frisson glacé lui remonta le long de l'échine: Peresol Lumambre le regardait, un large sourire sur le visage, mais surtout, c'est ce qu'il avait au bout de la main droite qui lui fit prendre conscience de ce qui se passait: il avait été démasqué.

Lumambre s'approcha, marchant très lentement, à la main droite, des cristaux de glace se mouvaient rapidement, dansant les uns autour des autres, formant de minuscules stalactites de glace, qui se déformaient aussitôt pour se reformer.

Peut être la situation n'était elle pas perdue, Malkat tenta un ultime recours, hésitant, s'efforçant de prendre une voix effrayée, il bégaya:


-Je, je comprends pas, patron, c'est quoi ça?

L'éclat de rire de l'Elfe, suivit de sa réponse confirma ses craintes:

-Inutile de jouer les employés modèles plus longtemps, je sais qui tu es.

Il se rapprocha de nouveau, puis il reprit:

-Oh, tu as très bien joué la comédie, la bagarre avec ce Troll était, hum, très bien orchestrée, c'était très convaincant, vraiment.

Ainsi donc, Lumambre avait tout compris; Malkat se sentit plus vulnérable que jamais, à mesure qu'il réalisait la portée de son erreur, comment avait-il su? Il le demanda:

-Alors, vous saviez, comment?

L'Elfe éclata de nouveau de rire, puis répliqua:

-Oh, mais je sais tout, depuis le début, jusqu'à la fin.
-Mais qui êtes-vous bon sang?!
-Ah ah ah, tu n'as pas encore compris? Je suis l'appât !

Malkat sentit ses entrailles se liquéfier, l'appât? Alors, ça voulait dire que...

-C'était un piège !
-Et oui ! Savamment orchestré, il vous fallait une raison suffisante pour vous dévoiler, et quoi de mieux que l'opportunité d'assassiner un commandant du Crépuscule, n'est-ce pas?

Un piège ! C'était un piège ! Le mot revenait sans cesse dans son esprit, il fallait avertir les autres, ils étaient certainement en danger ! Le léger son émit par les cristaux de glace sur la main de Lumambre le fit revenir à la réalité; il ne pourrait pas rejoindre les autres s'il ne se débarrassait pas de lui d'abord; il ne pouvait même pas appeler Aliel, ignorant ou son compagnon se trouvait; il était seul face à un mage Elfe de sang très puissant.
La peur commençait à l'envahir, une idée, une idée folle germa dans son esprit, mais pour cela, il devait gagner du temps, il décida d'interroger Lumambre:


-Puisque vous allez me tuer, dites moi au moins ce que vous projetez.
-Voyons, voyons, tu essaie de gagner du temps, j'ignore pourquoi, mais personne ne viendra te sauver, sois en sur; et puis, puisque précisément, je vais te tuer, tu n'as pas besoin d'en savoir plus, là ou tu vas, la connaissance ne t'aidera pas...

Il lança une stalactite de glace au moment ou Malkat se jeta en arrière, surgissant du sol dans un jaillissement de flammes, un élémentaire de feu apparu, illuminant la ruelle, celui-ci se tourna vers Malkat et l'interpella:

-C'EST TOI QUI M'A APPELÉ, JE VAIS T'ÉCRASER POUR TON INSOLENCE !

Le brasier vivant abattit son énorme bras enflammé sur le sol, à l'endroit ou se trouvait Malkat quelques secondes plus tôt, il recommença son geste, forçant l'Orc à effectuer des roulades; Lumambre, assistant à cette scène, avait cesser d'incanter, et riait aux éclats, un rire sinistre, il s'exclama:

-Alors c'est ça, les éléments ! Quels fiers alliés ils font, en vérité !

Alors qu'il allait de nouveau frapper, l'élémentaire arrêta net son geste; se retournant, il regarda l'Elfe, et se tourna de nouveau vers Malkat:

-CE MORTEL EST TON ALLIÉ ! MEURS !
-Non ! Non ! C'est mon ennemi ! c'est mon ennemi, crois moi !

L'élémentaire leva de nouveau son bras enflammé pour écraser le sol, Malkat s'approcha de lui, et reprit en désignant Lumambre:

-Je sais ce qui s'est passé ! Je connais la vérité ! Ces individus vous ont insulté, ils vous ont torturé, ce ne sont pas mes alliés, je les combat ! Crois moi !

L'élémentaire observait Malkat qui se tenait toujours devant lui, et qui répétait:

-Crois-moi, je suis ton allié ! J'ai toujours respecté les éléments, crois-moi !

Puis il répéta une dernière fois en étendant les bras et en fermant les yeux:

-Je suis ton allié...

Le bras s'abattit sur le sol, soulevant des gerbes de flammes et de braises qui volèrent en tous sens; Malkat ouvrit les yeux, un incendie s'était déclenché à coté de lui, mais il était indemne; le dominant de toute sa hauteur, l'élémentaire rugit:

-SI TU A MENTI, JE T'ANÉANTIRAIS !

L'élémentaire se dirigea à grande vitesse vers Lumambre, qui, cessant de rire, réalisa un peu tard ce qui se passait, il plongea de justesse pour éviter la charge de l'élémentaire; se relevant rapidement, il jeta des stalactites de glace sur l'élémentaire, la plupart ratèrent et allèrent se ficher dans les murs; ceux qui atteignaient son adversaire fondaient immédiatement et ne lui causaient aucun mal, alors il tenta de viser Malkat, qui à son tour canalisait des éclairs.

Les deux hommes se lançaient mutuellement des sorts, mais l'avantage allait à Malkat, qui avait réussi à rallier l'élémentaire, celui-ci causait plus de dégâts à l'environnement qu'a Peresol, mais la pression qu'il lui mettait en l'assaillant sans cesse et en le forçant à bouger sans arrêt lui faisait commettre des erreurs; finalement, un cri retentit dans la nuit, et une silhouette sombre atterrit à coté de Malkat:


-Pardon de mon retard, je vois que vous avez déjà entamé les hostilités.

L'Orc, soulagé de l'arrivée de son compagnon, lui lança:

-Pas le temps de vous expliquer, les autres sont en danger, il faut en finir avec lui rapidement !
-Compris !

Sous les assauts combinés de Malkat, de son élémentaire de feu, et d'Aliel, Lumambre finit par chuter, une dague plantée dans le genou, l'Elfe n'était que légèrement blessé, mais il était à bout de forces, et ne pouvait plus de battre; désormais, il pouvait être interrogé.

Malkat s'approcha rapidement de lui, et lui empoigna brutalement les cheveux:


-Dis ce que tu sais !
-Ah ah ah ah ! Vos amis vont tous mourir, et vous allez les rejoindre !

Il allait lui asséner un coup de poing, lorsque il sentit bouger sous lui, regardant Aliel, qui lui-même l'observait avec stupeur, le sol se souleva soudainement, renversant les deux hommes; lorsqu'ils se relevèrent, ils constatèrent la présence d'un élémentaire de terre, dont le corps était entièrement rocheux; celui-ci parla de la même voix impérieuse que celle de l'élémentaire de feu:

-CE MORTEL A PERVERTI L'ORDRE DES ÉLÉMENTS ET A TORTURÉ NOMBRE DE NOS FRERES, LA JUSTICE NOUS APPARTIENT, PARTEZ, SON SORT NE VOUS CONCERNE PLUS !

Malkat et Aliel se relevèrent, l'élémentaire de feu se tenait derrière eux, silencieux; ils virent l'élémentaire rocheux s'approcher de Lumambre et s'emparer de lui; celui-ci cracha sur la roche, et l'insulta, l'élémentaire ne réagit pas, et commença à enserrer le corps de l'Elfe, qui cria:

-Le Crépuscule vous emportera tous !

Puis on entendit plus que ses cris, tandis que son corps était lentement broyé par l'étreinte irrésistible de la roche.
Malkat avait détourné les yeux, lorsqu'il regarda de nouveau, les deux élémentaires avaient disparu, et à la place de celui de terre, il put apercevoir un cadavre sanguinolent, horriblement broyé; il fut interrompu par Aliel qui l'interpella:


-Malkat, venez, regardez, je crois que les autres ont des problèmes !

Il montrait du doigt le ciel, une énorme colonne de fumée noire s'élevait lentement, au dessus de la taverne qui servait de cachette à l'organisation.

Ils quittèrent rapidement la ruelle ou plus rien ne les retenait, leur cible étant morte, la priorité était de revenir s'assurer qu'il n'y avait pas de danger.

En arrivant, Malkat et Aliel découvrirent un paysage de désolation:la taverne était en flammes, des flammes épaisses, hautes, qui léchaient le ciel; dans la ruelle, des cadavres calcinés, certains continuaient de brûler, les cadavres de clients, pour la plupart, mais aussi de passants, et un garde.

Aliel se précipita à l'intérieur, suivit de Malkat, qui tenta en vain de le retenir; l'Elfe se dirigea vers l'entrée de la cachette, qui n'avait plus rien de secrète à présent, les murs étaient tombés, et la cachette elle-même était entièrement détruite; le mobilier achevait de brûler, et entretenait l'incendie; finalement, Malkat parvint à articuler, tout en se couvrant le visage:


-Il n'y a plus personne ici, savez-vous si Salinas a prévu quelque chose pour évacuer?
-Oui ! Allons-y !

Aliel mena Malkat dans la cave, dissimulée derrière un tableau, à l'intérieur, un levier ouvrit une porte pivotante, qui menait directement à l'extérieur, à l'autre bout du complexe; ils étaient désormais dans une autre ruelle.

-Tiens, tiens, tiens, mais qu'avons-nous là?

Les deux hommes sursautèrent, avant de constater que se tenaient devant eux plusieurs Orcs en armure, Malkat les reconnu comme des gardes Kor'kron; il le signala à Aliel, qui voulu alors les rejoindre, mais l'Orc le retint par le bras et lui chuchota:

-Non ! N'y vas pas, il y a quelque chose qui cloche...

Derrière les Kor'kron se dégageait une épaisse fumée; signe qu'un autre incendie faisait rage à proximité, pourtant, de cette fumée s'éleva une voix féminine:

-Mais qui voilà ! Les agneaux qui se rendent à l'abattoir.

Des talons claquèrent, alors que l'inconnue approchait, finalement, surgissant de la fumée, une Elfe de sang, vêtue d'une armure de plates, et portant une grande hache, apparu.

Malgré la situation, Malkat ne pouvait s'empêcher de se dire que cette femme lui rappelait quelqu'un, subitement, il su; attrapant vivement le bras d'Aliel, il s'exclama:


-Cette femme ! C'est la serveuse de la taverne !

Aliel le regarda avec des yeux ronds; pour sa part, Malkat revoyait nettement cette scène de la veille: le tavernier qui confiait le bar à la jeune femme, qui protestait, et qui finalement courbait l'échine...
C'était elle qui se tenait en face d'eux, lourdement équipée; son visage n'avait plus rien d'amical, et la façon qu'elle avait de tenir sa hache montrait qu'elle savait s'en servir.
Réalisant qu'ils avaient en face d'eux la traîtresse, Aliel, échappant à Malkat, se jeta sur elle en hurlant:


-Traîtresse ! Je vais te faire payer !

Dans sa colère, il se jetait à l'aveugle sur son ennemi; sans bouger, la femme leva sa hache, elle la fit balancer en arrière, puis frappa un grand coup de droite à gauche.
Les Kor'krons n'avaient pas bougé, Malkat écarquilla les yeux; puis se figea, il sentit des gouttes tièdes lui tomber sur les joues, il lui fallut plusieurs secondes pour réaliser qu'il s'agissait de larmes, de tristesse, de rage.

Aliel était penché en avant, une grande quantité de sang tâchait le sol, ses doigts se décontractèrent, ses dagues heurtèrent le sol en émettant un ding sonore; la femme ôta son arme, et l'Elfe tomba face contre terre; le sang continuait de couler, et de se répandre.
Aliel était mort, quasiment tranché en deux par un seul coup de hache.

Malkat la regardait, cette femme était très puissante, et sans pitié; derrière elle, la demi-douzaine de Kor'kron n'avaient pas bougé, pas réagi; instinctivement, il avait compris que ces gardes, s'ils en étaient réellement, n'était que des agents du Crépuscule.
Il était désormais seul, face à sept ennemis, dont une redoutable combattante; cette fois, il n'avait aucune chance d'en réchapper vivant...

Résolu à mourir debout, en Orc, il ferma les yeux et bomba le torse, attendant l'assaut.
Un sifflement aigu lui fit rouvrir les yeux; une boule de feu venait de passer à coté de lui, et frappa l'un des gardes, l'incinérant instantanément; d'autres boules de feu surgirent de derrière lui, se retournant, pour tenter d'apercevoir de qui venait l'attaque, il entendit crier:


-Alors Malkat, tu as décidé de mourir sans combattre?
-Salinas !

Salinas surgit des flammes en hauteur, et atterrit à coté de Malkat, ses vêtements étaient déchirés et en partie brûlés, et son visage portait plusieurs ecchymoses, mais il semblait en parfaite santé; reportant son attention sur leurs ennemis, il constata qu'il ne restait plus que la femme; les Kor'kron avaient été réduits en cendres par Salinas.
L'Elfe avait les deux avant-bras en flammes, et affichait une expression de colère froide; la femme leva sa hache, prête à attaquer, lorsque Salinas l'interpella:


-C'était un plan brillant, nous faire croire à l'opportunité d'éliminer un commandant du Crépuscule, pour nous piéger, et nous anéantir, ce plan était parfait.

La femme ne répondit pas; Salinas poursuivit alors:

-Ce soir, vous auriez pu tous nous avoir, mais vous avez oublié un petit détail, ou plutôt, deux détails !

Cette fois, la femme réagit, elle leva la tête, et rétorqua:

-Quel détail? Notre plan était parfait ! Vous avez eu de la chance, c'est tout !

Salinas éclata de rire, mais c'était un rire sans joie, le rire d'un meurtrier:

-Non, le détail que vous avez négligé, c'est que vous avez cru que je me rendrais sans me battre, que vous pourriez m'avoir facilement, grossière erreur !

Il leva ses avant-bras, prêt à déclencher son attaque, la femme leva sa hache, serrant les doigts sur la poignée, même à la distance ou il se trouvait, Malkat vit la lueur meurtrière dans son regard, il entendit Salinas murmurer:

-Allez, petit fille, montre moi qui va le plus vite, la magie...

La femme lança sa hache en même temps qu'il lançait une boule de feu; la hache tournoyant jusqu'à eux à grande vitesse, ils durent se jeter chacun d'un coté opposé pour y échapper, l'arme se ficha dans le bois du bâtiment dans leur dos; dans le même temps, la femme fit une roulade et esquiva la boule de feu.
Se relevant, elle éclata de rire, et dégaina deux épées et couru vers eux; Salinas murmura de nouveau:


-Ou la magie...

La femme s'arrêta brusquement, et leva la tête; poussant un hurlement, elle fut engloutie par une tête de dragon embrasée subitement surgie du néant; la mâchoire de la bête flamboyante lui arracha le haut du corps et disparu, ne laissant qu'un bassin et des jambes fumantes, et une armure en train de fondre.

-C'est fini...

Non, ce n'était pas terminé, le piège ! Salinas devait savoir !

-Salinas, nous avons été trahis ! C'est...

L'Elfe s'approcha du corps d'Aliel et répondit:

-Je sais, Malkat, je sais...
-Ou est le tavernier, je suis sur que...
-Il est mort.
-Comment? Tu as découvert qu'il nous avait trahi?

Salinas se retourna et regarda Malkat dans les yeux:

-Il ne nous a pas trahis.
-Comment? Tu en es sur?
-En fait, c'est grâce à lui si nous sommes en vie.
-comment?
-Je t'expliquerais, mais d'abord, nous devons quitter la ville.
-Mais que...
-Malkat ! Nous n'avons pas le temps, regarde autour de toi ! Ils sont tous morts ! Et que dirons nous lorsque les gardes arriveront? Qui nous croirait?

Résigné, Malkat suivit Salinas à travers un tortueux réseau de ruelles, qui les éloigna de la foule venue observer l'incendie; il avait raison, il valait mieux qu'on ne les découvre pas au milieu de cadavres, dont certains portaient les couleurs d'Orgrimmar...

En chemin, Salinas expliqua le rôle qu'avait eu le tavernier: celui-ci avait entendu sa serveuse parler du piège avec ses subordonnés, il avait aussitôt compris qu'il s'agissait d'agents du Marteau du Crépuscule, et avait aussitôt décidé d'avertir Salinas; malheureusement, un des hommes l'avait découvert, et l'avait poignardé dans le dos, et laissé pour mort.

Fort heureusement, expliqua Salinas, il avait encore assez de forces pour se traîner jusqu'à lui et lui révéler la traîtrise, ainsi, il avait pu discrètement évacuer la plupart de ses agents, quand au Gobelin:


-Quand il est arrivé à moi, il était déjà trop tard, je n'ai rien pu faire pour le sauver.

Lorsqu'ils quittèrent Orgrimmar, le jour se levait, il conclut simplement:

-Dorénavant, je ne douterais plus de la loyauté des Gobelins.
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Laevathein
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MessageSujet: Re: La fuite du soleil.   Sam 26 Juil - 23:20

Ils avaient cheminé depuis l'aube, et même au delà.

Ils firent halte au bord de la rivière; Malkat repéra un trotteur qui buvait paisiblement, et le désigna à Salinas:


-Je vais discrètement m'approcher, et je...

Il fut interrompu par une boule de feu envoyée par l'Elfe, qui atteignit directement l'animal, la force de l'impact le fit partiellement exploser, projetant de la chair brûlée tout autour du cadavre fumant de l'animal; Malkat se tourna vers Salinas, fronçant les sourcils; celui-ci lança un regard malicieux à l'Orc et se justifia:

-Désolé, mais je suis affamé, en plus, il est déjà cuit.

Il se leva et ramassa une aile en partie brûlée, émettant une flammèche dans sa main libre, il chauffa le morceau de viande jusqu'à température voulue, et le porta à la bouche, on entendit les os craquer alors qu'il mâchait.
Malkat, qui mangeait aussi, se demandait ce qu'ils allaient faire: la base de Salinas était détruite, ses agents dispersés, ou morts, comment pourrait-il lui venir en aide désormais?


-Salinas, qu'est-ce qu'on va faire?

L'Elfe s'installa à coté de l'Orc, au bord de la rivière, puis, tout en mastiquant, lui exposa son plan:

-Il faut que tu mette ta femme et ton fils à l'abri.
-Quoi?

Salinas cessa de manger pour fixer Malkat, son expression était redevenue sérieuse, et lorsqu'il s'exprima, ce fut avec un ton sans équivoque:

-Ces gens que nous avons tué cette nuit, tu sais ce qu'ils font à leurs victimes; tu as vu Aliel, cette femme l'a pratiquement coupé en deux; ces gens sont plus que dangereux, et ils sont très bien renseignés; et le pire, c'est qu'ils sont très bien infiltrés.

Il marqua un temps, pour boire à la gourde que lui tendait l'Orc, puis reprit sur le même ton:

-Cette fille, elle travaillait chez Kyzzix depuis cinq ans, et elle a attendu tout ce temps avant de se dévoiler; alors imagine, s'il y en a d'autres comme elle?

Cette fois, Malkat comprenait, la situation était grave; il questionna:

-Tu es inquiet?
-Bien entendu que je le suis, nous combattons un ennemi qui est implanté parmi nous depuis des années, et qui prépare je ne sais quel mauvais coup, et cet ennemi a bien failli nous avoir cette nuit.
-Mais nous avons survécu.
-Par chance ! C'est uniquement parce que Kyzzix est venu me prévenir du piège, et par chance qu'il ait surpris cette conversation; sans ça, nous serions tous morts, mais si la vie m'a appris une chose, c'est qu'il ne faut jamais considérer la chance comme acquise.

Il se tut, et se remit à manger, de son coté, Malkat l'observait, l'Elfe avait les traits tirés, contrariété et fatigue se lisaient sur son visage; soudain, il eut la vision de Gora, repensant à ce que Salinas venait de lui dire, il interrogea:

-Pourquoi devrais-je mettre ma famille à l'abri?

Sans cesser de mastiquer, Salinas répondit:

-Les agents du Crépuscule que j'ai tué cette nuit n'étaient sûrement pas les seuls qui se cachent à Orgrimmar, les autres vont rapidement découvrir que nous ne sommes pas morts, ils vont chercher, et ils risquent de remonter jusqu'à toi, et ta famille.

Une bouffée d'angoisse saisi Malkat lorsqu'il entendit ces mots; s'efforçant de ne pas trembler, il regardait Salinas qui lui-même l'observait, l'Elfe affichait une mine sinistre, mais néanmoins compatissante; cependant, il ne voyait pas cela, tout ce qu'il voyait, c'était l'image de Gora, attachée à un poteau, et torturée, il voyait son fils, Galzat, plongé dans de l'eau bouillante, il les entendait hurler, hurler, et il ne pouvait rien faire ! La terreur s'emparait de lui, il ne savait plus, il ne pouvait plus bouger, il...

-Malkat !

Un bruit sec résonna faiblement, il ouvrit les yeux; Salinas le regardait dans les yeux, la main levée, son regard était inquiet:

-Est-ce que ça va?

Il hocha la tête; le brouillard dans lequel il s'était senti immergé disparaissait lentement, Salinas se rassit lentement, sans le quitter des yeux; il ne comprenait pas ce qui lui était arrivé: Gora, Galzat, tout ceci lui était apparu si réel, si vrai; avant de réfléchir, il le dit à voix haute:

-Ils étaient en train de les torturer, j'étais attaché, et je les voyais faire, je...

Salinas détourna le regard; Malkat se rendit compte qu'il parlait à voix haute et s'interrompit; se sentant humide, il se tâta, et se rendit compte qu'il transpirait à grosses gouttes, occupé à s'essuyer, il entendit en partie ce que dit Salinas:

-Ce que tu as vu pourrait devenir réalité s'ils les trouvent avant nous, j'espère que tu es reposé, il faut repartir, ta famille t'attend.

Malkat acquiesça en silence, les deux hommes se relevèrent, et se remirent en route; Salinas le suivait, ignorant le chemin; malgré son inexpérience de la région, il se montrait d'une grande endurance, et ils n'eurent pas besoin de faire de pause.
Ils parvinrent à la tente à la tombée de la nuit; il n'aurait su dire si cela venait de la vision qu'il avait eu en début d'après-midi, mais Malkat eu immédiatement un mauvais pressentiment lorsqu'il s'approcha, l'endroit était trop tranquille, cela l'inquiétait.
Il s'en ouvrit à Salinas en chuchotant, celui-ci hocha la tête en silence, et se prépara au combat; espérant se tromper, Malkat ouvrit la toile de la tente et pénétra à l'intérieur.
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MessageSujet: Re: La fuite du soleil.   Dim 17 Aoû - 16:31

Le léger bruissement d'un feu résonnait, les craquements du bois dans l'âtre parvenaient aux oreilles de Malkat, regardant tout autour de lui, il ne vit rien d'inhabituel.

Se rassurant quelque peu, il progressa avec prudence, il s'agissait peut être d'un piège.

Salinas, derrière lui, se préparait au combat, les flammes entouraient ses mains, et il s'apprêtait à déchaîner sa fureur; il espérait que Gora aille bien, il ne voulait pas se sentir coupable de la mort de la femme d'un vieil ami, à cause de lui.

Malkat pénétra dans la salle de séjour, aussitôt, ses traits se détendirent, il baissa les mains, et se retourna vers Salinas, il lui adressa un sourire soulagé, que l'Elfe comprit: Gora était sauve.

Il suivit l'Orc dans la pièce; la première chose qu'il vit fut la jeune Elfe assise en face de lui, se réchauffant les mains au feu; se levant, il reconnu Gora; lorsqu'elle se retourna, son visage exprima la surprise de le voir, s'inclinant, il s'excusa:


-Bonsoir Gora, je suis désolé de m'imposer dans ta demeure à cette heure.

L'Orque se jeta d'abord dans les bras de Malkat, qui la serra fort contre lui, puis elle se dégagea, reculant d'un pas, elle embrassa les deux hommes du regard, puis interrogea:

-Salinas? Malkat, qu'est-ce qui se passe? Tu es tout pâle !

Avant de répondre, Malkat voulu s'enquérir de l'état de Caelwyn, qui ne s'était pas levée, et qui ne leur avait pas accordé un regard; Gora suivit le regard de son compagnon, et lui répondit en chuchotant:

-Elle a mangé et bu, mais elle n'a pas dit un mot depuis que tu es parti; j'ai essayé de la faire parler, mais je pense qu'elle a besoin de temps.

Salinas écoutait la conversation, et suivait également les regards des deux Orcs; de là ou il se trouvait, il ne voyait qu'une jeune femme, presque une enfant, aux cheveux courts d'un roux intense; curieux, il s'apprêta à questionner Gora à son sujet, mais fut interrompu par celle-ci:

-Malkat, qu'est-ce qui s'est passé? Salinas?

Les deux hommes se regardèrent, finalement, Salinas répondit:

-Je pense qu'il vaudrait mieux que Malkat te l'explique, pour ma part, je vais me reposer au coin du feu si tu le permet.

L'Orc hocha la tête, tandis que son ami ôtait ses bottes et son manteau écarlate; il emmena Gora à l'écart; avant de quitter la pièce, il interpella Salinas:

-Il doit y avoir du cuissot de kodo dans le buffet derrière toi, quelques minutes au feu et ça suffira, la boisson est...
-Posée juste là, merci Malkat.

Il leva un pichet à hauteur des yeux, tandis que les deux Orcs disparaissaient dans leur chambre, il se fit chauffer un morceau de viande; bientôt, l'odeur de la viande grillée se répandit dans toute la pièce.
En mangeant, il détaillait la jeune Elfe, en face de laquelle il s'était installé; celle-ci avait la tête baissée, elle se mordait les lèvres et se tordait les mains; en penchant la tête, il constata qu'elle l'observait à la dérobée, et, chose qui le surprit, malgré le feu, elle tremblait.
L'étrange attitude de la jeune femme l'emplissait de curiosité, et il mourrait d'envie d'entendre sa voix; mais surtout, il mourrait de faim, jugeant préférable d'attendre le couple avant de poser des questions, il mangea en silence, attendant le retour des Orcs.

Dans le même temps, Gora et Malkat étaient allés dans leur chambre, aussitôt la mince peau qui faisait office de porte refermée, Malkat s'était jeté sur sa compagne et l'avait embrassée avec force; celle-ci, stupéfaite, se laissait faire, lui rendant son baiser; finalement, leurs lèvres se décolèrent, et elle put le questionner:


-Malkat, qu'est-ce qui t'es arrivé? Tu n'es jamais si...

Il la tenait toujours serrée contre lui, la regardant dans les yeux, ne pouvant s'empêcher de sourire, haletant, à le fois de ce baiser, et de soulagement, il lui répondit en lui caressant les joues:

-C'est juste que...Je suis si soulagé que tu n'aie rien, je ne sais pas ce que j'aurais fait...

Les mots, et surtout, le ton sur lequel ils furent prononcés, inquiéta fortement Gora; se dégageant brusquement de l'étreinte de son compagnon, elle répliqua:

-Soulagé pourquoi? Que je n'aie rien? Malkat, réponds moi ! Que s'est-il passé? Pourquoi Salinas est-il là?

Poussant un profond soupir, l'Orc s'assit en tailleur, et sans transition, lui raconta tout; ce qu'elle savait déjà: qu'il s'était rendu à Orgrimmar pour y rencontrer Salinas, pour qu'il l'aide à découvrir si le cousin criminel de Caelwyn était encore en vie; comment Salinas l'avait mis au courant de profonds troubles à propos des éléments, comment il avait appris la vérité à propos de la colère de ceux-ci; l'aide qu'il lui avait demandé de lui apporter, pour lutter contre cette secte de fous dangereux, qui menaçaient Azeroth; comment la mission s'était finalement retournée contre eux, lorsque les serviteurs du Marteau du crépuscule leur avaient en réalité tendu un piège, et comment ils avaient du fuir, après avoir assisté à la mort de nombreuses personnes.

Silencieuse, Gora écouta tout, ne posa aucune question, n'interrompit à aucun moment son compagnon; lorsqu'il eut terminé, elle ne sut quoi dire, les choses lui semblaient tellement irréelles; elle se rapprocha de lui et se serra contre lui, elle comprenait qu'après ce qu'il avait traversé, sa présence était tout ce dont il avait besoin.

Dans l'autre pièce, Salinas entamait sa troisième part de viande, et il se sentait encore affamé; cependant, il se sentait pratiquement pas le goût de celle-ci, son esprit occupé à dresser des plans de bataille, à décider comment contacter ses agents survivants, comment combattre le Marteau du crépuscule; et puis, il ne quittait pas des yeux la jeune Elfe, de temps en temps, il la surprenait en train de lever la tête et de le regarder; trouvant le temps long, et de plus en plus intrigué, il décida de rompre le silence:


-Je m'appelle Salinas, et vous?

Les mains de la jeune femme se crispèrent, le mouvement était imperceptible, mais il le remarqua; attendant une réponse, il continua de manger, puis, constatant qu'elle ne répondait pas, il se leva et s'approcha.
Aussitôt, elle poussa un gémissement et se rejeta en arrière; surpris de cette réaction soudaine, il s'arrêta net.
Un instant indécis, il décida de reculer, il fit ainsi deux pas en arrière, très lentement, pour ne pas l'effrayer, il savait qu'elle le guettait, et voulu lui montrer qu'elle n'avait rien à craindre de lui; il se rassit à sa place, et recommença à manger, l'observant très attentivement.
Elle n'avait pas bougé de l'endroit ou elle avait reculé et se tordait les mains avec une angoisse manifeste.

Pensif, il acheva son pichet et son morceau de viande, et attendit patiemment Malkat, il commençait à soupçonner que la présence de cette jeune femme était directement liée au service que l'Orc était venu lui demander.
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MessageSujet: Re: La fuite du soleil.   Lun 25 Aoû - 12:27

Quand Malkat et Gora revinrent, l'air apaisé pour Malkat, et tendu pour Gora; Salinas se leva et se dirigea vers l'Orc:

-Il faut que nous parlions.

L'Elfe jeta un regard appuyé en direction de Caelwyn; Malkat hocha la tête et lui indiqua la réserve ou ils se retrouvèrent seuls.

-Malkat, qui est cette fille?
-Elle s'appelle Caelwyn, c'est...C'était ma coéquipière.

Malkat marchait dans la pièce, décrivant des cercles autour de Salinas, celui-ci voyait l'expression peinée sur le visage de l'Orc, et reprit:

-Qu'est-ce qu'elle a? Quand je lui ait parlé, elle a sursauté, et elle a reculé, comme si j'allais lui faire du mal.
-C'est compliqué...
-C'est à cause d'elle que tu étais venu me voir?
-Oui.
-Alors, si tu veux que je t'aide, il faut me raconter, qu'est-ce qu'elle a?

Malkat s'arrêta de marcher, il baissa la tête et poussa un long soupir, puis, relevant lentement la tête, il raconta:

-Quand le Fléau a attaqué Quel'Thalas, elle a assisté aux massacres, sa soeur a été égorgée sous ses yeux. Elle a réussi à survivre, mais toute sa famille a été tuée.

Salinas écoutait très attentivement le récit, cela lui rappelait les souvenirs de ce jour maudit, lorsque ces immondes morts-vivants avaient assailli leur grande cité; lorsque Arthas, qui serait plus tard connu sous le nom de Roi-liche, avait déjoué tous les défenseurs, pour s'emparer de la puissance du Puit de soleil.

-Son cousin l'a recueillie, alors qu'elle était dans le pire moment de sa vie, alors qu'elle était incapable de réaliser et de supporter que ceux qu'elle aimait étaient morts dans d'atroces souffrances.

Le visage de Malkat se métamorphosa soudain, il montra les dents, une véritable haine s'exprimait dans ses yeux; il reprit d'une voix lente, ou l'on sentait la colère:

-Les survivants quittaient la ville comme ils pouvaient; et une nuit, pendant qu'elle pleurait la mort de ses parents, ce porc l'a rejointe dans sa couche ! Il a tenté d'abuser d'elle ! Et quand elle s'est débattue, il l'a poignardée et l'a laissée pour morte avant de s'enfuir ! Immonde bâtard !

Le savoir le remplissait déjà de colère, mais le dire, l'exprimer à voix haute, il se sentait submergé par la rage, lui qui était pourtant de nature calme.
Salinas l'avait laissé terminer, la réaction violente de Malkat le surprenait au plus haut point; jamais il ne l'avais vu perdre son calme ainsi.
Préférant attendre qu'il se calme, l'Elfe pensa à la jeune femme; maintenant qu'il connaissait son histoire, il comprenait la réaction de crainte qu'elle avait eu à son égard; il était probable que désormais, elle associait tous les hommes de sa race à celui qui avait bafoué sa confiance, et qui avait tenté de profiter de sa détresse.
Toutes ses années à servir le Prince, avant la déchéance de leur peuple, et surtout après, lorsque Kael Thas avait progressivement plongé dans la folie, les crimes qu'il avait commis en son nom, les exactions qu'il avait vu commettre, et à sa grande honte, auxquelles il avait parfois participé, jusqu'au jour ou il avait rejoint les rangs de ceux qui seraient connus comme les Clairvoyants, rendu à Shattrath; la guerre, la mort, le chagrin; tout ceci l'avait progressivement rendu insensible au malheur.
Aujourd'hui, il comprenait ce qu'avait du endurer cette gamine dans le salon, mais il ne parvenait pas à s'en émouvoir, après tout, elle était loin d'être la seule à être dans ce cas; pourtant, Malkat semblait beaucoup tenir à elle, et il savait que sa colère était sincère.
En temps normal, il n'aurait pas refusé un service à Malkat, mais dans les conditions présentes, alors que celui-ci avait risqué sa vie, et que sa compagne et son fils risquaient eux aussi le danger; il lui semblait naturel de lui venir en aide; voyant que l'Orc s'était rasséréné, il se planta devant lui, et lui demanda:


-Qu'est-ce que tu attends de moi?

Il n'y eut aucune hésitation dans la voix de Malkat lorsqu'il déclara:

-Je veux retrouver ce chien, je veux savoir s'il a survécu.
-En admettant qu'il soit en vie, que feras-tu si je le retrouve pour toi?
-Je le tuerais.

Le ton était sec, implacable, Malkat ne plaisantait pas, lui qui pourtant, la veille encore, lui avait assuré qu'il n'était pas un assassin, qu'il ne tuerait personne; déclarait à présent froidement son intention de mettre fin à une vie.
Salinas hocha la tête en silence, puis tourna les talons; alors qu'il allait quitter la pièce, Malkat l'interpella:


-M'aideras-tu?

Sans se retourner, l'Elfe répondit:

-Je te dois plus que ma vie, Malkat, je t'aiderais, même s'il s'agit de la dernière chose que je ferais dans ma vie; mais avant, il faut mettre ta famille à l'abri.
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MessageSujet: Re: La fuite du soleil.   Mar 26 Aoû - 10:01

Salinas revint dans la pièce principale d'un pas déterminé, et alla au devant de Gora:

-Malkat a du te raconter ce qui s'est passé à Orgrimmar.

L'Orque hocha la tête en silence, encore pâle de ce qu'elle avait entendu; Salinas eut l'air satisfait, et poursuivit:

-Le Marteau du crépuscule nous a tendu une embuscade; même si nous avons réussi à nous enfuir, rien ne garanti qu'ils n'avaient pas d'autres agents infiltrés, et si c'est le cas, alors ce n'est qu'une question de temps avant qu'ils ne nous retrouvent.

Il s'interrompit quelques secondes, cherchant le meilleur moyen d'annoncer ça, puis il conclut:

-Vous devez quitter cet endroit.

Gora, encore pâle, réalisant ce que Salinas disait, s'exclama:

-Tu es en train de me demander de fuir? Tu me demande de quitter mon foyer? Salinas, parles-tu sérieusement?

Celui-ci hocha la tête; Gora, plus pâle encore, se tourna vers Malkat, cherchant du secours; elle l'interpella:

-Malkat ! Il ne peut pas être sérieux ! Dis quelque chose !

L'Orc hocha à son tour lentement la tête, et répondit d'une voix éteinte:

-C'est la meilleure chose à faire.

Voyant son compagnon l'abandonner, l'Orque recula, s'éloignant de Salinas, regardant Malkat, qui l'observait, le regard triste; soudain, elle explosa:

-Non ! Ce n'est pas la meilleure chose à faire ! C'est notre maison ! Notre foyer ! Malkat, ton fils est venu au monde ici ! C'est chez nous ! Notre vie est ici !

Malkat s'approcha lentement, il tendit les bras, pour la serrer contre lui, mais elle le repoussa violemment:

-Gora...
-Ne me touche pas !

Puis elle tourna les talons, et quitta la pièce sans se retourner, laissant Malkat et Salinas seuls.
Salinas, demeuré silencieux, entendit la voix de Malkat derrière lui, tandis qu'il se dirigeait vers la pièce ou avait disparu Gora:


-Je vais lui parler, la convaincre.

Avant de sortir, il déclara:

-Moi non plus, je ne veux pas partir.

Il laissa Salinas seul dans la pièce.
Tandis qu'il songeait à ce qu'il venait de se passer, son regard tomba sur Caelwyn; la jeune femme n'avait pas bougé ni dit un mot depuis qu'il était arrivé; soudainement, il se sentit singulièrement agacé par cette attitude de passivité; il réprima une violence envie de la soulever et de la secouer.
Finalement, il resta debout devant elle, profitant qu'elle soit assise et la tête baissée; il l'examina, son regard passa de la chevelure rousse, nouée en chignon sévère, aux oreilles, qui portaient un minuscule anneau doré à chaque lobe; s'éloignant d'elle, afin de mieux la voir, il examina son visage de profil.
Elle se tenait les mains croisées sur ses genoux, et regardait fixement le feu, qui éclairait sa peau très blanche; ses yeux étaient d'un vert clair, signe d'une absorption très relative de magie gangrenée; il était probable qu'elle n'avait que peu consommé cette chose immonde, pourtant nécessaire à l'époque de la destruction du Puit de soleil; il songea à ses propres yeux, qui portaient encore les stigmates de cette absorption massive, et malgré la purification du Puit, quelques années plus tôt; cette couleur verte malsaine demeurerait des années encore.
Toujours en l'examinant, il lu dans ses yeux la peur et la souffrance, ses lèvres, rose pâle, étaient serrées; contrairement à la plupart des femmes Sin'dorei qu'il avait rencontré, et pour certaines, mises dans son lit; celle-ci n'était pas maquillée, seules ses boucles d'oreilles montraient une quelconque féminité.

Les traits de son visage étaient agréables, il devait le reconnaître, malgré son jeune âge apparent, il s'agissait d'une jolie jeune femme.
Tout à son examen, il se rendit compte soudainement qu'elle avait réalisé qu'il la regardait; sa respiration s'était faite lente, angoissée, ses mains se tordaient nerveusement, elle avait peur.
Cette réaction, qui l'aurait agacé quelques minutes plus tôt, ne provoqua qu'un long soupir; il se leva lentement, guettant la réaction de la jeune femme; qui se mit à trembler; alors il s'éloigna ostensiblement, lui tournant résolument le dos; il tombait de fatigue, et ne se sentait vraiment pas la patience de tenter de faire comprendre à cette gamine qu'il n'allait pas la violer.
Soulevant la toile qui séparait la pièce de séjour et la réserve, il quitta la pièce, laissant Caelwyn seule avec ses démons.
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MessageSujet: Re: La fuite du soleil.   Jeu 16 Oct - 15:30

Le lendemain, Salinas émergea de la pièce qu'il avait occupé en se massant le creux des reins; il avait trouvé une couverture pour la nuit, mais le sol en terre battue n'était vraiment pas le lieu le plus confortable pour être complètement reposé.

Malkat et Gora étaient assis devant le foyer éteint, Gora donnait à manger au petit Galzat, qui se laissait faire en gazouillant; Caelwyn n'était pas là.
L'Elfe s'approcha et salua les deux Orcs, Malkat lui tendit une écuelle contenant quelques morceaux de viande crus, puis il s'installa pour manger en silence.
De temps en temps, il levait les yeux vers Gora, puis regardait Malkat, qui lui rendait ses regards; celui-ci était tendu, quand à Gora, elle était très pâle.
Patiemment, Salinas continua à manger sans un mot, attendant que ses hôtes rompent le silence.

Il termina le contenu de son écuelle et la posa à coté de lui, la faisant ostensiblement tinter sur un morceau de bûche calciné, puis il croisa les bras et attendit en fixant Gora; il avait compris que la résolution de la situation passerait par elle; il la connaissait depuis presque aussi longtemps que Malkat, et il n'avait pas eu besoin d'entendre sa réaction la veille pour savoir qu'elle avait peur, néanmoins, il se refusait à partir avec Malkat, ou même tout seul, sans pouvoir assurer la sécurité du couple et de son enfant, et actuellement, cette sécurité ne pourrait être assurée que s'ils quittaient rapidement les lieux.

Enfin, Gora leva les yeux vers Salinas, elle savait qu'il la guettait, et avait prolongé autant que possible le repas de Galzat, pour ne pas avoir à le regarder; mais le petit avait fini et commençait à s'endormir; elle détourna le regard et commença à parler:


-Nous allons partir aujourd'hui.
-Gora, je suis désolé, je ne voulais pas...
-Salinas, s'il te plait, laisse moi parler, c'est très dur pour moi...

Celui-ci se tût, Gora le regardait à présent dans les yeux, il y vit les larmes qu'elle refoulait, ses lèvres serrées, sa mâchoire crispée; il décida qu'il valait mieux la laisser exprimer toute sa souffrance et sa colère; il hocha la tête et l'Orque poursuivit:

-Je sais ce qui s'est passé à Orgrimmar, Malkat m'a tout raconté...

Elle tourna la tête vers son compagnon, qui était allé cherché Caelwyn pour qu'elle écoute également; la jeune femme s'assit aussi loin que possible de Salinas, qui l'ignora, tandis que Malkat s'asseyait aux cotés de Gora, elle attendit qu'il fut installé avant d'achever sa phrase:

-...Dans les moindres détails...

Elle frissonna, l'image qu'elle se faisait de l'Elfe broyé par un élémentaire lui traversait l'esprit depuis que Malkat lui en avait parlé; elle regrettait d'avoir entendu ces mots, mais c'était trop tard, et elle devait faire avec cette pensée.
Tournant de nouveau le regard vers Salinas, elle reprit d'un ton amer:


-Je sais que ce n'est pas de ta faute, le piège, votre fuite pour éviter d'être capturés; tu n'avais pas le choix, mais voilà que tu débarque chez nous, après un an sans nouvelles, et tu m'annonce que je dois quitter mon foyer? Que ma vie et celle de mon fils sont en danger? Je vais le faire Salinas, parce que la vie de mon fils est en jeu, mais si nous te suivons, est-ce que tu peux me promettre qu'il sera en sécurité? Est-ce que tu peux me promettre que ces fous ne nous retrouverons pas? Est-ce que tu peux me promettre qu'ils nous laisseront tranquille? Peux tu me promettre ces choses? Peux tu?

Salinas soutenait son regard sans ciller, il affichait une expression douce, il comprenait ce que ressentait Gora, il voyait Malkat à coté d'elle, lui aussi était mal à l'aise, et souffrait, malgré cela, il ne voulu pas mentir, et répondit simplement en secouant la tête:

-Non, je ne peux rien te promettre de tout cela, je suis désolé.

Gora se leva avant la fin de la phrase et se retourna, elle quitta la pièce et lançant:

-Je ne te le pardonnerais pas avant des années; nous serons prêts dans une heure.

Malkat se leva à son tour, le visage pâle, il s'approcha de Caelwyn et lui glissa doucement:

-Vas rassembler tes affaires, nous partons bientôt.

La jeune Elfe se leva et secoua la tête, puis elle répondit:

-Je ne vais nulle part.

Surprit, il lui demanda de répéter:

-Je n'irais nulle part.

Elle secouait encore la tête, et prit une expression butée; Malkat, très étonné, tenta de comprendre, il questionna:

-Mais enfin, pourquoi? Tu as bien entendu: nous partons dans une heure, tu ne peux pas rester ici toute seule.
-Pourquoi j'irais avec vous? A ce que j'ai compris, des fous dangereux vous poursuivent, pourquoi je voudrais être avec vous quand ils vous retrouveront?

Stupéfait, Malkat recula d'un pas; Caelwyn le regardait en croisant les bras, le front renfrogné; tout à coup, Salinas l'empoigna par l'épaule et la força à le regarder, elle se mit à trembler et à s'agiter, se débattant faiblement, elle respirait rapidement, sans y prêter attention, il se mit à lui asséner en parlant de plus en plus fort:

-Je vais te le dire moi, pourquoi tu vas venir avec nous: parce que ces gens t'ont sauvé la vie, tu as une dette envers eux; parce que même si tu reste ici toute seule, tu ne seras même pas capable de t'occuper de toi, et de toutes façons, tu n'auras pas le temps de mourir de faim puisque tu te seras fait crucifier avant...

Salinas criait désormais, et la secouait toujours en la tenant fermement par les épaules:

-...Maintenant que ces gens sont en danger, et que tu as enfin une occasion de rembourser la dette que tu as, tu veux te tirer?

La jeune femme se mit à crier tout en se débattant de plus en plus fort:

-Lâchez-moi ! Lâchez-moi !

Elle essaya de mordre la main de Salinas, qui se contenta de lui repousser la tête; il s'approcha de nouveau, jusqu'à lui toucher le front avec le sien, et reprit:

-Arrête de te comporter comme une gamine mal élevée et capricieuse ! Je n'en ait rien à faire que ta soeur se soit fait tuer sous tes yeux, et j'en ait rien à faire que tu ait failli te faire tuer par ton cousin...

A ces mots, Caelwyn devint blanche et se figea, des larmes commencèrent à poindre au coin de ses yeux et elle se mit à gémir:

-Lâchez-moi, vous me faites mal...

Salinas cessa de crier, mais ne relâcha pas son étreinte:

-Regarde-toi ! C'est de ça que tu veux? C'est comme ça que tu veux vivre? Comme un animal apeuré? Tu veux te cacher toute ta vie de ce type, et imaginer que chaque homme va te sauter dessus comme un bout de viande? Regarde-moi, regarde-moi j'ai dis !

Caelwyn le regarda, les yeux larmoyants; il la fixa un instant en silence; puis reprit d'une voix qu'il essaya d'adoucir:

-Si on en est ici, c'est en partie à cause de toi; parce que Malkat est venu me voir à Orgrimmar, et parce que j'étais dépassé, je lui ait demandé son aide; mais je lui avais promis qu'ensuite je l'aiderais, ce qu'il m'a demandé, c'était de retrouver celui qui t'a rendu comme ça; et je tiendrais ma promesse.
En partant avec nous, c'est pas seulement ta dette à Malkat et Gora que tu rembourse, c'est aussi une chance de retrouver une vie normale, ça te plairait ça? Une vie normale?

La jeune femme hocha la tête, les larmes roulaient sur ses joues, et elle avait baissé les yeux; il la relâcha et conclut:

-Alors maintenant, comporte toi comme une adulte et non plus comme une enfant, et vas faire tes affaires.

Salinas recula d'un pas et se tourna vers Malkat, celui-ci regarda Caelwyn tourner les talons et se diriger la tête basse vers sa chambre; il reprit rapidement contenance lorsque Salinas s'approcha de lui et lui adressa la parole comme s'il ne s'était rien passé:

-Tu devrais aller faire tes affaires aussi, nous allons avoir un bout de chemin à faire, et j'aimerais y arriver avant la nuit.
-Euh...Euh, oui, bien sur ! Et ou allons nous?

Salinas s'était déjà rassis devant le foyer éteint, il n'avait pas emporté de bagages et était par conséquent déjà prêt; il leva les yeux et répondit:

-A la lisière d'Orneval.

Malkat s'arrêta net et s'exclama:

-Orneval? Mais c'est le territoire des Elfes de la nuit, ils nous tueront à vue !

Salinas sourit en voyant l'air effrayé de l'Orc et répliqua:

-Tu as échappé à des assassins du Marteau du Crépuscule et tu as peur de quelques Elfes de la nuit? Ne t'en fais pas, nous n'allons pas entrer dans la forêt, nous allons seulement à la lisière pour retrouver une de mes amies, je lui ait envoyé un messager avant de quitter Orgrimmar.

L'Orc sembla rassuré, ses traits se détendirent, il quitta la pièce en annonçant qu'il allait aider Gora pour le harnais du petit.
Resté seul, Salinas repensa à Caelwyn, c'était étrange, mais il se sentait mystérieusement attiré par cette gamine, sans vouloir l'admettre, il commençait à se sentir désolé pour elle; après tout, elle n'avait rien demandé à personne; puis il chassa ces pensées: personne n'avait rien demandé, les Sin'dorei n'avaient jamais demandé à être massacrés, ils n'avaient jamais demandé à subir tous ces malheurs, elle n'était pas la seule, on ne pouvait pas lui accorder de traitement de faveur sous prétexte qu'elle avait perdu sa famille.

Presque aussitôt, il regretta ces pensées; c'était exactement le genre de choses qu'il pensait, et même n'hésitait pas à dire lorsqu'il servait encore Kael'Thas, lorsque la vie de ses semblables lui paraissait tellement insignifiante s'ils n'étaient pas capables de servir avec zèle et loyauté.

Un désagréable sentiment de remord s'insinuait en lui, pour lutter contre ce sentiment, il se leva et se mit à marcher en rond autour du feu; comptant ses pas; en passant devant la chambre de Caelwyn, il entendit des sanglots provenir de l'intérieur, mais également, faiblement, le bruit d'une activité, elle faisait son sac.
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MessageSujet: Re: La fuite du soleil.   Dim 19 Oct - 0:31

Ils partirent une heure plus tard; Salinas ouvrait la voie, derrière lui marchaient ensemble Gora et Malkat; Gora portait Galzat qui était attachée à elle par un harnais, quand à Malkat, il transportait un large havresac contenant quantité de provisions et d'outils nécessaires à la survie dans la nature; derrière venait Caelwyn, silencieuse comme à son habitude.

Le couple d'Orcs se retourna vers la tente, se prenant la main, ils demeurèrent quelques secondes à la regarder longuement; Salinas les observait sans mot dire, il devinait ce qu'ils devaient ressentir, détournant les yeux par pudeur, il constata que Caelwyn s'était rapprochée, et qu'elle n'était plus qu'à quelques mètres de lui, quelque peu surpris de ce changement d'attitude, il profita qu'elle ne le regarde pas pour la détailler de nouveau.
Maintenant qu'elle était debout, et qu'il ne la secouait pas dans tous les sens, il vit qu'elle était assez petite, lui arrivant à peine aux épaules; elle était mince également, presque maigre; pour la première fois, il pensa que la pâleur de son visage n'était pas du qu'à la nature, elle devait beaucoup souffrir depuis toutes ces années, et son corps finissait par en porter les marques...

Caelwyn sentait peser sur elle le regard de Salinas, mais le malaise qu'elle ressentait habituellement lorsqu'un homme la regardait ne lui vrillait pas l'estomac; pourtant, ce n'était pas ce qui la préoccupait, en fait, elle pensait à Malkat; elle le voyait murmurer à l'oreille de Gora, les deux Orcs se tenaient la main, ils leur tournaient le dos, mais Gora semblait sangloter.
La jeune femme se sentait vaguement honteuse vis-à-vis de l'Orque, celle-ci l'avait accueillie dans sa demeure, elle l'avait soignée, avait pris soin d'elle; c'était encore elle qui était parvenue à l'apaiser, assez pour qu'elle se sente capable de parler, de ces choses...
Elle ferma les yeux un instant; toutes ces nuits sans dormir, luttant contre le sommeil, remuant en tous sens, elle se giflait parfois, tout ça pour éviter de s'endormir, à cause des cauchemars...
La vision de Salios lui caressant les seins s'imposa à son esprit, elle frissonna et rouvrit les yeux, chassant cette vision d'horreur en clignant rapidement des yeux; elle regarda le couple, il faudrait qu'un jour elle dise merci à Gora, qu'elle lui demande pardon d'avoir été un tel fardeau.

Finalement, Gora se retourna, les yeux bouffis, Malkat la suivit quelques secondes plus tard; ils avaient fait leurs adieux à leur foyer, désormais sans attache, ils se dirigeaient vers un avenir incertain; néanmoins, Malkat était optimiste, il savait désormais que les éléments n'étaient pas tous devenus hors de contrôle, et il savait, après Orgrimmar, qu'il serait capable d'être entendu par eux.

Salinas prit la tête du groupe, et indiqua la direction du nord, vers Orneval.

Ils marchèrent en silence, Salinas en tête, Caelwyn marchant à sa hauteur, éloignée de quelques mètres, venaient ensuite le couple d'Orcs; juché sur son harnais, Galzat, qui était réveillé, essayait de prononcer les noms de ses parents.
La question du sort de Galzat s'était posée sérieusement pour Malkat et Gora; ils courraient tous un très grave danger, avec le Marteau du Crépuscule à leurs trousses, emmener Galzat était risqué, et même si aucun d'entre eux ne l'avait exprimé, ils savaient que s'il arrivait malheur à leur fils, ils ne pourraient jamais s'en remettre; malheureusement, vivant en quasi autarcie aux Tarides, les deux Orcs n'avaient pas d'amis, tout au plus des connaissances, marchands qui transitaient par la Croisée pour se rendre à Gadjeztan, ou les chamans que Malkat rencontrait parfois à Orgrimmar.

L'Orc avait un temps envisagé de laisser son fils aux chamans d'Orgrimmar, mais la présence du Marteau du Crépuscule dans la ville l'avait vite dissuadé de laisser son fils là-bas; de plus, Salinas lui avait affirmé que des agents de la secte se trouvaient au sein même du Cercle Terrestre; qui sait alors ce qu'il serait advenu du petit Galzat si jamais ces fous lui mettaient la main dessus?
Ils avaient donc décidé d'emmener le petit avec eux, espérant ne pas rencontrer d'ennemis sur la route, et espérant pouvoir mettre leur enfant en sûreté quelque part.

Au bout d'un long moment, Malkat prit la parole pour poser quelques questions à Salinas, qui répondit sans se retourner:


-Cette amie que nous devons retrouver, peut-on lui faire confiance?
-Je lui confierais ma vie sans la moindre hésitation.
-Comment allons-nous la trouver?
-C'est elle qui nous trouvera, elle doit déjà nous attendre.

Pendant qu'il parlait, Caelwyn le regardait de coté, inexplicablement, il ne l'effrayait pas autant que les autres hommes de sa race; malgré le fait qu'il l'ait malmenée le matin même, elle ne parvenait pas à ressentir ce dégoût que lui inspiraient d'ordinaire tous les mâles Elfes de sang; elle se surprit même à le détailler, jusqu'à connaître presque par coeur les traits de son visage; puis elle réalisa ce qu'elle faisait, et détourna vivement la tête, le rouge lui montant aux joues; fort heureusement, personne n'avait rien remarqué.

Plusieurs heures plus tard, après avoir marqué deux pauses pour laisser Gora nourrir Galzat, et permettre à Malkat de porter son fils un moment, ils parvinrent en vue d'Orneval; le jour déclinait, et il ferait bientôt nuit.
La fatigue se faisait lourdement ressentir, chacun avait les pieds endoloris de cette marche dans les vastes étendues des Tarides, en portant son regard vers le sud, on pouvait apercevoir la grande fracture, qui séparait désormais la région en deux, étrangement, cette vaste fissure semblait démultiplier les distances, et on aurait pu croire qu'ils n'avaient pas bougé depuis le matin.

Le groupe s'installa devant un feu allumé par Salinas; l'ambiance était lourde, et pratiquement aucun mot ne rompit le silence.
Salinas avait espéré rejoindre l'orée de la forêt avant la nuit, mais les arrêts qu'ils avaient du faire leur avaient fait perdre un temps précieux; cependant, il n'était pas inquiet, Elle les attendrait le temps nécessaire.

La nuit était à présent tout à fait tombée, et le groupe se prépara pour passer la nuit, deux petites tentes furent dressées, pouvant héberger deux personnes; Malkat et Gora, portant Galzat, déjà profondément endormi, se glissèrent à l'intérieur de la première.
Caelwyn n'eut pas l'occasion de s'angoisser à l'idée de partager sa tente avec Salinas, celui-ci se leva, et éloignant son sac, il s'adressa directement à la jeune femme:


-Tu peux garder la tente, je préfère dormir dehors.

La nuit passa. Le lendemain matin, Caelwyn s'éveilla en ayant pour la première fois depuis le funeste jour de la mort de sa soeur passé une véritable nuit de sommeil; aucun cauchemar ni vision d'épouvante n'étaient venus la tourmenter.
Elle sortit de la tente et fit quelques pas pour se dégourdir les jambes; le ciel était limpide et le soleil lui chauffait agréablement la peau, s'éloignant quelque peu du camp, elle tomba sur un spectacle qui la figea sur place, rouge pivoine.
Salinas était à moitié immergé dans l'un des cours d'eau stagnante qui parsemaient la région, l'Elfe était complètement nu et se passait de l'eau sur le visage; il lui tournait le dos et ne l'avait pas encore vue, retrouvant sa contenance, la jeune femme s'éclipsa sans faire de bruit et s'enferma dans sa tente, encore rouge.

Malkat et Gora surgirent de leur tente quelques minutes plus tard; l'Orque donna à manger à son fils puis le laissa marcher quelques pas autour du camp; Salinas revint à son tour, les cheveux encore humides, il avait arraché les manches de sa chemise et se promenait les bras nus; une large cicatrice zébrait son bras droit et se terminait juste avant l'articulation du poignet; voyant que Malkat regardait cette cicatrice, Salinas se contenta d'expliquer laconiquement:


-Une brûlure au cours de mes études, j'avais essayé de lancer une boule de feu, mais elle m'a explosé dans les mains.

Puis il ralluma le feu par magie, la conversation reprit, Gora interrogea l'Elfe sur le temps qu'ils mettraient encore pour parvenir à Orneval.
Caelwyn sortit de sa tente et s'installa devant le feu; seul Malkat lui adressa la parole, Gora lui fit seulement un signe de tête, quand à Salinas, il l'ignora; ce qu'elle préférait, elle revoyait encore l'Elfe nu devant elle; et s'efforça de penser à autre chose.

Il ressortit de la conversation qu'ils arriveraient à destination dans moins d'une heure s'ils partaient maintenant.
Comme ils n'avaient aucune raison de traîner ici, ils replièrent les tentes et se remirent en chemin.
Ils marchaient dans le même ordre que la veille, cette fois, presque sans pouvoir s'en empêcher, Caelwyn regardait en direction de Salinas, non, pour être tout à fait honnête, elle le regardait lui; il ne lui avait pas adressé la parole depuis la veille au soir, mais elle espérait presque qu'il recommence; chaque fois qu'il tournait la tête, elle détournait vivement le regard en rougissant, elle était certaine que ses pensées se lisaient sur son visage.

En réalité, Salinas n'avait aucune idée des pensées de la jeune femme, son unique préoccupation était d'atteindre Orneval au plus vite.

Enfin, près de deux heures plus tard, la frontière d'Orneval était à portée; Salinas leva une main pour leur intimer de s'arrêter; se retournant vers le groupe, il prit la parole:


-C'est ici que nous avons rendez-vous, elle ne devrait pas tarder.

Malkat s'assit sur un rocher et commença à méditer; Gora quand à elle, surveillait Galzat qui s'amusait à arracher des brins d'herbe; Caelwyn regardait avec appréhension la forêt qui s'enfonçait dans l'obscurité, la dernière fois qu'elle s'était trouvée là, elle avait assisté à un véritable massacre, et elle avait manqué de peu de mourir, et à présent qu'elle se retrouvait de nouveau ici, les souvenirs affluaient et l'emplissaient de crainte.

Au bout d'une attente qui leur paru interminable, Gora finit par interroger:


-Combien de temps allons nous attendre? Tu es sur que c'est ici que nous avons rendez-vous?
-J'en suis certain, elle ne devrait pas tarder à arriver.

A ce moment, un bruissement de feuilles se fit entendre, puis une Elfe sauta d'un arbre proche pour atterrir juste devant eux; en se relevant, celle-ci adressa un large sourire au groupe et lança:

-Tu es en retard, Salinas.

Celui-ci s'approcha vers elle, et répliqua:

-Tisali, je savais que tu étais là, désolé de cette longue attente.
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MessageSujet: Re: La fuite du soleil.   Ven 24 Oct - 18:56

La femme qui se tenait devant eux était une superbe Elfe de la nuit; des marques d'un vert pâle ornaient son visage en descendant vers ses joues; une longue natte de cheveux du même vert que les marques lui chevauchait l'épaule droite et descendait jusqu'à la taille.
Elle portait une armure légère en cuir et en plaques matelassées, ainsi qu'une cape de voyage en fourrure, un bouclier rond était fixé par des sangles dans son dos, et une épée courte était rangée dans un fourreau accroché à une ceinture de cuir.

Visiblement ravie de se voir autant détaillée, l'Elfe adressa un sourire à l'ensemble du groupe, puis se tourna vers Salinas:


-Je commençais à m'inquiéter, je pensais que tu devais arriver hier.

Son sourire s'atténua en disant ces mots; à quelques mètres, Malkat, Gora et Caelwyn détaillaient l'Elfe, celle-ci était presque aussi grande que Salinas, qui mesurait près de deux mètres; cependant, ils ne comprenaient pas ce qu'elle disait, car elle s'exprimait dans sa langue.

-Oui, je suis désolé pour ça, nous avons du faire plusieurs arrêts.

Il se retourna vers ses compagnon et les désigna l'un après l'autre en les nommant:

-Voici Malkat, Gora, et Caelwyn.

l'Elfe s'inclina poliment devant chacun d'entre eux, Caelwyn eut un mouvement de recul lorsqu'elle s'arrêta devant elle, mais l'Elfe de la nuit ne s'en aperçut pas; puis, alors qu'elle allait poursuivre sa conversation, Galzat sorti de sa cachette, derrière sa mère; l'Elfe le vit et s'écria:

-Oh, qu'il est mignon ! Comment s'appelle-il?

Elle s'adressa à Gora en un Orc hésitant, surprise, celle-ci hésita quelques instants: une Elfe de la nuit? Parler Orc? Le ton était hésitant, les mots avaient une sonorité étrange, chantante, mais on comprenait leur sens; elle demandait le nom du petit, alors Gora répondit, encore surprise:

-Il s'appelle Galzat.
-Galzat? C'est très joli !

Elle fit un pas en direction de l'enfant qui recula vivement, alors, souriant, elle recula lentement, en montrant bien qu'elle s'éloignait, lorsqu'il ressorti la tête, elle lui sourit et lui adressa un signe de main; alors qu'elle allait reprendre la parole, Malkat s'éclaircit la gorge et intervint:

-Salinas, nous présenteras-tu ton amie?
-Oh, oui bien sur, je vous présente Tisali Fièrelune.

Tisali s'inclina de nouveau en souriant, Salinas reprit:

-Comme vous pouvez le voir, c'est une Elfe de la nuit, mais c'est également une grande amie à moi; elle comprend assez bien l'orc, mais le parle très peu, donc elle parlera le plus souvent en darnassien, ne vous inquiétez pas, je ferais la traduction.
-Vous parlez leur langue?

C'est Caelwyn qui avait posé cette question, pour la première fois elle avait osé parler directement à Salinas, mais son attention était uniquement concentrée sur l'Elfe qu'elle observait avec méfiance; celui-ci répondit sans la regarder:

-Je parle couramment le darnassien, Tisali me l'a enseigné.

L'Elfe de la nuit sourit et répliqua:

-Et Salinas m'a apprit le thalassien.

Contrairement à Salinas, Tisali regarda directement Caelwyn, la faisant sursauter; l'Elfe de la nuit s'était exprimée en un thalassien parfait, sa voix douce et chantante pouvant presque faire croire qu'elle était une Sin'dorei.
Les présentations passées, le groupe s'éloigna de la lisière de la forêt sur le conseil de Tisali, puis, Salinas et elle eurent une conversation en darnassien:


-Je comprends pourquoi tu as tant tardé.

Tisali fit un signe en montrant le petit Galzat qui jouait à fracasser des pierres l'une contre l'autre, puis elle reprit d'un ton plus sérieux lorsque Salinas lui demanda si elle avait obtenu des informations:

-Depuis ton message avant-hier, il y a eu une attaque similaire à Hurlevent, une demi-douzaine de sectateurs ont tenté d'enlever un couple de Gnomes, heureusement, ils ont pu alerter la garde.
-Qu'est-ce qui s'est passé?
-Ils ont refusé de se rendre et il y a eu un affrontement, deux gardes ont été tués.
-Et les sectateurs?
-Aucun n'a survécu, d'après ce que j'ai appris, le dernier survivant s'est tranché la gorge en criant "gloire au crépuscule !".
-Quel ramassis de dégénérés.
-Oui...
-Les choses s'accélèrent, tu sais pourquoi ils voulaient ces Gnomes?
-Je crois: ce sont des ingénieurs qui travaillent sur un projet de refertilisation des terres stériles, je ne crois pas que le Marteau du crépuscule ait besoin de cultiver des terres.
-Hum, non, mais imagine qu'un cinglé là-bas puisse bricoler quelque chose pour inverser le processus.
-Oh ! Alors ça voudrait dire qu'ils pourraient stériliser la terre, rendre des régions entières impossibles à cultiver !
-Oui, et ça expliquerait pourquoi ils n'ont pas hésité à sacrifier six d'entre eux pour enlever deux Gnomes.
-Il faut que je transmette ta théorie, ils vont certainement vouloir recommencer !
-Il va falloir qu'on y aille, tes soeurs sont au courant de notre venue?
-Bien sur.
-Tyrande a donné son autorisation?
-Elle l'a donnée dès qu'elle a appris l'embuscade à Orgrimmar.
-Parfait, je préviens les autres et nous partirons, le refuge du Vent d'argent?
-Oui, il y a des vivres et des armes pour nous là-bas.
-Alors ne traînons pas.

Salinas se leva et s'adressa au reste du groupe:

-Je sais que Tisali est une Elfe de la nuit et que vous ne comprenez pas ce qu'elle dit, mais je vais vous demander de lui faire confiance comme à moi; elle m'a informé que le Marteau du crépuscule avait également frappé au sein de l'Alliance; après discussion, il nous est apparu qu'elle devait apporter de nouvelles informations à ses soeurs...

Caelwyn l'interrompit en questionnant:

-Ses soeurs? Comment ça?

Salinas lui jeta un regard patient et répondit:

-Tisali est une Sentinelle, une protectrice de son peuple, si elle est ici, c'est parce qu'elle en a reçu l'autorisation.

Gora s'avança et interrogea à son tour:

-Tu veux dire que tous les Elfes de la nuit savent actuellement ou nous sommes?

Le Sin'dorei hocha la tête et répondit:

-En effet, et à l'heure ou je vous parle, certains d'entre eux nous attendent à notre destination, le refuge du Vent d'argent, à quelques heures de marche, nous y serons avant la tombée de la nuit; nous y trouverons le gîte, le couvert, et des armes.

Malkat s'avança à son tour et prit la main de Gora, puis intervint:

-Je n'aime pas trop ça, mais je crois que nous allons devoir lui faire confiance.

Seule Caelwyn semblait réticente à l'idée de s'enfoncer plus loin en Orneval; elle regardait Tisali avec une telle insistance que celle-ci finit par s'en rendre compte; elle se leva et s'approcha de la jeune femme et s'adressa à elle en thalassien:

-Je ne suis pas votre ennemie, je ne vais pas vous manger, vous pouvez me faire confiance.

Elle lui adressa un grand sourire et retourna s'asseoir; Caelwyn répondit en murmurant:

-Les vôtres ont failli me tuer il y a quelques jours, je ferais confiance à Malkat, pas à vous.

Personne n'entendit, sauf Tisali dont le sourire s'évanouit sur le champ, se retournant vivement, elle questionna vivement:

-Comment? Qu'avez-vous dit?
-Rien...

Tisali resta quelques secondes devant Caelwyn qui avait détourné le regard; soupirant tristement, elle retourna s'asseoir en attendant que Salinas finisse de convaincre ses compagnons.

Justement, à l'exception de Caelwyn, ceux-ci semblaient être d'accords pour suivre l'Elfe de la nuit dans Orneval, à dire vrai, comme Malkat l'avait justement souligné, ils n'avaient pas réellement le choix, soit ils suivaient une Elfe de la nuit sur ses terres en espérant qu'elle ne les mène pas à un piège, soit ils repartaient et risquaient de se faire tuer par des sectateurs du Crépuscule.

Les derniers détails furent rapidement réglés, et la troupe se mit en route, menée par Tisali, qui devait faire des efforts pour ne pas distancer ses nouveaux compagnons; l'Elfe de la nuit était forte, bien entraînée, et connaissait parfaitement la forêt, ainsi elle connaissait tous les raccourcis, de sorte qu'au lieu d'arriver au refuge du Vent d'argent à la tombée de la nuit, ils y parvinrent près de deux heures avant.
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MessageSujet: Re: La fuite du soleil.   Lun 27 Oct - 20:41

Durant le trajet, voyant Tisali et Salinas discuter avec aisance, Malkat interrogea son ami:

-Depuis combien de temps vous connaissez-vous?

Sans se retourner, Salinas répondit:

-Ca fera six ans aux premières neiges.
-Comment vous êtes-vous connus?

Le Sin'dorei s'arrêta net; Tisali également, elle se retourna vers le groupe, fit un large sourire et répondit en Orc hésitant:

-Je lui ait sauvé la vie.

Tous furent très surpris, cependant, Salinas détournait le regard et serrait la mâchoire; le remarquant, et très intrigué, Malkat continua:

-Comment? Qu'est-ce qui s'est passé?

L'Elfe de la nuit prit une inspiration et allait répondre, quand Salinas se retourna de nouveau vers le groupe et l'interrompit:

-Rien dont je souhaite parler.

Le ton était sec, sans équivoque, il s'était exprimé en Orc, pourtant, Tisali semblait l'avoir parfaitement compris, car une expression d'inquiétude passa une seconde sur son visage avant qu'elle ne se remette à marcher.
Salinas se remit en route quelques secondes après, et le reste du groupe leur emboîta le pas.

Tisali parlait en darnassien à Salinas, langue qu'aucun membre du groupe ne comprenait, pourtant, ils auraient pu déduire ce que les deux Elfes se disaient à juger de l'expression contrariée de Salinas; celui-ci fit de nouveau une halte et se tourna vers les autres tandis que Tisali l'observait, le visage grave.
L'Elfe de sang la regarda un instant, puis embrassa du regard ses compagnons, il avait visiblement l'air contrarié, puis il parla:


-Tisali m'a demandé de vous raconter comment elle m'a sauvé la vie, afin que vous ayez une preuve supplémentaire de lui faire confiance, à elle et à ses soeurs.

Caelwyn haussa les épaules d'un air méprisant; elle se souvenait de la bataille, les cris, les archers Elfes qui tuaient implacablement ses camarades, le courage du commandant Dazjo'da, mort entre leurs mains; et cette Elfe de la nuit s'imaginait qu'elle allait lui faire confiance?

-Et elle a du beaucoup insister, comme vous avez du le remarquer.

Il ne jugea pas utile de préciser que Tisali l'avait menacé de les abandonner en plein milieu de la forêt s'il ne révélait pas ces détails à ses compagnons; ils étaient déjà méfiants envers elle, pas besoin de leur donner des raisons supplémentaires.

Malkat et Gora le regardaient, surpris; Malkat connaissait Salinas depuis près de cinq ans, ils s'étaient connus en Outreterre, ou il travaillait avec les Clairvoyants, un groupe d'Elfes de sang qui combattaient Kael'thas en compagnie des Draeneï de l'Aldor, et des Naaru; cependant, il réalisait, en voyant Tisali, qu'il ne connaissait pas vraiment Salinas, son passé, son histoire.


-Tisali m'a sauvé la vie alors que je venais de trahir Kael'thas.

Stupéfaits, les deux Orcs sursautèrent; pourtant, ce fut Caelwyn qui intervint:

-Vous serviez le Prince?

Encore sous le coup de la surprise, Malkat examinait le visage de Salinas; celui-ci affichait toujours son expression rude et sèche, pourtant, il lui semblait voir autre chose dans ses yeux, une autre émotion.
Il tourna le regard vers Caelwyn et lui répondit en hochant la tête:


-A cette époque, je considérais le fait de servir mon souverain comme le plus grand honneur possible.
-Salinas, qu'est-ce qui s'est passé? Qu'est-ce que tu as fait?

C'était Gora qui venait de le questionner, l'Orque le regardait avec appréhension; celui-ci remarqua qu'elle avait instinctivement reculé, et qu'elle s'était placée devant son fils; elle commençait à le craindre, elle le regardait différemment, comme tous ceux qu'il avait croisés lorsqu'il était arrivé...

-J'ai servi mon prince avec fierté, avec fierté et obéissance, et puis, un jour, j'ai réalisé que l'homme à qui j'avais juré allégeance, celui a qui j'avais offert ma vie, était un dément.

Il se mit à faire les cent pas tout en parlant, le regret cette fois se lisait sur son visage, et tous purent le voir.

-Quand j'ai pris conscience de mon erreur, j'ai voulu tout arrêter, les expériences, les meurtres, les manaforges, mais c'était trop tard; Kael'thas avait déjà complètement perdu l'esprit, et il entraînait son peuple, mon peuple, vers la ruine; alors un jour, je suis parti, pendant que tout le monde dormait, j'ai quitté Raz-de-néant à pieds.

Tout le monde était silencieux, tandis qu'il parlait, Salinas se remémorait ce qu'il avait ressenti ce jour-là, la peur, qu'on ne le retrouve, que Kael'thas ne découvre sa fuite, et ne lui fasse payer; mais également le soulagement; d'être parti, d'avoir enfin tourné le dos à ces actes qui depuis trop longtemps lui faisaient de plus en plus horreur, cette culpabilité qu'il ressentait parfois, qui lui rongeait le ventre et l'empêchait de trouver le sommeil, quand bien même il se répétait que les gens qu'il avait tués étaient des menaces pour son prince et le renouveau du peuple Sin'dorei.
Cette culpabilité, il la ressentait encore au moment ou il parlait, celle-ci ne l'avait jamais quittée depuis tout ce temps.


-Je suis arrivé aux Tranchantes, à bout de forces, les bestioles locales me confondaient avec un steak et cherchaient à me bouffer, je les cramais, mais il en revenait sans cesse d'autres, et plus j'avançais, plus je me perdais, et finalement, j'ai épuisé mes maigres provisions, à bout de force et à demi-mort de faim et de soif, je suis tombé dans un fossé.

Il jeta un coup d'oeil à Tisali qui l'encouragea à continuer d'un sourire:

-C'est là, alors que j'attendais ma dernière heure, que Tisali m'a retrouvé, elle m'a ramené au plus proche campement de l'Expédition Cénarienne, on m'a soigné, et emprisonné; il m'a fallu trois jours pour sortir de mon lit, et une semaine pour qu'on accepte enfin de m'emmener à Shattrath, Tisali m'a accompagné, pour m'empêcher de m'enfuir, et pour veiller à ce que je ne tourne pas de l'oeil pendant le voyage.

Il se tut et se remit à marcher en silence; Tisali lui emboîta le pas, Malkat se leva à son tour, suivi de Gora qui portait Galzat; seule Caelwyn resta sur place; elle interpella:

-Et qu'est-ce qui s'est passé ensuite?

Le Sin'dorei cria sa réponse tout en s'éloignant:

-Ensuite, j'ai rejoint les Clairvoyants, j'ai marché sur le Donjon de la Tempête, et j'ai assisté à la mort de mon prince, voilà la suite.

Salinas marchait vite, et seule Tisali se maintenait sans efforts à sa hauteur, elle voyait son visage crispé, la mâchoire serrée, il pensait probablement ne l'avoir pas montré, mais son sentiment de culpabilité se voyait chaque fois qu'il parlait de son passé; elle tenta de lui parler, mais celui-ci ne lui répondit pas, gardant obstinément bouche close; alors, baissant les yeux sur ses pieds, elle se tut également.
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MessageSujet: Re: La fuite du soleil.   Lun 2 Fév - 22:44

Comme l'avait annoncé Salinas, plusieurs Elfes de la nuit les attendaient; silencieux, ils les regardèrent marcher à la suite de Tisali.
Malkat chuchota à sa compagne que les Elfes n'avaient pas l'air ravis de les voir; ce à quoi Salinas, qui l'avait entendu, répondit:


-Bien sur qu'ils ne sont pas contents de nous voir, nous sommes de la Horde. S'ils ne nous ont pas encore tué, c'est parce qu'ils ont reçu l'ordre de ne pas le faire.

Il s'arrêta et se retourna vers ses compagnons, tandis que Tisali parlementait avec l'un des Elfes, il prit soudain un ton très sérieux et dit:

-Rappelez-vous que même si notre présence est exceptionnellement tolérée, nous ne sommes néanmoins pas les bienvenus, ne faites ni ne dites rien qui pourraient offenser nos hôtes.

En disant ces mots, il regardait Caelwyn droit dans les yeux; celle-ci se contenta de hausser les épaules, il s'avança d'un pas vers elle et ajouta:

-Est-ce bien clair?

Cette fois, il ne s'adressait qu'à elle. La jeune Elfe répondit dans un souffle et détourna les yeux; il la mettait mal à l'aise, mais en même temps, elle ne pouvait s'empêcher d'être troublée en sa présence; je dois être malade,pensa-elle; peut être que la blessure qui avait failli la tuer lui avait empoisonné le sang, peut-être que...

Elle fut arrachée de ses pensées par Gora qui lui pressait doucement l'épaule pour la faire avancer: les autres étaient déjà entrés à l'intérieur.
En suivant Gora, elle jeta un oeil aux Elfes qui se tenaient de chaque coté de l'entrée du bâtiment, grands, musclés, ils la dévisageaient d'un air franchement hostile.


-Peut-être qu'il y a celui qui m'a tiré dessus.

Aussitôt cette pensée l'effleura-elle qu'un frisson glacial lui parcouru l'échine, la peur lui noua l'estomac et elle se mit à trembler; une foule de pensées lui vint à l'esprit, qui transformèrent l'angoisse en panique:

-Mais qu'est-ce que je fais là? Ils veulent tous nous tuer ! Ils vont me tuer ! Au secours...

Elle se sentit basculer dans l'inconscience quand quelqu'un lui empoigna brutalement le poignet: c'était Salinas.
Elle sursauta violemment tandis qu'elle regardait tout autour d'elle, le brouillard qui l'avait enveloppée s'était dissipé, et l'angoisse qui lui tenaillait les entrailles s'éloignait.
Salinas l'entraînait à l'intérieur, docile, elle le suivit, les jambes en coton; elle entendit vaguement l'Elfe lui lancer:


-Viens te réchauffer à l'intérieur, la nuit va bientôt tomber.

Sans trop réaliser ce qui se passait, elle se retrouva assise devant un bon feu qui ronflait.
En regardant autour d'elle, elle vit que Malkat et Gora s'étaient éloignés et contemplaient le lac qui s'étendait derrière le vaste bâtiment qui formait le refuge; Tisali quand à elle discutait avec l'une de ses soeurs sentinelles; les deux Elfes parlaient dans leur langue, et Caelwyn ne comprenait pas ce qu'elles se disaient, mais les deux femmes souriaient; puis elle regarda devant elle, et vit que Salinas la dévisageait, il la regardait droit dans les yeux.
Encore une fois, elle détourna le regard, la chaleur lui montait aux joues; elle n'aimait pas ça, qu'il la regarde comme ça, vraiment pas...


-Ca va mieux?

Elle sursauta lorsqu'elle entendit sa voix; non pas parce qu'il s'était exprimé en thalassien, même si cela était assez rare, car d'ordinaire il parlait en Orc, pour que Malkat et Gora le comprennent; cette fois, il s'adressait à elle uniquement; mais le plus surprenant, c'est qu'il n'avait pas ce ton rude qu'il adoptait lorsqu'il lui parlait: non, sa voix était calme, douce, et presque inquiète, du moins l'aurait elle pensé, si seulement elle avait imaginé un instant que Salinas puisse être inquiet de quoi que ce soit; pourtant, lorsqu'il rouvrit la bouche, ce fut de ce même ton qu'il parla:

-Je t'ai vu perdre les pédales dehors, qu'est-ce que c'est? Tu as reconnu un de ceux qui étaient présents lors de l'attaque ou tu as été blessée?

Estomaquée, elle ne put répondre, cette fois, ce fut elle qui le regarda dans les yeux, et elle fut encore plus surprise; son visage affichait une expression d'inquiétude, légère certes, mais c'était net; ouvrant la bouche et la refermant plusieurs fois, elle ne savait quoi répondre, les mots et les pensées se bousculaient dans sa tête, enfin elle lança dans un souffle:

-J'ai peur.

Une ride se forma sur le front de Salinas tandis qu'il fronçait les sourcils; il savait que la proximité des hommes Elfe de sang lui causait une grande anxiété, pour ne pas dire une peur panique, mais il décida néanmoins de prendre le risque, et de s'approcher légèrement d'elle; il se leva et vint s'asseoir juste à coté d'elle, guettant la moindre réaction de rejet de sa part, prêt à s'éloigner rapidement; mais elle ne réagit pas.
Attendant quelques secondes; puis voyant que décidément elle ne semblait pas avoir envie de le fuir en hurlant; il répondit:


-Pourquoi? Dis-moi ce qui te fait peur.

Elle l'avait vu s'approcher, mais comme les autres fois, elle ne se sentit pas menacée par sa présence; enfin, pour être honnête, les autres fois, il s'était jeté sur elle avec une telle force, surtout lorsqu'il l'avait empoignée et secouée comme un prunier qu'elle n'avait pas su réagir; cette fois, il était venu et guettant sa réaction, et s'était tenu prêt à s'éloigner.
C'était peut être cette marque d'égard qu'il lui manifestait qui la rassura et la fit accepter qu'il se tienne aussi proche d'elle, cependant, son angoisse refit aussitôt surface lorsqu'il l'interrogea; regardant tout autour d'elle; elle répondit par un flot de paroles oppressées:


-J'ai peur, j'ai peur d'eux, ils me font peur, j'ai peur que celui qui m'a fait ça soit avec eux, j'ai peur qu'ils nous tuent tous, ils veulent tous nous tuer, leurs yeux disent la haine qu'ils ont pour nous, ils me font peur, ces gens me font peur, je veux rentrer chez moi...

Elle se tut, le visage très pâle, des larmes silencieuses lui roulèrent sur les joues tandis qu'elle tremblait malgré le feu.
Quelques secondes s'écoulèrent en silence; puis elle sentit qu'on lui mettait une couverture sur les épaules, et elle se sentit attirée sur le coté; Salinas venait de l'attraper par les épaules et la serrait contre lui.
Presque naturellement, la jeune femme se blottit encore plus contre lui, reposant sa tête contre l'épaule de l'Elfe qui lui murmura:


-Personne ne te fera de mal, je te protégerais.

Le silence retomba sur la pièce; la plupart des Elfes de la nuit s'étaient éloignés pour laisser leurs invités se reposer, seule, dans un coin de la pièce, Tisali observait les deux Elfes de sang, l'expression de son visage était indéfinissable.
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MessageSujet: Re: La fuite du soleil.   Mar 3 Fév - 21:18

La nuit était tombée, on avait amené un cerf qu'on avait fait rôtir à la broche; puis les Elfes de la nuit étaient repartis, laissant leurs invités seuls; néanmoins, une paire d'yeux luisaient dans l'obscurité, à peine dissimulés derrière un buisson.
Les choses étaient claires: on leur offrait l'hospitalité, mais on ne leur faisait pas confiance.

Tisali avait également rejoint les siens, de sorte qu'il ne restait que Malkat, Gora, le petit Galzat, Salinas et Caelwyn.
Une pluie dense s'était mise à tomber, rafraîchissant la température qui même de nuit était pesante; le bruit incessant des gouttes d'eau ne semblait pas déranger Galzat qui s'était profondément endormi dans les bras de sa mère.

Malkat méditait, assis face au lac, les yeux fermés; par sa seconde vue, il voyait parfaitement les Elfes qui les surveillaient, et il songeait que cette précaution était inutile: ils étaient tous exténués par cette journée de marche dans la forêt.
Gora observait son compagnon en silence, maintenant qu'ils se trouvaient au milieu d'Orneval, chez les Elfes, il lui semblait que tout ce qui s'était passé ces derniers jours avait pris une aura inquiétante, sentiment renforcé par le bruit de la pluie, qu'elle associait à la fureur de l'eau lorsqu'on n'y prenait garde.

Après avoir mangé de bon appétit, Caelwyn était revenue spontanément se blottir dans les bras de Salinas, qui fit de son mieux pour cacher sa surprise; quand à Gora et Malkat, ils étaient estomaqués; et seul un coup de coude donné par Gora à son compagnon empêcha celui-ci de poser la moindre question.
Il s'était écoulé un long moment depuis, et Salinas commençait à avoir envie d'uriner; en voulant se lever, il se rendit compte que la jeune Elfe était profondément endormie, sa respiration, paisible, formait un contraste avec ce qu'il avait vu d'elle à peine quelques jours plus tôt.
Avec de grands efforts, il parvint à se dégager sans réveiller Caelwyn, et alla uriner à l'extérieur; lui aussi avait vu les gardes qui étaient censés les surveiller; un sourire se forma sur ses lèvres lorsqu'il songea qu'il devait y avoir plus glorieux comme mission que de garder à l'oeil un Elfe qui se soulageait.

Après s'être lavé les mains, il revint à l'intérieur, à moitié trempé par la bruine incessante, et s'approcha de Caelwyn, celle-ci n'avait absolument pas bougé depuis qu'il était sorti; un instant, il la regarda, et ses traits se durcirent, il songea:


-Enera balore, je suis en train de m'attacher à cette gamine...

Cette pensée résonna en lui comme un aveu de faiblesse, restant de longues secondes à considérer la chevelure rousse de la jeune femme, il finit par s'installer à coté d'elle, et délicatement la ramena contre lui avant de draper une couverture sur ses épaules; au fond, ce n'était pas si désagréable...
Quelques minutes plus tard, il s'était endormi.
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Laevathein
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MessageSujet: Re: La fuite du soleil.   Sam 2 Avr - 21:40

Le lendemain, Malkat s'éveilla le premier, a ses cotés, Gora dormait encore, la tête posée contre son épaule, le petit Galzat reposait d'un sommeil paisible dans les bras de sa mère.

Passant tendrement la main dans les cheveux de son fils, Malkat se contorsionna de son mieux pour se se lever sans réveiller sa compagne.
Une fois debout, il put constater la beauté des rayons du soleil passant entre les frondaison des arbres, et qui venaient se heurter au bois dont était fait la maison; cette vision le laissa songeur: qui aurait cru que des trésors pareils se trouvaient au fin fond de la forêt?

Cette vision éveilla en lui le besoin de méditer, même si les éléments étaient troublés, il pouvait néanmoins tenter de communiquer avec les esprits, pour chercher des conseils, des paroles encourageantes.
L'appontement qui prolongeait la bâtisse lui semblait être l'endroit idéal, au bord de l'eau, il pourrait sentir les vibrations des éléments.
En se rendant au bord, il croisa un Elfe qui le salua en s'inclinant, sans un mot, Malkat lui rendit son salut, sans ouvrir la bouche non plus.

Il se demandait si leurs gardiens avaient veillé toute la nuit au cas ou ils auraient eu des intentions hostiles; mais au fond, ça n'avait aucune importance.

Au moment de sortir, après avoir regardé machinalement autour de lui, il se figea sur place devant un petit renfoncement, à l'intérieur duquel se trouvait Salinas, assis contre le mur, et dormant profondément dans ses bras, la tête sous son menton, Caelwyn.
Ses idées de méditation soudainement chassées de ses pensées par cette vision, il émit un léger rire, au même moment, Salinas leva la tête et le regarda dans les yeux, puis, d'un rapide mouvement de main, il désigna la jeune femme et fit un rapide signe avec ses doigts pour lui demander le silence.
Hochant la tête, Malkat reparti vers l'appontement, sortant de la maison, et s'assit au bord de l'eau avant de fermer les yeux pour faire le vide autour de lui.

D'abord tentant de communiquer avec les esprits de ses ancêtres, il se rendit compte qu'il n'arrivait à rien: ses pensées vagabondaient constamment autour de Caelwyn et Salinas; il se demandait si ce dernier avait remarqué l'effet qu'il faisait à la jeune femme.
Salinas ne connaissait Caelwyn que depuis quelques jours, et pourtant, en si peu de temps, il était parvenu à comprendre sa personnalité, et a la faire avancer, alors que lui-même, Malkat, était à peine arrivé en deux ans à la faire parler aux gens.
Il connaissait la répugnance extrême qu'elle éprouvait à l'égard des représentants du sexe masculin, sans savoir à l'époque quels traumatismes elle avait vécu pour en arriver là; lorsqu'ils étaient en Norfendre, elle refusait de dormir à proximité d'hommes, notamment Elfes et Humains, et cherchait toujours à s'éloigner, refusant même de leur adresser la parole; c'était lui, Malkat encore, qui devait s'exprimer en leur nom à tous les deux; il était d'autant plus impressionné de voir que Salinas avait réussi en si peu de temps à franchir les barrières qu'elle avait dressées entre elle et le monde extérieur, comment il avait réussi à la secouer pour la faire avancer, même si elle était encore fragile; comment il l'avait plusieurs fois touchée, sans qu'elle ne fasse de crises de panique et qu'elle ne l'agresse; souriant à demi, il se souvenait d'une fois ou, craignant qu'elle n'aie été blessée, il avait posé sa main sur son épaule, et comment, dans un geste tellement subi qu'il n'avait pas eu le temps de réfléchir, elle avait simultanément crié et lui avait mis un violent coup avec une casserole qu'elle avait ramassé au milieu des débris.
Mais ce qui le stupéfiait le plus, c'était d'avoir vu la veille la jeune femme se rendre d'elle-même près de Salinas pour dormir avec lui; c'était quelque chose de totalement inédit, et il supposait que ça signifiait qu'elle lui accordait sa confiance.

Le comportement de Salinas était lui aussi surprenant; depuis qu'il le connaissait, Malkat ne l'avait jamais vu avoir de petites attentions envers qui que ce soit; s'il était capable de bon conseil, il en restait néanmoins un homme dur, capable de percer à jour les pensées des autres, et n'hésitant jamais à être franc, voire brutal pour exprimer ce qu'il pensait.


-Ils feraient un joli couple, vous ne trouvez pas?

Brutalement tiré de ses réflexions, Malkat sursauta et regarda autour de lui, pour découvrir Tisali assise à sa droite, qui lui souriait. Un peu surpris par l'accent très marqué de l'Elfe, il cru avoir mal compris et lui demanda de répéter; celle-ci se retourna et désigna le coin ou dormaient les deux Elfes de sang:

-Je disais qu'ils feraient un joli couple, qu'en pensez-vous?

Malkat suivi son regard, puis se retourna de nouveau vers le lac, après un moment de silence, il répondit:

-Je ne pense pas que Salinas aimerait vous entendre dire ça, Caelwyn n'est qu'une enfant à ses yeux.

Tisali éclata de rire et reprit:

-Je n'ai jamais vu Salinas s'occuper aussi bien d'une enfant.

Tournant à nouveau la tête, il vit qu'elle souriait encore, se rappelant soudainement d'un détail, il questionna:

-N'étiez-vous pas censée ne pas parler notre langue?

L'Elfe de la nuit éclata à nouveau de rire, un rire franc et agréable à l'oreille, puis elle répondit:

-C'est ce que j'ai demandé à Salinas de dire, c'est vrai; mais en vérité, je parle très bien votre langue.

Confus et un peu vexé, Malkat reprit vivement:

-Mais alors?! Pourquoi nous avoir fait croire que...
-Parce que je devais d'abord m'assurer que vous étiez dignes de confiance.
-Comment?

Tisali le regardait à présent d'un air grave, toute trace de sourire avait disparu de son visage, pourtant, le regard qu'elle lui lançait ne portait aucune hostilité ou colère:

-Je connais Salinas depuis quelques années, je sais qu'il est digne de confiance, et comme il a par le passé rendu des services aux Kaldorei, et plus généralement à l'Alliance, il bénéficie du privilège de circuler sur notre territoire. Vous, c'était différent, même si Salinas se portait garant de vous, il n'y avait aucune garantie que vous n'aviez pas d'intentions hostiles.
-Alors, vous avez fait fait semblant de ne pas comprendre notre langue pour pouvoir nous espionner en conditions naturelles?
-C'est exact, d'ailleurs, tous les Elfes qui se trouvent ici parlent et comprennent parfaitement votre langue.

La révélation laissa Malkat sans voix; il se rendait compte maintenant à quel point il avait été naïf; il pensa à Gora et Galzat qui dormaient encore, à Caelwyn, et Salinas; est-ce qu'ils étaient tombés tout droit dans un piège? Après quelques instants de silence au cours desquels il s'efforça de chasser ces pensées, il demanda d'une voix lente:

-Alors vous nous avez conduit tout droit dans un piège?

La question sembla surprendre Tisali qui ouvrit grand les yeux et hocha vivement la tête en signe de dénégation:

-Non, non, absolument pas ! Il s'agissait d'une mesure de précaution, rien de plus.
-Alors, vous n'allez pas nous tuer?
-Comment? Mais certainement pas !

Soulagé, sans être entièrement tranquillisé, il posa la question qui lui brûlait à présent les lèvres:

-Est-ce que Salinas était au courant pour ça?
-Ouais, je le savais.

La voix qui retentit à l'intérieur de la maison ne laissait aucun doute: Salinas avait entendu la conversation; quelques secondes plus tard, l'Elfe sortit de la maison, le torse nu luisant au soleil; passant devant Malkat et Tisali, il plongea sans manières dans le lac, éclaboussant l'appontement; quelques secondes plus tard, sa tête ressortait de l'eau:

-Ah, elle est bonne !

La surprise passée, Malkat s'adressa à lui:

-Pourquoi tu nous l'a caché?
-L'eau est vraiment bonne en cette saison, tu devrais venir aussi.
-Je te demande: pourquoi tu nous l'a caché?

Salinas ne lui répondit pas, à la place, il fit un signe de tête vers l'intérieur, en pointant le menton en direction de Caelwyn:

-J'aurais jamais cru que j'aurais autant de mal à m'arracher de l'étreinte d'une femme, enfin, je dis femme, je devrais dire gamine; il ma fallu dix minutes pour sortir de là, et elle roupille encore.

Tisali éclata à nouveau de rire et répliqua d'un ton badin:

-J'en étais sure ! Tu l'aime bien !
-Tsss !

L'Elfe de sang l'aspergea à plusieurs reprises, provoquant de nouveaux éclats de rire ponctués par des "Tu l'aime bien ! Tu l'aime bien". Finalement, il sorti de l'eau et commença à se sécher les cheveux avec un linge trouvé à l'intérieur de la maison; entre temps, Tisali souriait à demi, tandis que Malkat, exaspéré d'être complètement ignoré, sentait la colère monter en lui; se levant brusquement, il se dirigea vers Salinas et répéta:

-Pourquoi tu ne l'a pas dit?!

Cette fois, l'Elfe s'arrêta et le regarda droit dans les yeux:

-Qu'est-ce que tu veux que je te dise? Votre venue ici faisait l'objet d'un accord entre les Elfes de la nuit et moi; comme Tisali te l'a dit: je leur ait rendu quelques services ces dernières années, alors on m'a donné le droit de me promener à peu près ou je veux chez eux, mais vous ils vous connaissent pas, alors ils devaient être surs que vous étiez pas des cinglés qui préparaient un sale coup.
Si Tisali a caché qu'elle parlait l'Orc, c'était pour sauvegarder votre spontanéité.

Il tourna sur lui-même en tendant le doigt devant tout ce qu'il voyait et poursuivit:

-Depuis que nous avons mis le pied en Orneval, nos moindre faits et gestes sont surveillés, notre halte ici n'avait pas que pour but de nous permettre de nous reposer, c'est aussi un avant-poste qui permet de filtrer les arrivées; si jamais quelque chose avait du se produire, ils auraient pu facilement nous arrêter.

En y réfléchissant, tout ce que disait Salinas était parfaitement logique: il était évident que les Elfes de la nuit n'auraient pas laissé des membres de la Horde pénétrer leur territoire sans s'assurer de leurs intentions.
Salinas s'approcha de lui et chuchota en cachant sa main:


-Et tu veux savoir pourquoi Tisali a caché qu'elle parle Orc?
-Pour pouvoir nous écouter, j'ai compris.
-Nan, en vérité, c'est parce qu'elle a un accent épouvantable et qu'elle en a honte.
-Hein?

Malkat tourna la tête vers Salinas qui souriait d'un air goguenard en regardant par dessus son épaule, derrière lui, il entendit un "hé !" sonore de protestation; en se retournant, il vit que Tisali leur lançait un regard réprobateur.

-Ah, je crois qu'elle m'a entendu !
-Qui a un accent épouvantable?!
-Toi ! T'as un accent horrible, ça vrille les oreilles quand tu parle !
-Espèce de...!

L'Elfe de la nuit se rua sur Salinas qui l'esquiva en riant, effectuant une roulade, il se retrouva sur le sol meuble du bord du lac et arracha une touffe d'herbe qu'il lança à Tisali en riant de plus belle.
Malkat, qui n'avait rien compris à ce qui se passait, mis une minute avant de réaliser que les deux Elfes riaient ensemble de bon coeur; oubliant toute la colère qu'il avait pu ressentir à découvrir qu'ils avaient été espionnés, se mit à rire à son tour.
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MessageSujet: Re: La fuite du soleil.   Lun 4 Avr - 17:18

Une demi-heure s'était écoulée, tout le monde était parfaitement réveillé, sauf Caelwyn que Salinas était allé secouer pour la faire sortir du sommeil; à présent assise devant le feu, le visage encore enfariné et baillant la bouche grande ouverte, elle luttait visiblement pour ne pas se rendormir.
A présent tous réunis et confortablement installés devant un repas, l'atmosphère était devenue plus chaleureuse quand les autres Elfes de la nuit s'étaient joints à eux pour manger, sans leurs armes cette fois.

Après le repas, et une fois que chacun fut repu, Malkat s'adressa à Salinas:


-Et maintenant?
-Maintenant quoi?
-Qu'est-ce qu'on fait?

Salinas, qui s'était couché sur le dos, les bras croisés derrière la tête, se redressa et d'assis en tailleur pour répondre:

-Conformément à ce que j'avais prévu, les Elfes ont estimé que vous ne représentiez pas une menace, donc, vous êtes libres de circuler sur leur territoire.
-Et c'est une bonne nouvelle?

C'était Caelwyn qui avait posé la question; elle n'avait plus cet air ensommeillé, et regardait attentivement Salinas, qui se tourna vers elle; il la détailla un moment sans répondre, puis sans prévenir, s'approcha d'elle et lui enfonça le doigt au milieu du front et lui lançant:

-Vas te laver le visage, t'es sale !

Surprise, la jeune femme bascula en arrière, tandis que Salinas retournait s'asseoir; Gora, qui surveillait du coin de l'oeil son fils qui jouait au bord de l'eau, interrogea également:

-Ca veut dire que nous pouvons partir non, alors qu'attendons nous?
-Je ne sais pas si vous vous en souvenez, hier j'ai dit que des armes des moyens de transport nous seraient fournis ici; ils sont en route à l'instant même, et ne devraient pas tarder à arriver.
-Un moyen de transport? Pour aller ou?

Salinas se leva soudainement et tourna les talons avant de disparaître dans un couloir; il revint quelques secondes plus tard avec une carte qu'il étala par terre devant les deux Orcs; désignant du doigt un point, il reprit:

-La Retraite de Raynebois, c'est à trois jours et demi de marche au nord, avec des montures, il nous faudra une journée pour y parvenir.

Repliant la carte, il la rangea précautionneusement dans la sacoche qu'il avait ramenée avec lui revenant et retourna s'asseoir, cependant, Malkat voulait savoir:

-Pourquoi aller là-bas?
-Là-bas vit un druide qui pourra certainement nous apprendre plus de choses sur les sectateurs, la Retraite se trouve a quelques lieues du chemin qui mène à Gangrebois, il aura certainement vu quelque chose.
-Je vois...

En réalité il se demandait bien ce qu'un druide pourrait bien faire pour les aider, mais il n'ajouta rien; de toutes façons, cela aurait été inutile car Salinas s'était relevé et sortait de la maison:

-Il fait beau dehors, je vais faire une petite sieste.

Il se retourna vers les Orcs et rajouta:

-Dès que nos montures arriveront, nous partiront sur le champ, vous devriez en profiter pour vous reposer, la route sera longue et nous ne feront pas de pause.

Puis il sortit; quelques secondes plus tard, sa voix résonna:

-Ah, c'est déjà mieux ! Et tu t'es aussi lavé les cheveux? Tu devrais pas les attacher, tu serais plus mignonne comme ça.

Puis, à nouveau quelques secondes plus tard, Caelwyn entra dans la maison, le teint rouge pivoine, les cheveux détachés et encore humides; sans un mot ni un regard à Malkat et Gora, elle s'installa le plus loin possible d'eux et leur tourna le dos ostensiblement, comme pour les dissuader de lui poser la moindre question.

Au bout de quelques minutes de silence gênant, et ne pouvant plus retenir son envie d'éclater de rire devant l'embarras de la jeune Elfe; Malkat s'adressa à Gora:


-Mon amour, que dirais-tu que j'emmène Galzat jouer un peu dehors?

Gora, toute aussi embarrassée, s'empressa de répondre, sans cesser de regarder Caelwyn qui leur tournait toujours le dos:

-Excellente idée ! Je viens avec toi !

Arrivés dehors, et une fois à portée suffisante des oreilles de la jeune femme, les deux Orcs éclatèrent d'un rire bruyant, qu'ils eurent toutes les peines du monde à faire passer pour un rire de parents devant le jeu de leur enfant, mais enfin, personne ne vint demander ce qui se passait, et finalement ils purent se calmer.
Une dizaine de minutes plus tard, Malkat était immergé dans l'eau jusqu'aux épaules, son fils juché sur sa tête, les pieds bâtant la surface de l'eau et poussant de petits cris de joie, Gora, qui était restée au bord, et qui trempait ses jambes, rompit le silence la première:


-Tu ne crois pas qu'elle serait amoureuse de lui?
-Je ne sais pas, ce qui est sur, c'est qu'il réussi à s'occuper d'elle, bien plus que je n'ai jamais pu le faire.
-Justement, tu ne crois pas que ce serait pour ça? Je veux dire, il est grand, il est beau, enfin, je crois, et il sait comment prendre les choses en main, c'est peut être ce qui lui faudrait, tu ne crois pas?
-Je crois surtout que l'air de cet endroit nous a transformé en midinettes, non mais regarde nous, en train de parler des amours de deux Elfes de sang !

Gora éclata de rire et reprit:

-Tu as raison, avec tout ce qui s'est passé ces derniers jours, on dirait que plus rien n'est normal.

Malkat baissa les yeux, il voyait le reflet de son visage dans l'eau, qui lui renvoyait le visage d'un Orc soucieux; relevant la tête vers sa compagne, il s'en approcha et lui toucha doucement la cuisse en lui murmurant:

-Quand ce sera terminé, je nous reconstruirais une nouvelle maison, plus belle, plus grande, je te le promets.

Elle hocha la tête et ouvrit la bouche, mais sa réponse se perdit au milieu du cri de Galzat qui avait apparemment décidé que son père ne jouait pas assez avec lui, et il s'était mis en devoir de taper du pied dans l'eau et de crier pour faire le plus de bruit possible.
Attrapant son fils à bout de bras, Malkat lui fit une grimace et pris une voix caverneuse:


-Alors, tu veux te battre avec le grand Malkat, seigneur des septs clans? Je vais te montrer ma puissance !

Et il plongea avec son enfant, qui était aux anges; les deux Orcs, père et fils, jouèrent dans l'eau durant une bonne partie de l'après-midi; sur la berge, Gora les regardait en souriant.
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MessageSujet: Re: La fuite du soleil.   Mar 5 Avr - 22:36

Les messagers arrivèrent à la nuit tombée, aussitôt, l'un d'eux sauta de sa monture et s'adressa à Tisali:

-Sentinelle ! Nous avons rencontré une troupe d'Orcs sur la route, ils nous ont repérés et nous avons à peine réussi à nous échapper; mais nous avons perdu deux des nôtres.

L'Elfe qui apportait la nouvelle portait de légères entailles au visage, derrière lui, un autre déployait de gros efforts pour faire basculer un énorme paquet du dos de sa monture au sol; à la lueur de la torche et en s'approchant, ils virent qu'il s'agissait en réalité d'un Elfe.

Il était inconscient, et ses blessures étaient visiblement très graves; une atmosphère grave et silencieuse se dégageait maintenant au refuge, il était clair que l'Elfe était sur le point de mourir; soudainement, Salinas s'approcha, et tenant Caelwyn par le poignet, il la poussa au centre du cercle qui s'était formé autour du mourant; les autres Elfes de la nuit cessèrent de chuchoter pour fixer leur regard tour à tour sur Caelwyn et Salinas; Malkat et Gora quand à eux demeuraient silencieux.


-Soigne le.

Salinas regardait Caelwyn tout en désignant du doigt l'Elfe blessé; la jeune femme le regarda aussi, frissonna et se retourna, sans regarder Salinas, elle demanda:

-Pourquoi moi?
-Parce que Malkat ne peut pas invoquer les éléments actuellement à cause de ces tarés du Crépuscule qui font n'importe quoi, parce qu'il n'y a pas de druide ici, et parce que ces blessures dépassent mes compétences magiques.

La jeune femme dansait d'un pied sur l'autre, mal à l'aise, elle évitait soigneusement de regarder dans la direction de Salinas qui s'approcha et l'empoigna soudainement par les épaules, la forçant à rester immobile et à le regarder:

-Qu'est-ce que t'as? C'est le sang qui te gêne? T'as qu'a fermer les yeux.
-Je...
-Quoi? Me dis pas que tu veux pas le faire sinon tu prends une tarte.
-Salinas !

C'était Tisali qui venait de l'apostropher, elle semblait réellement scandalisée des paroles qu'il venait de prononcer; celui-ci en lâcha Caelwyn et s'apprêtait à répliquer quand la jeune femme s'agenouilla sur l'Elfe de la nuit et commença à murmurer des incantations, de la lumière dorée jaillit rapidement de ses mains qu'elle passa lentement sur les blessures du mourant, qui se refermèrent les unes après les autres; à la lueur de la lumière, on voyait qu'elle avait fermé les yeux.

Un silence total était tombé sur le cercle, puis, près d'un quart d'heure plus tard, Caelwyn se releva lentement et déclara d'une voix presque inaudible:


-C'est fini...

Elle fit deux pas vers le cercle avant de chanceler et de basculer en avant; elle fut rattrapée de justesse par Salinas qui la releva, mais ses jambes se dérobèrent sous elle; finalement, il du la porter dans ses bras.
Inquiet, Malkat se précipita ainsi que Gora, quelques Elfes de la nuit s'étaient également approchés, et à la lueur des torches, on pu voir le visage pâle et ruisselant de sueur de la jeune femme, celle-ci avait les yeux fermés; Salinas lui tata le front et dit:


-C'est bon, ne vous inquiétez pas, elle a simplement donné tout ce qu'elle avait, quelques heures de repos et elle sera debout.

Rassuré, Malkat poussa un soupir de soulagement; et, pendant que Salinas portait Caelwyn à l'intérieur, il reporta son attention sur l'Elfe de la nuit qu'elle venait de soigner.
Celui-ci était à présent assis, les yeux ouverts, il semblait ne pas très bien réaliser qu'il était en vie et guéri; plus aucune blessure n'était visible sur son corps.
Des clameurs et des rires résonnèrent, certains Elfes sautaient de joie; le blessé tenta de se lever mais du se rasseoir immédiatement, s'il était guéri, il n'avait manifestement pas récupéré toute son énergie; et il du se faire aider par ses amis pour se rendre à son tour à l'intérieur.

A l'extérieur, ne restaient que Malkat, Gora et Tisali; celle-ci se tourna vers le couple d'Orc, leur adressa un grand sourire et dit:


-Elle lui a vraiment sauvé la vie, heureusement que vous étiez là !

Salinas revint alors que l'Elfes de la nuit finissait sa phrase, aussitôt, elle se dirigea vers lui et pointa un doigt inquisiteur en s'exclamant:

-Salinas, ce n'était vraiment pas gentil du tout de lui avoir dit que tu la frapperais si elle refusait de le soigner !

A l'étonnement des deux Orcs, Tisali paraissait réellement outrée et ils furent encore plus surpris de voir Salinas répondre d'un air embarrassé tout en semblant éviter son regard:

-Oui, bon, ce n'était peut être pas le meilleur moyen de l'encourager, mais ça a marché non?
-Elle avait simplement peur du sang ! Et toi tu l'as menacée de la frapper, regarde maintenant: elle a tout donné et elle a failli se rendre malade, tu pourrais au moins être reconnaissant !

C'était clair: Salinas évitait délibérément de regarder l'Elfe de la nuit, qui continuait quand à elle à le fixer et à le pointer du doigt; il était véritablement étrange de voir une Elfe de la nuit, quasiment une parfaite inconnue se préoccuper du sort d'une Elfe de sang, bien plus qu'un membre de sa propre race en tous cas.
Finalement, Salinas répondit en bougonnant:


-Bon bon, d'accord, j'ai compris, j'irais m'excuser quand elle sera réveillée, ça te va?
-Ce n'est pas à moi de le dire, c'est elle que tu as menacé de frapper, alors tu ferais bien de réfléchir à ce que tu vas lui dire.
-D'accord d'accord...

Tisali tourna les talons et entra dans le refuge, sans un regard en arrière; Gora la suivit quelques secondes plus tard pour aller s'assurer que Galzat dormait encore après tout ce bruit; laissant Malkat et Salinas seuls.
Après quelques minutes de silence pendant lequel les deux hommes ne se regardèrent pas; Salinas questionna:


-Toi aussi tu crois que j'ai exagéré?

Malkat resta un instant silencieux, il était vrai qu'il avait été agacé d'entendre Salinas menacer Caelwyn devant lui, mais il savait que celui-ci n'aurait pas réellement mis sa menace à exécution, néanmoins, il répondit:

-Oui, je pense que tu as été trop loin, je suis d'accord avec Tisali.

Il y eu un nouveau silence, puis Salinas reprit:

-Bon, moi aussi je crois que j'ai été trop loin, j'irais m'excuser proprement quand elle se réveillera.

Après une dizaine de minutes sans que le moindre son vienne rompre le silence, Malkat s'en alla à son tour vers le bâtiment, laissant Salinas seul dans la nuit.
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MessageSujet: Re: La fuite du soleil.   Mer 6 Avr - 22:44

Salinas passait un mauvais moment. Seul dans le noir, il repassait sans cesse dans sa tête les reproches que lui avaient adressés Tisali, Malkat qui lui disait être d'accord avec ceux-ci.

Il était déjà passé par des moments de doute, et connaissait parfaitement la morsure que provoquait ce sentiment de culpabilité, et pourtant, bien qu'il l'ai déjà vécu par le passé, il ne parvenait pas à comprendre pourquoi le simple fait d'avoir menacé Caelwyn de la frapper pouvait provoquer en lui un tel sentiment de malaise, et même de honte.
Pourtant il avait fait bien pire dans son passé: brûler vif des innocents lorsqu'il était sous les ordres de Kael'Thas, mener des expériences contre-nature sur des animaux et même des gens; toutes ces choses qui auraient pu lui valoir d'être considéré comme la pire des ordures.
Il avait longuement médité sur ses erreurs, se demandant s'il était possible de racheter ses péchés, finissant par être hanté par eux, jusqu'à parvenir à aller de l'avant, et à oublier son ancienne vie.

Mais alors, pourquoi? Pourquoi ce goût amer lui revenait-il dans la bouche? Ce goût qu'il avait fini par associer à celui du remord, et qui lui nouait la gorge.
Se pouvait-il que malgré tous les crimes qu'il avait commis, le simple fait d'avoir blessé une gamine puisse lui causer plus de honte et de tourments?


-Ce n'est pas n'importe quelle gamine.

Encore cette petite voix dans sa tête; celle qui retournait le couteau dans la plaie, celle qui lui mettait sans cesse sous les yeux l'étendue du comportement lamentable qu'il avait eu.
Il repensait à ce qu'il avait appris de Malkat au sujet de Caelwyn: "Elle a perdu toute sa famille(...), elle a vu sa soeur se faire tuer sous ses yeux(...), son cousin a essayé de la violer, et ensuite il l'a poignardée et laissée pour morte.


-Et alors? Elle n'est pas la seule a avoir perdu des gens qu'elle aimait cette nuit-là.

Cette voix parlait avec sa propre voix, c'était le Salinas en Salinas qui parlait; et il n'aimait pas ce qu'il entendait, parce qu'il savait que c'était ce qu'il pensait tout au fond de lui; et il se faisait encore plus l'effet d'être la dernière des ordures.

-Et alors? Parce qu'elle n'est pas la seule, c'est une raison pour la laisser souffrir? Ce n'est pas une bête sauvage, c'est une personne, qui a besoin qu'on l'aide, qu'on veille sur elle.

La voix s'exprimait à la fois comme Tisali et comme Malkat, et il le savait, elle avait des accents de vérité, mais il n'était pas prêt à l'admettre:

-Pourquoi devrait-on perdre son temps à l'aider? Si elle n'est pas capable de se débrouiller toute seule, elle aurait du y rester cette nuit-là.
-Alors pourquoi veille-tu sur elle depuis que tu l'as rencontrée? Tu te préoccupe bien plus d'elle que tu ne veux bien l'admettre.
-Je ne le fais que parce que ça sert mes intérêts, elle ne représente rien pour moi, et peu m'importe si elle meurt.

La voix de Tisali/Malkat se tut; Salinas commençait à sentir un drôle de goût revenir au fin fond de sa gorge; puis la voix demanda:

-C'est vraiment ce que tu pense?
-Évidemment ! Et même, si elle devait mourir maintenant, ce serait une bonne nouvelle, je serais débarrassé de ce parasite !

Les deux voix se turent, laissant Salinas seul, le coeur battant à tout rompre; ses pensées s'égarèrent à se remémorer tous les souvenirs qu'il avait de Caelwyn, depuis leur rencontre jusqu'au moment ou il l'avait allongée dans la maison après son évanouissement; puis la vision d'une Caelwyn morte, pâle, la remplaça.
Se levant d'un bond, le coeur cognant comme un tambours dans sa poitrine, il se précipita au refuge, haletant, à l'intérieur, il se dirigea en courant vers la pièce ou se trouvait la jeune femme et écarta brutalement le rideau qui séparait la pièce de l'extérieur.
Dedans se trouvait Tisali qui veillait la jeune Elfe; lorsqu'elle vit arriver Salinas, elle lui jeta un regard réprobateur, qu'il ignora pour s'approcher de la jeune femme; puis, sans l'avoir prémédité, il se pencha vers elle et lui posa un baiser sur le front, avant de se relever.

Il demeura quelques instants à la regarder, puis tourna lentement les talons, enfin, s'arrêtant à la sortie, il retourna vers elle et lui écarta délicatement quelques mèches de cheveux et lui caressa le front; finalement, il se releva et quitta la pièce en silence.

A coté de Caelwyn, Tisali avait perdu son expression de reproche et souriait.

A l'extérieur, Salinas s'était rassis à son emplacement précédent, son coeur avait cessé de battre la chamade; il repensait à ce qu'il venait de faire, son sentiment de panique lorsqu'il avait imaginé qu'il pourrait voir Caelwyn morte; la voix de Tisali se manifesta alors de nouveau et dit:


-Il est temps que tu sois vraiment honnête avec toi-même, tu ne crois pas?

Poussant un long soupir, il su ce qu'il allait répondre, car c'était ce qu'il ressentait réellement au fond de lui:

-D'accord, tu as raison, ce ne serait pas une bonne nouvelle qu'elle meure, Malkat m'en voudrait.

La Tisali en lui fut remplacée par Malkat qui leva un sourcil, d'un air de dire "arrête ton char"; soupirant de nouveau, il reprit:

-Non, ce n'est pas la vérité: en fait, s'il lui arrivait quelque chose, je crois bien que je serais triste.
-Enfin honnête avec toi-même, hein? Alors que vas tu faire maintenant?
-Je lui ait promis que je la protégerais, je tiendrais ma promesse.

Les voix se turent à nouveau, cette fois-ci pour de bon; se sentant soulagé d'être enfin parvenu à mettre au clair ses sentiments contradictoires, il s'allongea dans l'herbe et ferma les yeux; le goût amer-métallique qui lui avait empli la bouche avait disparu; avant de sombrer lentement dans le sommeil, il se demanda si le cousin de Caelwyn était toujours en vie, quelque part.

-Et si c'est le cas, j'aurais deux mots à lui dire...

Faisant inconsciemment craquer ses jointures et jaillir des flammèches de ses mains, il s'endormit.
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MessageSujet: Re: La fuite du soleil.   Mer 27 Avr - 17:15

Lorsqu'il s'éveilla, bien qu'il fut difficile de distinguer les rayons du soleil au travers de la frondaison épaisse des arbres, il sut que c'était le petit matin, une légère rosée le recouvrait et humidifiait l'herbe, néanmoins, la sensation n'était pas désagréable, et il resta allongé un moment, à regarder vers le ciel.
Il ne ressentait pas le malaise qui l'avait accompagné la veille en se couchant, au contraire, cette fois il se sentait bien, toute tension avait disparue de son corps, et même s'il était trempé de rosée, il n'avait pas froid; il se demandait depuis quand il n'avait pas dormi à la belle étoile, en tous cas, il devait bien admettre que depuis qu'il avait quitté Orgrimmar, et malgré la gravité de la situation, il prenait du plaisir à cette aventure.

Le regard songeur, il ne savait combien de temps s'était écoulé quand le grondement de son estomac le ramena à la réalité, alors il s'étira longuement puis se leva pour rejoindre l'intérieur.
Il était certain que les Elfes étaient déjà réveillés et qu'il pourrait trouver à manger, certitude qui se confirma lorsqu'il arriva dans la pièce principale; autour du feu se trouvaient quelques Elfes de la nuit qui mangeaient silencieusement, parmi eux se trouvait celui que Caelwyn avait soigné; il dévorait avec un appétit manifeste et semblait en pleine forme.

Lorsque Salinas s'assit à coté de lui, ce dernier lui tendit une assiette en bois ou se trouvaient des morceaux de viande grillée; l'Elfe de sang accepta en hochant la tête se mit à mâcher, la viande était délicieuse et calmait les ardeurs de son estomac; finalement, au bout de quelques minutes de repas, il voulu s'enquérir de l'état de santé de son voisin:


-Est-ce que ça va? Tu étais dans un sale état hier.

L'Elfe de la nuit hocha la tête et se leva, tournant sur lui même en étendant les bras, puis se rassit:

-C'est comme si je venais de renaître, même la nourriture me semble meilleure maintenant.

Salinas hocha de nouveau la tête silencieusement et se remit à manger, l'autre reprit:

-On m'a dit que c'est ton amie Elfe de sang qui m'a guéri, j'aimerais vraiment la remercier, mais ils m'ont aussi dit qu'elle avait perdu toutes ses forces après, c'est vrai?

Il regardait Salinas avec une inquiétude qui surprit celui-ci, habitué que les Elfes de la nuit manifestent plus de retenue, et lorsqu'il s'agissait d'Elfes de sang, un soupçon de mépris; pourtant lui paraissait sincère; il répondit alors, mal à l'aise en repensant à la scène de la veille:

-C'est vrai, elle s'est évanouie juste après, mais rien de grave, elle était juste épuisée, il lui faut juste du repos et tu pourras la remercier quand elle ira mieux.

Le visage du Kaldorei s'éclaira et il recommença à manger; un des autres prit la parole:

-C'était une chance qu'elle soit là, je ne sais pas ce que nous aurions fait sinon.
-Je serais mort, c'est certain.
-Oui sans doute.

La conversation s'interrompit durant un long moment, le silence uniquement rompu par le bruit des mastications et des verres posés sur le sol; finalement, le second Elfe qui avait parlé reprit la parole:

-Tout de même, je n'aurais jamais cru qu'une si petite personne puisse guérir en si peu de temps autant de blessures graves, elle doit être vraiment puissante.

Le troisième Elfe, qui était une femme, et qui n'avait pas encore prononcé un mot, ouvrit alors la bouche et répliqua:

-Ce n'est pas une question de puissance.
-Que veux-tu dire?

C'était Salinas qui avait posé la question, intrigué, il n'avait jamais supposé que Caelwyn puisse être autre chose qu'une inoffensive crevette; les autres écoutaient également, tout aussi intrigués; la femme reprit:

-Quand j'étais petite, ma mère, qui est prêtresse d'Elune, m'expliquait que ce n'était pas la force d'une personne qui déterminait à quel point elle pouvait en guérir une autre, mais que c'était le désir profond de soulager l'autre de sa douleur qui importait, qu'il fallait ressentir au plus profond de soi-même le besoin de prendre soin des autres.

Quand elle acheva sa phrase, les autres hochaient la tête d'un air qui laissa deviner à Salinas qu'ils n'avaient absolument rien compris sans oser le dire; quand à lui, il dit:

-Je vois, alors un bon guérisseur est avant tout quelqu'un qui se préoccupe des autres?
-Exactement, et parfois même au détriment de lui-même: j'ai souvent vu ma mère épuisée de fatigue n'arrivant même plus à ouvrir les yeux tant elle s'était oubliée à s'occuper des autres; quand j'ai vu cette petite tomber dans tes bras, j'ai cru revoir ma mère un instant, c'était exactement la même chose.

Salinas ne répondit rien, il se sentait de nouveau mal à l'aise, en repensant à la scène d'hier, et à tout ce qui s'était passé depuis qu'il avait rencontré Caelwyn, il se rendait compte qu'il ne la connaissait absolument pas; il s'était seulement contenté de la juger et de la cataloguer, il réalisait qu'en réalité, même s'il ne lui avait pas demandé, ou plutôt exigé qu'elle soigne l'Elfe blessé, elle l'aurait de toutes façon fait, parce qu'elle n'aurait pas supporté de voir quelqu'un souffrir devant elle; il fut interrompu par la femme Elfe qui poursuivait:

-Et ce n'est pas qu'une question de puissance: ma mère me racontait qu'elle connaissait des mages très puissants, capables de brûler des forêts entières ou de faire tomber des blocs de glace du ciel, et qui étaient pourtant incapables de guérir une simple coupure au doigt.

Même si le propos ne le visait pas, Salinas se sentit pourtant profondément concerné, en effet, il était ce qu'on pourrait qualifier de mage puissant, et même très puissant, capable de déclencher des tempêtes de feu et même des chutes de météores de petite taille, pourtant il s'était révélé impuissant pour guérir des blessures qui nécessitaient une puissance bien moins grande que la sienne.
Remerciant les Elfes pour le repas et la conversation, il prit congé pour aller réveiller les autres, malgré tout il ne devait pas perdre de vue leur objectif.

En arrivant devant la chambre qu'occupait Caelwyn, il vit Tisali qui en sortait, suivie de Caelwyn qui semblait en pleine forme; celle-ci, voyant Salinas, eu un léger mouvement de recul dont elle ne paru pas avoir conscience, mais qui n'échappa pas à Salinas, ce qui le mit d'autant plus mal à l'aise qu'il était venu s'excuser; mais en voyant cette réaction, il ne put s'empêcher de penser qu'elle avait peur de lui maintenant, et qu'il ferait mieux de laisser tomber et de repartir.

Il n'en fit cependant rien et sous le regard de Tisali qui ne disait mot, Salinas s'adressa à la jeune Elfe de sang d'un ton qu'il essaya de rendre neutre:


-Est-ce que ça va, tu as bien dormi?
-Oui, ça va mieux, merci.

Sans ajouter un mot, la jeune femme passa à coté de lui et s'éloigna; Salinas la regardait passer, se sentant idiot, quand Tisali lui tapota l'épaule et lui désignait Caelwyn par de discrets mais insistants signes de tête, subitement:

-Caelwyn !

La jeune femme sursauta et se retourna, à l'expression qu'elle lui jeta, il vit qu'elle s'attendait à c qu'il la menace encore, finalement, d'une voix mal assurée et se passant régulièrement la main dans les cheveux de nervosité, il dit:

-Euh, je voulais te dire que...Euh, je n'aurais pas du te crier dessus hier et que...Euh, ce que tu as fait était très bien, je veux dire, euh, tu l'as très bien soigné et tout, et...

Elle le regardait sans un mot, l'expression de son visage toujours tendue; mais cette fois, c'était lui qui évitait son regard, tournant la tête à droite et à gauche et sentant la sueur perler dans son cou, il songeait à ce que lui aurait dit Tisali s'il avait seulement pensé à lui demander son avis sur Caelwyn, il savait qu'elle aurait dit "c'est une gentille fille".
Il savait que c'était vrai, et cette vérité lui rendait les choses encore plus difficiles, et alors qu'il restait silencieux depuis quelques secondes, Caelwyn commença à tourner les talons; Salinas se précipita vers elle et lui attrapa le bras, la jeune femme sursauta de nouveau et ouvrit la bouche.

Sachant qu'elle allait se mettre à crier, il la lâcha aussitôt et s'exclama, sans oser la regarder, préférant regarder ses chaussures:


-Je suis désolé de t'avoir dit que j'allais te frapper, c'était méchant et stupide de ma part ! Je te demande pardon.

Il acheva sa phrase, un sentiment de malaise s'emparant de lui; lorsqu'il osa finalement relever la tête, Caelwyn était encore là, elle le regardait toujours dans les yeux, il fut soulagé de voir que son expression s'était détendue; au bout d'un moment qui lui paru durer une éternité, et qui ne prit pas plus de quelques secondes en réalité, elle prononça un seul mot:

-D'accord.

Puis elle tourna les talons et parti. Salinas resta à regarder le couloir vide sans un mot, quand il sentit la présence de Tisali derrière lui, qui parla d'une voix très douce:

-Je suis restée à la veiller toute la nuit, quand elle s'est réveillée tout à l'heure, tu sais la première chose qu'elle m'a demandée?

Sans se retourner, Salinas répondit:

-Pourquoi je suis si stupide?
-Non, elle m'a demandé si tu la détestais.

Il se retourna brusquement, oubliant qu'il était resté de dos précisément pour ne pas avoir à affronter le regard réprobateur de Tisali; mais elle n'avait qu'une expression de compassion, estomaqué par ce qu'il venait d'entendre, il ne su que répondre tandis que Tisali continuait:

-Tu lui as fait très peur hier.

Cette fois Salinas répliqua sur le ton de la protestation:

-Je lui ait fait des excuses !

Sans tenir compte de ce que disait Salinas, elle poursuivit:

-Elle est blessée, elle croit que c'est elle qui est à blâmer.
-C'est...
-J'ai essayé de lui expliquer, mais je crois qu'elle n'écoutera qu'une seule personne.
-Tu crois que Malkat pourrait lui...
-C'est toi, imbécile !
-Hein?

Tisali poussa un soupir bruyant tout en levant les yeux au ciel, et pointant le doigt sur Salinas, elle lui lança:

-Oui, toi !
-Mais pourquoi? Je lui ait fait des excuses, ça devrait suffire, non?

Tisali se passa la main sur le visage, puis, tentant de conserver son calme, elle prit une longue respiration et reprit d'une voix qu'elle voulait maîtrisée:

-Salinas, tu es peut être très doué pour dénicher des informations là ou on ne les attend pas, mais pour ce qui est de comprendre les gens, tu es un incapable de premier ordre.

Elle contourna alors à son tour Salinas pour emprunter le couloir, sans se retourner, elle acheva d'une voix plus douce qu'à l'accoutumée:

-Tu l'as blessée, tes excuses ne suffiront pas.

La regardant disparaître au coin, Salinas murmura pour lui-même:

-Je suis vraiment un imbécile, hein?

Au loin, il entendit la voix de Tisali lui répondre:

-Le roi.

Il attendit un long moment avant de revenir dans la grande salle, il en avait même oublié ce pourquoi il était venu à l'origine, tout ce qu'il savait, c'était qu'il s'était remis à culpabiliser, et qu'il n'aimait pas ça.
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MessageSujet: Re: La fuite du soleil.   Jeu 28 Avr - 23:39

Lorsqu'il revint dans la grande salle, Tisali et Caelwyn étaient assises et lui tournaient le dos, désirant de ne pas entamer la discussion ni même croiser leurs regards, il sorti du bâtiment pour prendre l'air.

Arrivé devant le lac, il ne prit même pas le temps de se dévêtir et plongea dedans tout habillé; le contact brutal entre l'eau froide et son crâne lui fit l'effet d'un électrochoc; évoluant sous l'eau, remontant et replongeant, il se détendit peu à peu.
Pendant qu'il nageait, son sentiment de culpabilité se dissipa, remplacé par de la colère à l'évocation de tout ce qui s'était passé: voilà qu'il se faisait gronder comme un gamin pris en faute !

Tandis que son esprit s'échauffait, il songeait qu'il avait après tout eu bien raison de hausser le ton, et qu'il le referait encore s'il le devait, et que ce n'était pas une fichue gamine qui allait lui dicter sa conduite !

Finalement, après une dizaine de minutes à nager sans être dérangé, il sortit de l'eau, en quelques instants il sécha ses vêtements en émettant des flammèches avec ses mains; il se rattacha également les cheveux et retourna à l'intérieur, bien décidé à ne plus se laisser aller à une quelconque faiblesse, après tout, songeait-il, avec une mauvaise foi typiquement masculine, ces femmes n'avaient rien compris, c'était elles qui étaient en tort, pas lui !

Sur ces pensées, il pénétra de nouveau dans la salle principale, pour y retrouver Malkat et Gora qui avaient rejoint le groupe; tous semblaient l'attendre, il constata avec satisfaction qu'ils étaient prêts, mais surtout que Caelwyn évitait toujours soigneusement de le regarder; une pointe de contrariété l'étreignit mais il la rejeta aussitôt et s'adressa au groupe, regardant principalement Malkat:


-Nous allons y aller, comme nous devions déjà partir hier, il faudra se dépêcher pour gagner du temps.

Les autres acquiescèrent d'un signe de tête et se levèrent, portant leurs paquetages, seule Gora, qui portait Galkat n'avait pas de bagage; tandis que Salinas, Caelwyn et Tisali partaient devant, Malkat restait avec Gora.
La veille, Salinas et Malkat avaient longuement discuté du danger qu'il y avait à emmener le fils des deux Orcs, qui était encore un tout petit enfant, de plus, avec la perte de l'un des coursiers, ils n'avaient que deux montures à leur disposition, et comme ils ne pouvaient monter à plus de deux personnes sur un tigre, ça signifiait qu'il faudrait laisser une personne en arrière; Salinas avait alors pensé à Gora.

Il savait que le couple en avait déjà parlé, aussi il ne s'inquiéta pas de voir les deux Orcs à l'écart, il savait qu'ils échangeaient leurs adieux.

Quelques minutes plus tard, Malkat arriva, le pas lourd; le petit Galzat, que sa mère avait posé par terre, lui faisait de grands signes joyeux, ne comprenant pas ce qui se passait; son père lui répondit en lui faisant également des signes.
Sachant que l'Orc l'écoutait tout de même, Salinas déclara:


-Comme il n'y a que deux tigres, et que toi et Caelwyn n'êtes jamais monté sur l'un d'entre eux, je vais en diriger un, et Tisali prendra l'autre.

Tisali était déjà en train d'harnacher les deux montures, qui se laissaient docilement faire; puis elle monta sur celui de droite, un majestueux tigre dont la robe toute bleue luisait faiblement à la lumière qui filtrait entre les arbres, Caelwyn se dirigea aussitôt vers elle, mais Salinas intervint:

-Non, toi tu monte avec moi, et Malkat ira avec Tisali, il faut équilibrer les poids.

La jeune femme s'arrêta en chemin et se retourna vers Salinas sans dire mot; tandis que Tisali aidait Malkat à placer correctement ses pieds pour escalader le harnais, Caelwyn était en difficulté: le tigre qu'avait choisi Salinas était le plus grand des deux, et elle était trop petite pour réussir à grimper sur son dos, ce dernier, poussant un soupir d'exaspération, la souleva en l'empoignant brutalement par les hanches, et la poussa sur le harnais ou elle finit par réussir à s'asseoir.

La jeune femme n'avait pas prononcé un mot, pas même lorsqu'elle avait senti les deux mains de l'Homme sur son corps, mais lorsque Salinas passa à coté d'elle et lui jeta un oeil pendant qu'il montait lui-même, il vit qu'elle regardait ailleurs et qu'elle se mordillait les lèvres de nervosité
Repensant de nouveau à tout ce qui s'était passé, cette vision lui provoqua une nouvelle bouffée de colère et il choisit simplement de totalement ignorer la jeune femme; après tout, si elle était assez stupide pour se vexer aussi facilement, et le rester après des excuses, il n'allait pas lui courir après !

Les deux montures partirent finalement au trot; tandis que le Refuge du Vent d'Argent s'éloignait rapidement, Malkat interrogea Tisali:


-Êtes-vous sure qu'ils arriveront sur la cote à temps?
-Absolument, ils ont pour ordre de quitter le Refuge aussitôt après notre départ, votre femme et votre fils seront déjà en train de nous attendre quand nous y arriveront.

Bien qu'il essaya de ne pas le montrer, Malkat n'était vraiment pas rassuré de laisser Gora et Galzat derrière; bien que sa compagne avait volontiers accepté de rester derrière à cause des montures et du danger, cela lui paraissait un mauvaise présage que de se séparer de sa famille dans un lieu inconnu.

La veille, Salinas avait détaillé son plan: après être allés rendre visite à ce fameux contact à la Retraite de Raynebois, ils devaient ensuite se rendre sur la cote occidentale d'Orneval, au bord de la mer, là, ils prendraient un navire pour se rendre en toute discrétion à Teldrassil.
Gora étant restée en arrière, les Elfes de la nuit présents au Refuge l'emmèneraient sous escorte sure pour aller attendre le groupe sur place; le rendez-vous était fixé dans trois jours au plus tard, et si le groupe de Tisali n'était pas de retour d'ici là, les Elfes avaient pour ordre de ramener Gora au Refuge et d'y attendre de nouvelles instructions.

Salinas appréciait particulièrement le voyage, cela faisait quelques années qu'il n'avait pas monté un tigre darnassien, et il se souvenait avec plaisir de la vibration agréable que les puissants muscles de l'animal imprimaient à tout son corps à chaque foulée, les membres vigoureux volaient presque dans les airs, et une grande distance fut ainsi rapidement parcourue.

Ils parcoururent une grande partie de la forêt d'Orneval avant de parvenir enfin à leur destination, près de six heures plus tard; durant tout le trajet ils avaient échangé des propos réguliers, principalement sans intérêts, mais détendant l'atmosphère, à l'exception de Caelwyn qui parlait très peu, et qui ne s'adressa pas une fois à Salinas; finalement, quand Tisali indiqua qu'ils étaient arrivés à destination, chacun poussa un soupir de soulagement, à l'idée de pouvoir enfin poser le pied à terre.

Malkat, qui semblait avoir oublié ses contrariétés, et qui avait également su apprécier à sa juste valeur les qualités des tigres darnassien s'exclama:


-Ces bêtes sont magnifiques, je n'ai ja...

Il fut interrompu par Tisali qui lui mit la main sur la bouche pour le bâillonner, surpris il se tut, observant en silence l'Elfe dont les traits du visage s'étaient soudain tendus par une concentration extrême; courbant légèrement le dos, en position d'éclaireur, elle observait rapidement les alentours; quand Malkat ouvrit de nouveau la bouche, elle leva la main en signe de silence et chuchota rapidement:

-Chut, écoutez.

Tous tendirent l'oreille sans rien entendre, puis soudainement, le visage de Malkat changea d'expression, il chuchota à son tour:

-C'est le son du bois qui brûle, il y a un incendie.

Tisali hocha la tête et répondit:

-J'entends aussi des cris.

Salinas s'approcha d'elle et les deux Elfes se regardèrent dans les yeux:

-C'est la Retraite?

Elle hocha de nouveau la tête, alors Salinas, se tournant vers Malkat et Caelwyn, leur dit:

-La Horde est en train de mener un assaut sur la Retraite de Raynebois, venez, il faut se dépêcher !

Le groupe se mit en route en direction des sons que Tisali entendait; à présent, on percevait très nettement les cris, cris mêlés de douleur et de colère; enfin il parvinrent à un bosquet qui dominait la Retraite de sa hauteur, de là, ils virent un spectacle de chaos.

Un vaste incendie s'était déclaré et consumait arbres et habitations, des dizaines d'Elfes de la nuit tiraient à l'arc tandis que d'autres ferraillaient au corps à corps contre des centaines d'Orcs qui attaquaient à l'aide d'armes de siège, dont certaines catapultaient des rochers enflammés.

Des dizaines de corps, Elfes, Orcs, gisaient au sol, le sang répandu commençait à s'infiltrer dans la terre, certains cadavres étaient piétinés, voire écrasés par l'avancée inexorable des Orcs; à voir la situation dans laquelle les défenseurs de Raynebois se trouvaient, il était évident qu'ils n'allaient pas tarder à succomber au nombre.


-Il faut qu'on fasse quelque chose !

Tisali était sur le point de dévaler la pente quand elle fut retenue de justesse par Malkat qui était sorti de sa stupeur juste à temps pour l'empêcher de se jeter en plein milieu du champ de bataille; elle se débâtit mais l'Orc tint bon, et elle fini par se calmer, néanmoins il ne la lâcha pas; il regarda Salinas, qui n'avait pas dit un mot, et questionna:

-C'est ici que nous devions nous rendre non? Que fait-on? Ils vont tout détruire.

Sans se retourner, Salinas répondit:

-Malkat, gamine, vous êtes d'accords pour dire que ces abrutis sont un obstacle direct à nos plans?

Malkat lança un regard à Caelwyn qui ne semblait pas comprendre plus que lui; mais sans attendre leur réponse, Salinas poursuivit:

-Dans ce cas, et je ne pense pas que Tisali me contredira, puisque ces débiles nous gênent, on va s'occuper de leur cas et leur faire passer l'envie des promenades en pleine forêt.

Salinas se retourna vers eux et leur adressa un sourire meurtrier; incertain d'avoir bien compris ce qu'il voulait dire, Malkat lui demanda de répéter:

-Attends, est-ce que tu viens bien de dire ce que je crois que tu as dis?

Exhibant toujours son sourire malsain, Salinas l'ignora et s'adressa à Tisali, que Malkat avait fini par lâcher:

-Tisali, est-ce que le vieux verrait un inconvénient à ce que sa forêt crame?

Le regard dans le vague, l'Elfe de la nuit répondit:

-Il te maudirait certainement pour cent générations.
-Parfait ! Peut être que je pourrais négocier ça avec lui, après tout, la moitié de son domaine est déjà parti en fumée.

L'Elfe de sang se tourna alors vers Malkat et toujours avec ce même sourire lui dit:

-Tu aime la viande grillée? Parce que je vais nous préparer un grand barbecue !
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MessageSujet: Re: La fuite du soleil.   Ven 29 Avr - 22:34

La bataille faisait rage, et Malkat avait du mal à croire ce qu'il venait d'entendre:

-Tu veux faire flamber toute la forêt? C'est de la folie !

Outré, Malkat regarda autour de lui, à la recherche de soutien, finalement, il tomba sur Tisali qui était restée à genoux à observer les affrontements:

-Tisali, dites lui !

La Sentinelle ne répondit pas, elle semblait en état de choc, ce qui inquiéta l'Orc; oubliant Salinas, il s'approcha d'elle et s'agenouilla à coté d'elle:

-Tisali, que ce qui se passe?

Il n'eut aucune réponse, soupçonnant alors que l'état de choc de Tisali était lié au spectacle qu'elle avait sous les yeux, il n'insista pas et regarda Salinas, finalement, poussant un long soupir, il demanda:

-Qu'est-ce que tu comptes faire?

L'Elfe de sang émit un sourire narquois mais s'abstint de tout commentaire, ce dont Malkat lui fut reconnaissant, car il était certain qu'il lui aurait mis son poing dans la figure s'il l'avait fait; enfin, observant les alentours pendant quelques secondes, il répondit:

-Regarde au dessus, les arbres qui nous entourent communiquent avec ceux de la vallée via leurs branchages, je vais les incendier et ils leur tomberont sur la tête; avec de la chance, ça provoquera assez de dégâts pour les obliger à battre en retraite.
-Alors tu n'étais pas sérieux quand tu parlais de tout cramer?
-En fait si, mais ce ne sera pas nécessaire, de toutes façons, ils sont trop nombreux, même pour moi, notre meilleure chance est de les obliger à se tirer, et avec encore plus de chance, ça laissera assez de temps aux défenseurs de Raynebois pour obtenir du renfort.
-Très bien, j'imagine que ça peut marcher.
-Ca doit marcher, ou on est foutus.

Salinas recula vers le centre de la clairière et s'approcha de Caelwyn qui n'avait pas dit un mot depuis leur arrivée:

-Toi tu reste là, tu ne bouge sous aucun prétexte, c'est bien compris?

La jeune femme hocha silencieusement la tête; Salinas lui posa rapidement la main sur l'épaule et désigna de son autre main Tisali qui était toujours au bord de la falaise:

-Et occupe toi de Tisali, elle n'est pas en état de nous aider pour le moment.

Nouveau hochement de tête, Salinas fut satisfait de cette obéissance passive, en cet instant, il n'était pas d'humeur à apprécier une quelconque argumentation, et il semblait que même Caelwyn l'avait compris car elle se dirigea immédiatement vers Tisali pour l'aider à se lever.

Les deux hommes descendirent en empruntant ce qui s'apparentait à un sentier vaguement creusé, faisant dégringoler des pierres et des mottes de terre, arrachant des touffes d'herbe à chaque pas; enfin ils arrivèrent en bas, de là, on pouvait voir que le bosquet ou ils avaient laissé les deux femmes était très élevé; sans échanger un mot, ils progressèrent avec prudence.

Tandis qu'ils approchaient du champ de bataille, Malkat interrogea:


-Ca ne te dérange pas de faire ça?
-Quoi?
-Quand tu as vu cette bataille, tu as immédiatement décidé de combattre les troupes de la Horde, ça ne te pose pas de problèmes?

Salinas s'arrêta et fixa Malkat droit dans les yeux; l'Orc s'arrêta à son tour et écouta:

-Si tu veux savoir si ça me gêne de tuer des soldats de la Horde, la réponse est non, depuis que Garrosh a pris le pouvoir, la Horde est devenue un repaire d'abrutis, ou seule la taille des biceps compte; j'avais du respect pour Thrall, parce qu'il s'efforçait de toujours faire ce qui était juste, mais je méprise Garrosh, car c'est un crétin, et la crétinerie est la maladie la plus difficile à éradiquer.
-Je comprends, moi non plus je n'aime pas Garrosh, mais néanmoins, tuer ses soldats, n'est-ce pas excessif?
-Écoute Malkat, je comprends que tu sois gêné de t'en prendre à ces soldats, après tout, même si ce sont des débiles qui obéissent aveuglement à un abruti, ils restent des Orcs, ce sont tes frères, si tu ne veux pas participer à mon plan, je ne t'y forcerais pas, et je ne t'en tiendrais pas rigueur.

Salinas se remit en route, tandis que Malkat restait sur place, l'Elfe, constatant que l'Orc ne le suivait pas, se retourna:

-Qu'est-ce qu'il y a? Tu ne viens pas?
-Non, ce que tu dis est vrai: même si ce sont des imbéciles, même s'ils font les mauvais choix en obéissant à un imbécile, ils restent mes frères, et je ne peux pas décider de leur sort.

Salinas rebroussa chemin et s'arrêta à la hauteur de Malkat, il reprit:

-Je ne peux pas dire que je ne m'y attendais pas, moi non plus, tu n'as pas l'âme d'un assassin, j'ai maintenant une question à te poser: est-ce que nous serons toujours amis, ou au moins alliés, si je fais ce que j'ai l'intention de faire?
-Je sais que c'est nécessaire pour que nous puissions progresser, même si je refuse d'y participer, je serais néanmoins complice, car je ne t'arrêterais pas; et oui, nous serons toujours amis après.
-Je sais que c'est désagréable pour toi; je tâcherais de faire le moins de victimes possibles; puisque tu ne reste pas, retourne auprès de Tisali et la gamine, je n'aime pas trop les savoir toutes seules.

Malkat hocha la tête, et avant de repartir, les deux hommes se serrèrent la main, puis il se mit en route pour retourner vers le reste du groupe, Salinas quand à lui continua sa route seul.

Salinas n'était pas mécontent que Malkat ait décidé de renoncer, au moins il n'aurait pas à porter le poids des nombreux morts qui allaient inévitablement s'aligner sous peu; il ne savait que trop bien à quel point il devenait de plus en plus facile de tuer à mesure qu'on ôtait la vie aux autres; pourtant, contrairement à ce que beaucoup de gens s'imaginaient, ou du moins était-il certain qu'ils l'imaginaient, il n'avait jamais pris de plaisir à donner la mort; à l'exception d'une fois, quelques années plus tôt, il se remémorait ce matin, sur une plage, lorsqu'il avait percé d'un carreau d'arbalète le coeur d'une femme, et qu'il lui avait ensuite tranché la gorge; Sholena, elle avait mérité sa mort, et il n'en avait jamais conçu le moindre regret ni remord; c'était la seule fois ou la sensation physique de sentir la vie disparaître en autrui lui avait causé du plaisir, la seule.

Alors que Malkat parvenait au pied de la falaise et entamait sa remontée, Salinas arrivait à un poste avancé de la Horde; celui-ci était pratiquement désert, seule une demi-douzaine d'Orcs montaient la garde d'un air absent.

Dissimulé dans les buissons, Salinas avait une parfaite vision de la zone, cependant, il était risqué de tenter une attaquer frontale: tous les Orcs avaient l'air prêts au combat, il supposait qu'il aurait le temps d'en tuer quatre avant que les autres ne lui arrivent dessus; finalement, un plan se mit en place dans son esprit, il sortit du buisson et s'avança d'un pas résolu vers le camp, en adoptant une démarche impériale.

L'Orc le plus proche de lui fut le premier à le voir, il cria pour signaler la présence de l'intrus aux autres qui dégainèrent immédiatement leurs armes; Salinas ne s'en laissa pas imposer et continua en direction de celui qui commandait l'avant-poste, impressionnés par son pas sur, les soldats le laissèrent passer sans un mot; enfin, il s'arrêta devant le chef, fit un salut compliqué et dit d'une voix sonore:


-Général Aaldren Surétoile ! Je suis ici sur ordre direct du Chef de guerre, au rapport soldat !

L'Orc eu un instant d'hésitation en regardant Salinas, se demandant ce qu'un général de la Horde, et d'autant plus un Elfe de sang, venait faire en Orneval, et encore plus pourquoi celui-ci se cachait dans les buissons; ses réflexions furent coupées court par une seconde intervention de Salinas qui s'exclama avec force, le faisant sursauter:

-On salue son supérieur, soldat ! Et j'ai demandé votre rapport, pourquoi ne l'ai-je pas encore?!

L'Orc, éperdu, salua d'un geste maladroit, impressionné par l'expression et la voix autoritaire de l'Elfe, il ne songea plus qu'à trouver un moyen d'éviter de se faire réprimander, avant que le "général" ne lui demande une troisième fois son rapport, le soldat balbutia:

-Mon général, c...C...C...C'est un hon...Honneur de vous avoir là, je...
-Trêves de civilités, le Chef de guerre n'attend pas, avez-vous ce rapport, oui ou non?

L'Orc sursauta de nouveau en entendant parler du Chef de guerre; il interpella un autre soldat qui était resté au garde-à-vous, comme tous les autres lorsqu'ils avaient entendu le général se présenter; il s'approcha, et sans oser regarder Salinas, il apporta un monceaux de feuillets qu'il donna à son supérieur, qui le tendit à son tour à Salinas d'un air satisfait; celui-ci s'en empara, fit semblant de le feuilleter, et le jeta par terre, puis il s'exclama:

-Vous croyez que j'ai le temps pour faire la lecture?! Je veux des informations utiles ! Je veux savoir de combien de troupes disposent nos ennemis, je me moque de savoir comment ils fabriquent leurs vêtements !

Intimidé, l'Orc recula d'un pas, tentant d'argumenter, il balbutia:

-Je...Je..Nous n'avons pas...Nous n'avons pas ces informations...
-Comment?! Je ne m'étonne pas alors que vous ne soyez pas capables de prendre cette ridicule cabane ! Quand le Chef de guerre m'a mandaté, il savait que les choses ne se passaient pas comme il le souhaitait, mais attendez que je lui rapporte la preuve de votre incompétence !
-Non ! Pitié, pitié ! Général ! Je vous en supplie, laissez-nous une chance de nous racheter !

Salinas fit semblant de réfléchir, en vérité, il cherchait la meilleure solution pour les disperser afin de les attaquer par surprise; finalement il décida de prendre un risque, et reprit:

-Vous avez de la chance que je sois magnanime ! Si le Chef de guerre était là, vos têtes auraient déjà finies détachées de vos épaules ! Vous et vos hommes, vous allez immédiatement partir en mission de reconnaissance, je veux connaître le nombre et l'emplacement de nos ennemis, trouvez moi ces informations, ou ne revenez pas !

Les Orcs se mirent au garde-à-vous, et d'une seule voix, crièrent:

-A vos ordres, général !

Sans un mot, ils partirent dans la direction de la Retraite; Salinas attendit un moment qu'ils soient pratiquement hors de portée, puis lorsqu'il fut certain qu'ils n'auraient pas le temps de réagir, il forma une énorme boule de feu avec ses deux mains et la projeta en direction des Orcs.

Le projectile heurta de plein fouet le milieu du groupe et explosa à l'impact, projetant tous les soldats dans les airs, tout en les enflammant; lorsqu'ils retombèrent, ils étaient devenus des torches, rampantes et hurlantes, se roulant en tous sens dans un geste désespéré pour éteindre l'incendie.
Les flammes, qui avaient également pénétré l'intérieur de leurs corps, réduisirent en cendres leurs organes internes, leur peau se racorni et se consuma, la chair fondue coulait sur l'herbe en un liquide ignoblement visqueux, enfin, les cris cessèrent tandis que les corps inertes se recroquevillaient sous l'effet de la chaleur.

Salinas, après s'être assuré que personne ne venait, alerté par les hurlements, s'approcha des corps, ceux-ci étaient encore agités de spasmes; leur jetant un regard, Salinas murmura:


-Désolé Malkat, je crois que je ne pourrais pas éviter tant de victimes que ça...
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MessageSujet: Re: La fuite du soleil.   Dim 8 Mai - 22:13

En poursuivant sa route à travers les feuillages, il parvint à l'arrière de la troupe, les soldats, hurlant et rugissant, ne le remarquèrent pas tandis qu'il les contournait pour se rapprocher de ce qu'il avait remarqué plus tôt: des barils débordants de carburant gobelin.

Il avait réfléchi en descendant avec Malkat: son plan de faire brûler les branchages supérieurs des arbres était pratiquement irréalisable sans devoir provoquer un gigantesque incendie qui serait immédiatement hors de contrôle, tandis que faire exploser le carburant accumulé par ces imbéciles serait un moyen bien plus efficace de juguler l'avancée de la Horde sur cette zone.

Se faufilant dans les angles morts et en profitant de la pénombre apportée par l'épaisse végétation, Salinas parvint à s'approcher des barils, il y en avait une vingtaine, empilés les uns sur les autres, et personne n'y prêtait la moindre attention.
S'accroupissant derrière les barils qui le dissimulaient ainsi aux yeux d'éventuels Orcs un peu trop curieux, il marmonna une incantation complexe en fixant sa main gauche, et rapidement, une petite flammèche se forma dans sa main et prit aussitôt une forme de dragon.
Il déposa doucement le dragonnet enflammé au pied du baril et s'éloigna lentement, arrivé à la faite des arbres, il se releva et se déplaça vers le coeur du champ de bataille.

Il n'eut pas à marcher longtemps, en jetant un oeil de derrière un arbre, il vit des corps d'Elfes de la nuit au sol, il sut alors qu'il était à proximité de Raynebois, probablement à quelques dizaines de mètre seulement, mais l'épaisse fumée dégagée par les flammes du combat lui masquaient la vue en direction du nord.
A quelques mètres de lui se battaient un Orc et un Elfe, c'était un combat acharné, l'Elfe esquivait les coups féroces de l'Orc qui rugissait comme une bête à chaque frappe, mais comme pratiquement tous ceux de sa race, c'était un idiot qui ne faisait que foncer tête baissée, il était évident qu'il s'épuisait inutilement, tandis que l'Elfe, en esquivant et en lui tournant autour, le forçait à révéler ses points faibles.
Enfin, l'Orc fit un geste plus lent et l'Elfe en profita pour lui enfoncer une lame acérée dans la base de la nuque, le tuant net, il se pencha sur le corps de son ennemi et en retira la lame saignante, levant la tête, il vit Salinas qui le regardait, sa bouche s'arrondit sous l'effet de la surprise, mais il n'eut pas le temps de prononcer le moindre mot car il s'effondra subitement en avant, une flèche lui surgissant de l'oeil droit, lui ayant transpercé le crâne par derrière.

Salinas, en voyant l'Elfe tomber, s'était rapidement caché de nouveau derrière les branchages, s'éloignant à toute vitesse, il songeait qu'il avait eu de la chance que quelqu'un tue cet Elfe à ce moment précis, car il ne pouvait pas se permettre d'être repéré par qui que ce soit avant que son plan soit mis à exécution, de toutes façons, les Elfes de la nuit de la Retraite le prendraient pour un ennemi Elfe de sang, il valait donc mieux ne pas leur donner l'occasion de lui mettre des bâtons dans les roues.

Il mit quelques minutes à se repérer au milieu de la végétation, la fumée devenait également plus épaisse de minute en minute, obstruant totalement la vue au delà de cinq ou six mètres.
Alors qu'il progressait avec difficulté, à la recherche d'un autre point de stockage de carburant, il trébucha sur une branche et s'affala lourdement au sol; se retournant, il constata qu'il ne s'agissait pas d'une branche, mais du pied d'un Orc.
L'Orc, surpris, dévisagea Salinas qui était allongé sur le dos, mais tout comme l'Elfe de la nuit, n'eut pas le temps de réagir: une boule de feu lui frappa le visage et fit exploser en une gerbe de sang et d'os la moitié supérieure de sa tête, d'une roulade, Salinas évita le cadavre qui bascula en avant, la tête frappa le sol la première et projeta aux pieds de Salinas un mélange de sang, de salive et de liquide rachidien.

Se relevant rapidement, l'Elfe de sang regarda tout autour de lui afin de s'assurer qu'il n'était pas encerclé, regrettant à l'occasion de n'avoir jamais pratiqué sérieusement les sortilèges de détection; enfin, constatant qu'il était seul, il poursuivit sa route, redoublant de prudence pour éviter de se retrouver dans la même situation à nouveau.

Enfin, il trouva ce qu'il cherchait: un énorme dépôt de carburant, des dizaines et des dizaines de barils, stockés, ou plutôt balancés là n'importe comment, il y avait au bas mot deux cent barils; de quoi provoquer une explosion qu'on entendrait jusqu'à Theramore.
Malheureusement, Salinas ne pouvait pas s'approcher de la zone cette fois: le dépôt se trouvait à l'opposé de l'endroit ou il se trouvait, ce qui signifiait qu'il devait traverser le champ de bataille à découvert, ou alors tenter de contourner celui-ci par le sud, ce qui lui coûterait un temps précieux.

Il avait vu les troupes déployées ici: au moins deux mille Orcs qui faisaient face à des Elfes qui devaient être au maximum une centaine, et même si ceux-ci connaissaient parfaitement la forêt et étaient infiniment plus intelligents que les Orcs, ces derniers allaient les submerger, c'était certain; d'autant plus qu'ils amenaient avec eux des armes de siège puissantes, et qu'il n'hésitaient pas à détruire leur environnement pour nuire à l'ennemi.

A proximité du dépôt étaient stationnées plusieurs de ces armes justement, des catapultes, des chars d'acier, et même un canon qui crachait des flammes à un rythme régulier, Salinas supposa que c'était cet engin qui avait mis le feu à la forêt en premier lieu.

Restant soigneusement dissimulé, il travaillait à un plan pour détruire cet entrepôt: il ne pouvait pas traverser le champ de bataille à découvert, c'était bien trop risqué, les Orcs lui demanderaient ce qu'il venait faire ici, et même s'il parvenait à en convaincre certains qu'il était un général de la Horde, ça ne marcherait pas sur tous, de plus, il n'était pas à l'abri de prendre une flèche perdue, et alors là, adieu le plan.
Il ne pouvait pas contourner la champ de bataille, ni par le nord, ni par le sud, car il lui faudrait au minimum plusieurs heures, et durant ce laps de temps, la Retraite de Raynebois serait tombée.
Il regarda sa main gauche, il ne pouvait pas recréer de dragonnet comme le précédent, c'était une forme de magie qu'il maîtrisait encore de façon incomplète et il n'était pour l'instant capable de créer qu'une seule entité enflammée à la fois, et de plus, il ne parviendrait jamais à la contrôler suffisamment longtemps pour la faire atteindre discrètement le dépôt de carburant.

Il restait une dernière solution, à vrai dire, c'était à celle-ci qu'il avait songé dès le début, mais comme elle était totalement stupide et terriblement dangereuse, il avait voulu la remiser derrière toutes les autres options, mais il n'avait pas le choix...

Poussant un profond soupir, il se leva et dans un murmure, dit:


-Vivre par le feu, et mourir par le feu, on dirait que c'est une mort appropriée pour moi.

Il avança de quelques pas et fixa sans ciller le dépôt qui lui faisait face à une cinquantaine de mètres, il marmonna quelques paroles, et aussitôt qu'il eut fini, une explosion retenti à sa gauche, le dragonnet qu'il avait créé venait de s'embraser, mettant le feu au carburant et provoquant son explosion, des cris fusèrent en tous sens et Salinas regarda les Orcs courir en tous sens à la recherche de l'origine du bruit.
Esquissant un sourire à l'idée qu'ils n'avaient eu qu'un avant-goût, il concentra toute sa volonté dans la création d'une immense boule de feu qu'il façonna avec ses mains, fermant à demi les yeux, aveuglé par la lueur de la flamme, il bougeait ses mains avec fermeté et souplesse, enfin, il contempla son oeuvre terminée: une énorme lance de feu.
La flamme était si dense qu'elle en avait presque une consistance solide, Salinas l'empoigna fermement de la main droite et recula de quelques pas pour prendre de l'élan, puis il se mit à courir en avant et jeta sa lance de toutes ses forces.

Sur le champ de bataille, un Orc tourna subitement la tête vers sa droite, le regard attiré par une lueur, il n'eut pas le temps d'éviter la lance enflammée qui lui embrocha le crâne et le souleva du sol, l'emportant avec elle, et le consumant; le cadavre calciné retomba quelques mètres plus loin avant de se désagréger.

La scène entière ne dura pas plus de trois secondes, mais pour Salinas, elle sembla durer une éternité, enfin, lorsque la lance frappa de plein fouet les barils de carburant, il ferma les yeux, et le monde disparu.
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MessageSujet: Re: La fuite du soleil.   Lun 9 Mai - 20:09

Il ouvrit les yeux.

Autour de lui, une zone grisâtre qui s'étendait à l'infini, au dessus, des nuages, gris également, cachaient le ciel, des rayons de lumière, elle aussi grise, les transperçaient et jetaient un éclat terne sur le sol.
Tout était gris, tout était terne, sans âme.


-Alors c'est ça, être mort?

Le son que ses oreilles perçurent était faible, comme noyé par l'étendue dans laquelle il se trouvait.

Une lueur dorée apparu soudainement à l'horizon, brisant la monotonie de l'endroit, il se dirigea alors vers elle.

Il s'était attendu à brûler sans fin, ou à être torturé par des âmes déchaînées, mais il ne se serait jamais attendu à se retrouver dans un endroit aussi ennuyeux.
A part sa voix, il n'avait pas entendu un bruit, l'endroit était totalement silencieux, même ses pas ne produisaient aucun son en marchant sur ce sol gris, transparent.

Il marchait depuis ce qui lui semblait être une éternité, sans que la lueur dorée ne se rapproche, cet endroit était peut être vraiment infini.

Alors qu'il commençait à se lasser de marcher, une scène surgit devant lui: Malkat, qui tenait Gora par l'épaule, les deux Orcs le regardaient, silencieux.
Il attendit qu'ils fassent quelque chose, mais se contentèrent de rester à le fixer, il reprit donc son chemin.

Quelques minutes (ou était-ce des heures?) plus tard, une autre image apparu: Tisali, qui le fixa sans dire un mot, comme le couple d'Orcs plus tôt.

Il continua d'avancer, et lorsqu'il se retourna, l'image avait disparu.

Il commençait à se demander si ce n'était pas un chemin métaphorique qu'il devait parcourir, pour atteindre l'autre monde, peut être? Était-il dans une sorte de dimension intermédiaire?

Il se demandait si toutes les personnes qu'il avait rencontrées dans sa vie allaient apparaître et le fixer, il craignait de ne pas supporter longtemps leur manque de conversation.

La lueur dorée se rapprochait peu à peu, quand une autre image se matérialisa devant lui, s'arrêtant, il regarda la vision prendre forme, pour une raison quelconque, celle-ci n'apparaissait pas instantanément contrairement aux précédentes, mais tourbillonnait, brumeuse, floue, enfin, elle prit forme, lorsque celle-ci le regarda dans les yeux, il sentit son coeur se contracter.

Caelwyn le regardait, le visage défait, des larmes roulant sur ses joues. Il la regardait, ne sachant quoi faire, c'est alors qu'il réalisa qu'au contraire de tout ce qui l'entourait, elle était pleine de couleurs.
Habitué à toute cette monochromie, il fut presque aveuglé par l'éclat flamboyant des cheveux de la jeune femme, ses yeux, d'un vert émeraude profond, le regardaient avec une profonde tristesse, il parvenait même à distinguer les détails de sa peau au travers des larmes qui lui coulaient sur les joues.

Oubliant ou il se trouvait, il s'approcha de la jeune femme pour la prendre dans ses bras mais il ne fit que passer à travers; en se retournant, il vit que l'image s'était retournée et le regardait toujours, il réalisa alors une autre chose: il L'ENTENDAIT pleurer.


-C'est pour que je me sente coupable, c'est ça? C'EST ÇA?

Il hurla en faisant un tour sur lui-même, mais le son de sa voix ne portait pas, personne n'apparu magiquement pour lui expliquer ou il se trouvait et ce qu'il devait faire, il voulu cracher de mépris, mais rien ne sortit de sa bouche, haussant les épaules, il tourna délibérément le dos à la vision de la Caelwyn fantasmatique, et reprit sa route en direction de la lueur, mais il s'arrêta aussitôt: sans savoir comment, il était arrivé à destination, non, pour dire la vérité: il était DANS la lueur.

La lumière l'entourait de toutes part, son éclat doré l'aveuglant et lui brûlant les yeux; soudainement, il ressentit une vive douleur dans la gorge, sa tête se mit à lui tourner et il sombra.

Il ouvrit les yeux.

Autour de lui, une zone grisâtre qui s'étendait à l'infini, au dessus, des nuages, gris également, cachaient le ciel, des rayons de lumière, elle aussi grise, les transperçaient et jetaient un éclat terne sur le sol.
Tout était gris, tout était terne, sans âme.

Salinas dérivait dans un océan infini de silence et d'amertume...
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MessageSujet: Re: La fuite du soleil.   Lun 9 Mai - 21:39

Une lueur.

Il ouvrit les yeux.

Comme si c'était un signal, une douleur atroce l'enveloppa tout entier, l'écrasant sous la souffrance.
Il perdit connaissance.

Il ouvrit les yeux.
Comme si elle l'avait attendu, patiemment tapie dans l'ombre, la douleur se jeta sur lui comme un prédateur sur sa proie.
Il ne perdit pas connaissance, à la place, il essaya de se lever, mais rien ne se passa, son corps refusait de lui obéir.
Fermant les yeux et serrant les dents, il attendit, que la douleur s'en aille ou qu'elle le tue.

La douleur ne le tua pas, mais ne disparu pas non plus, mais au moins, elle diminua assez en intensité pour que la nausée qu'il ressentait en ouvrant les yeux disparaisse.

Il était allongé, et au dessus de lui se trouvait un plafond de bois, quelques vignes en pendaient de façon négligente. Une atroce migraine lui vrillait le crâne et l'empêchait de rassembler ses pensées qui s'égaraient sur des détails et des pensées insignifiantes.
La sensation de nausée revint lentement, il ferma les yeux, et s'endormit.

Il ouvrit les yeux, la douleur, tapie dans l'ombre, désormais familière, surgit de nouveau, mais cette fois, elle était lointaine, comme tenue à distance par la lumière du soleil qui éclairait la pièce à grand flot.
Il regardait en direction de la fenêtre, qui laissait passer ce flux lumineux, son esprit vagabondant, soudain, le déclic se fit.

Salinas se redressa brutalement, des milliers de questions se pressaient dans sa tête, il voulait savoir ou il se trouvait, depuis quand il s'y trouvait, et surtout, si les autres avaient survécu.
Ces questions s'envolèrent aussitôt lorsqu'il réalisa que quelque chose n'allait pas.

Il regarda ses jambes, celles-ci, recouvertes par une épaisse couverture de fourrure, formaient un angle étrange, un sentiment de malaise s'empara de lui lorsqu'il réalisa que malgré tous ses efforts, elles ne bougeaient pas, il ne parvenait même pas à ressentir la sensation de ses jambes, de ses pieds, rien, comme s'il s'agissait d'un corps étranger.

Haletant sous l'effet du stress, il se mit à griffer dans un geste d'angoisse la fourrure sur laquelle il était allongé, au moins ses mains lui obéissaient, maigre consolation devant cette terrible idée de la paralysie qui prenait lentement forme dans son esprit.

Il ferma les yeux, essayant de chasser ce sentiment d'enfermement de son esprit, ou du moins de s'éloigner pour un temps, pour qu'il puisse comprendre ce qui se passait.
En les rouvrant, il remarqua quelque chose qui lui fit tourner la tête vers sa droite.

Une forme rousse reposait sur la couverture et se soulevait et s'abaissait à intervalles réguliers.
L'esprit vide, Salinas regardait Caelwyn, profondément endormie, le visage posé sur ses mains, en parvenant à se soulever un peu plus, il vit qu'elle était assise sur une chaise en bois, dans une position qui lui semblait parfaitement inconfortable.
Elle avait les cheveux détachés, et ceux-ci se répandaient sur la couverture tels une crinière; oubliant tout ce qui l'entourait, et même l'état de ses jambes, Salinas la regardait, il regardait les cheveux roux dont quelques mèches, touchées par les rayons du soleil, jetaient une lueur flamboyante.
Des sentiments mêlés l'envahirent progressivement, mélange de soulagement de la voir saine et sauve, de plaisir à la regarder dormir, elle était belle, cela le frappa d'ailleurs, jusqu'alors, il n'avait jamais songé à Caelwyn de cette façon, et pourtant, la voir ainsi, cheveux détachés, exposés au soleil, provoquait chez lui un plaisir sans bornes, mais également un sentiment de sécurité et de plénitude.
Il avait du mal à penser et à se concentrer, tout ce qu'il savait, c'est qu'il voulait rester à là regarder dormir, et que personne ne brise ce moment.
Presque dans un réflexe, il posa délicatement sa main sur la tête de la jeune femme et sourit, ses cheveux étaient doux et soyeux, il passa lentement ses doigts entre les mèches, les soulevant, les écartant, les soupesant, avant de les relâcher.
Enfin, il laissa sa main posée sur le sommet de la tête de la jeune Elfe, se redressant du mieux qu'il pouvait en s'aidant de son autre main, il s'installa de façon à mieux la voir, un sourire de contentement sur les lèvres.
L'esprit confus, il songeait qu'il ne retirerait pas sa main, qu'il voulait à tout prix préserver ce lien entre eux.

Il demeura dans cette position durant plusieurs heures, lorsque le soleil commença à se coucher, un mouvement en face du lit lui fit tourner la tête, un Elfe de la nuit venait d'entrer dans la pièce.
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MessageSujet: Re: La fuite du soleil.   Mar 10 Mai - 20:41

Ôtant sa main de la tête de Caelwyn, Salinas se redressa, suivant des yeux l'Elfe de la nuit.

Celui-ci s'approcha à sa hauteur et tira une chaise vers lui, il se pencha et ressortit une ardoise qui devait être posé depuis le début par terre, se demandant ce qu'il faisait, Salinas ouvrit la bouche, mais l'Elfe lui posa la main sur les lèvres et secoua la tête, puis, tendant l'ardoise, il le désigna.
Interloqué, Salinas regarda l'ardoise et vit que quelque chose était écrit en thalassien:


-Je m'appelle Valien Francronce, vous vous trouvez en sécurité dans la Retraite de Raynebois.

Alors c'était donc ça...Il n'était pas mort, il avait survécu...
Toutes les questions qui avaient jailli dans son esprit lorsqu'il avait reprit conscience resurgirent à nouveau, apparemment ça se voyait sur son visage car l'Elfe griffonna à toute vitesse et tendit de nouveau l'ardoise:


-N'essayez pas de parler, vos cordes vocales ont brûlé et votre gorge a encore besoin de récupérer, si vous avez des questions, écrivez les, je tâcherais d'y répondre de mon mieux.

Hochant la tête, Salinas observait l'Elfe; celui-ci lui tendit l'ardoise,la prenant, il rédigea la première question qui lui passa à l'esprit, puis il tendit le panneau à l'Elfe:

-Qu'est-ce qui s'est passé? Que m'est-il arrivé? Pourquoi ne parlez-vous pas?

Il en avait pris conscience pendant qu'il écrivait: l'Elfe n'avait pas prononcé un mot depuis son arrivée, et à vrai dire, il se rendait compte que depuis qu'il avait repris conscience, il n'avait pas entendu le moindre son; l'Elfe prit le panneau, le parcouru du regard et hocha la tête, puis il rédigea ce qui semblait être une longue réponse, enfin, il tendit l'ardoise à Salinas:

-Les barils que vous avez détruit ont provoqué une énorme explosion qui a soufflé une grande partie de nos assaillants, nous avons eu des rapports indiquant qu'elle avait été entendue jusqu'à l'Exodar.
Il y a eu un gigantesque incendie par la suite, mais heureusement une pluie torrentielle s'est mise à tomber et a éteint le feu.
La force de l'explosion vous a projeté dans les airs, on vous a retrouvé flottant et dérivant dans le fleuve que vous appelez Furie-du-Sud, à la frontière d'Azshara.
Vous étiez brûlé sur tout le corps, on vous a ramené ici, à peine vivant, tous craignaient que vous ne surviviez pas au voyage.

Salinas reprit l'ardoise et interrogea:

-Depuis combien de temps suis-je ici?

L'Elfe rédigea à nouveau une longue réponse puis tendit l'ardoise:

-Depuis que nous vous avons ramené ici, il s'est écoulé trois semaines. Les soigneurs vous ont immédiatement prit en charge et c'est heureux, car vos blessures étaient si graves que chacun s'attendait à vous voir mourir à tout instant, vous avez d'ailleurs frôlé la mort à plusieurs reprises durant la première semaine.
Votre état s'est légèrement amélioré la deuxième semaine, assez pour que les craintes pour votre vie s'apaisent, et les soigneurs ont pu commencer à traiter vos blessures les moins graves, mais il reste encore beaucoup à faire pour que vous soyez entièrement guéri.

Hochant la tête, Salinas comprenait à présent: l'onde de choc de l'explosion l'avait violemment projeté à travers la forêt et l'avait envoyé dans la rivière, la chaleur du souffle lui avait brûlé le corps sur toute son étendue, il avait eu de la chance d'y survivre...
Prenant l'ardoise que l'Elfe lui tendait, il écrivit:


-Vous n'avez pas répondu à ma question tout à l'heure: pourquoi ne parlez-vous pas? Et quelle est l'étendue de mes blessures actuelle?

L'Elfe rédigea une nouvelle réponse:

-D'après ce que je sais, l'intérieur de votre bouche, vos cordes vocales et votre gorge sont brûlés, vous ne pouvez plus parler, nous avons du vous alimenter en broyant la nourriture pour qu'elle soit liquide; vos jambes sont cassées et d'après ce que je vois, vous ne pouvez pas les contrôler, ne vous inquiétez pas, vous pourrez remarcher.
Et enfin, si je ne parle pas, c'est parce que l'explosion a fait éclater vos tympans, nous avons réussi à les régénérer partiellement, mais le moindre son vous serait à l'heure actuelle insupportable, vous êtes actuellement dans une chambre isolée du reste de la Retraite, personne ne vient ici, et même les oiseaux ont été éloignés pour éviter que vous ne soyez dérangé, moi-même j'ai enveloppé mes pieds de fourrure pour atténuer le bruit de mes pas.

Il pourrait marcher de nouveau. Ce fut la seule phrase qui marqua réellement son esprit: il marcherait de nouveau !
Infiniment soulagé, il poussa un long soupir qui fit sourire l'Elfe de la nuit; la pièce lui paraissait soudainement plus lumineuse, plus grande, cette chambre ne serait pas celle ou il se retrouverait paralysé !

En posant sa main droite, il sentit quelque chose qui lui fit penser...
Il reprit l'ardoise et nota quelque chose, puis la tendit à l'Elfe en désignant Caelwyn:


-Et elle?

L'elfe prit le temps d'écrire, levant les yeux de temps en temps, enfin, il rendit l'ardoise à Salinas qui put y lire:

-C'est en grande partie grâce à elle que vous êtes en vie aujourd'hui, elle s'est dépensée sans compter pour vous soigner.

Un vague élan de reconnaissance traversa Salinas, il regarda Caelwyn, qui dormait toujours profondément, l'Elfe qui lui tapotait l'épaule le fit se retourner et lire l'ardoise qu'il lui tendait:

-Je ne devrais probablement pas vous le dire, mais elle était extrêmement inquiète pour vous; elle est restée à votre chevet depuis que vous êtes ici, sauf la semaine dernière quand elle est tombée malade.

Salina ressentit cette fois de l'inquiétude, il s'empara de l'ardoise et rédigea précipitamment:

-Qu'est-ce qui s'est passé? Qu'est-ce qui lui est arrivé?

L'Elfe lu le message, regarda Salinas dont l'expression devait certainement refléter son angoisse car il cessa de sourire et écrit:

-C'est arrivé la semaine dernière, elle était auprès de vous comme d'habitude, et soudainement elle s'est effondrée; nous l'avons transporté dans une autre pièce et l'avons examinée.
Rassurez-vous, elle était seulement à bout de forces, rester à votre chevet sans prendre de repos a été très éprouvant pour son organisme, et elle s'est évanouie.

L'Elfe reprit l'ardoise, effaça le message et reprit:

-Elle s'est réveillée le lendemain et a voulu revenir vous soigner, mais nous l'en avons empêchée, il fallait qu'elle se repose; mais ça a été compliqué: elle criait, elle pleurait, elle disait qu'elle devait revenir vous soigner, elle s'agitait beaucoup et c'était mauvais pour elle; finalement, la Sentinelle Fièrelune a réussi a lui faire entendre raison et elle s'est calmée.

Salinas prit la craie et écrit:

-Tisali, elle est là aussi?

Hochement de tête de l'Elfe qui répondit:

-Oui, vos amis Orcs sont également présent, ils vont tous bien, tous savent pour votre état et attendent avec impatience votre rétablissement.

Salinas poussa un nouveau soupir de soulagement, ils étaient saufs, tous, alors il avait réussi, il n'avait pas traversé tout ça pour rien...
Fermant les yeux, il se sentait en paix pour la première fois depuis son réveil, c'était seulement maintenant qu'il se rendait compte qu'il s'était senti inquiet pour ses amis depuis tout ce temps, il était cloué sur un lit, probablement pour plusieurs semaines encore, mais au moins, il avait sauvé tout le monde...

Lorsqu'il rouvrit les yeux, l'Elfe lui tendait l'ardoise:


-Concernant cette jeune fille, elle a tenu le lit pendant deux jours, et elle n'arrêtait pas de répéter qu'elle devait vous rejoindre; nous l'entendions pleurer la nuit, je crois qu'elle était terrifiée que vous mourriez...

Tournant la tête vers Caelwyn, Salinas ne sut ce qu'il ressentait, au soulagement de savoir ses amis saufs se mêlait la fatigue, née des émotions et de la douleur physique qu'il ressentait toujours; il se retourna vers l'Elfe dont il avait oublié le nom, il voulait lui demander de le laisser seul pour qu'il puisse se reposer, mais les mots qu'il lut sur l'ardoise firent voler en éclat son intention, faisant bondir son coeur dans sa poitrine:

-Je vous envie: j'aimerais avoir la chance d'avoir une fille qui m'aime autant que la votre.

Clignant des yeux, sa vue devenant floue, Salinas pensa:

-Hé, ce n'est pas ma...

La tête lui tourna, et quelque chose sur son visage sembla alerter l'Elfe car celui-ci se leva, il pressa l'épaule de Salinas, s'inclina et quitta la pièce, en prenant garde de ne pas faire de bruit.

L'esprit confus et sa vision s'obscurcissant, Salinas, qui n'avait pas remarqué le départ de l'Elfe, approcha son visage des cheveux de Caelwyn et s'y enfoui en fermant les yeux? La main gauche posée sur la joue de la jeune femme, comme pour la serrer contre lui et ne pas la perdre.

Tandis qu'il respirait l'odeur des cheveux de Caelwyn, les sentiments qu'il éprouvait se mêlèrent en un patchwork confus d'amour, de honte et de regret, le fil de ses pensées, déjà diffus, se fragmenta en un millier d'images et de sons sans rapport les uns avec les autres, et sans s'en rendre compte, il s'endormit.
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MessageSujet: Re: La fuite du soleil.   Mar 14 Juin - 19:13

La convalescence de Salinas se passa pour le mieux.

Trois jours après avoir repris conscience, il sentit des picotements dans sa gorge, qui se muèrent rapidement en brûlure face auxquelles il dut prendre son mal en patience; l'Elfe de la nuit, Valien, était revenu à plusieurs reprises, et lui avait expliqué que ces brûlures étaient le signe que les tissus de ses cordes vocales étaient en train de se régénérer, et qu'il recouvrerait bientôt la parole.

Ses jambes guérissaient également à grande vitesse: il pouvait désormais s'asseoir et poser les pieds par terre, il n'était pas encore capable de se lever, mais il avait grand espoir pour les jours suivants.

Malgré ces bonnes nouvelles, une chose contrariait pourtant Salinas: depuis son réveil, il n'avait plus revu Caelwyn; lorsqu'il s'était réveillé le lendemain, elle avait disparu, et depuis, plus de trace de sa tête de rouquine.
Rendu grognon et de mauvaise humeur à cause de ses maux de gorge, il était certain que la jeune femme l'évitait, ce qui le contrariait d'autant plus, car il ne pouvait nier que cela lui faisait de la peine, il se souvenait de ce qu'il avait ressenti en la voyant à son chevet; et du bond qu'avait fait son coeur lorsqu'il avait lu le message de Valien:
"J'aimerais avoir la chance d'avoir une fille qui m'aime autant que la votre."
Il n'avait pas eu le temps de répondre à ce moment là car l'afflux d'émotion et la fatigue cumulée l'avaient rapidement mis dans le cirage, mais il avait depuis eu le temps d'y réfléchir, et il s'était posé cette question oh combien angoissante:
"Qu'est-ce que ça fait d'être père?"

Il s'était demandé comment Malkat avait réagi lorsqu'il avait appris que sa compagne était enceinte, avait-il été heureux? Avait-il été contrarié, avant d'accepter ce qui lui arrivait? Avait-il eu la tentation de fuir loin, très loin, pour ne jamais revenir? Il supposait que c'était un peu des trois.
Quand à lui, Salinas, il se demandait:
"ai-je envie d'être père? Ai-je envie d'endosser cette responsabilité?"
Il avait beau y réfléchir, chaque fois qu'il croyait approcher de la réponse, cette dernière lui échappait entre les doigts, autant essayer de recueillir l'eau d'une cascade avec une passoire; tout ce qu'il savait avec certitude, c'était qu'il avait une trouille de tous les diables.

C'était totalement irrationnel pourtant: il avait combattu à de nombreuses reprises, il avait frôlé la mort à plusieurs occasions, la dernière datant de tout juste un mois, et pourtant, pourtant, il n'avait jamais eu peur, il n'avait jamais reculé devant le danger et la mort, il était ce qu'on appelait familièrement "un mec qui en a dans le froc", n'hésitant jamais à dire ce qu'il pensait, quitte à devoir se manger une tarte derrière, voire pire, quitte à blesser son interlocuteur; alors pourquoi? Pourquoi? Pourquoi le simple fait de s'imaginer père suffisait à lui coller une telle angoisse? Il avait beau s'admonester, chercher à s'exalter par des pensées glorieuses, des postures viriles, associer le nom "Salinas" et le mot "Père" dans la même phrase lui pressait les entrailles.

Pourtant, le soir, dans la quiétude de la chambre, qui demeurait totalement silencieuse, il se surprenait à sourire en imaginant ce que pourrait être sa vie s'il était père, mais ça ne durait jamais longtemps: la peur reprenait rapidement le dessus et le forçait à chasser ces images de sa tête; alors il fermait les yeux et s'endormait vite, poursuivi par des cauchemars qui le réveillaient la nuit, hagard, sans aucun souvenir de ce dont il avait rêvé, mais toujours avec ce profond sentiment de vide et de culpabilité; alors il fermait de nouveau les yeux, et le cycle recommençait.

Enfin, une semaine après son réveil, Valien pénétra dans la chambre, et d'une voix douce, prononça:


-Vous êtes guéri.

Salinas, qui somnolait à moitié, abruti par le manque de sommeil du à ses cauchemars à répétition, se redressa vivement et se racla la gorge, puis, satisfait de ce qu'il entendait, s'exclama d'une voix sonore:

-Il était temps ! J'ai faim ! J'ai soif ! Et je veux bouffer dehors !

Il éclata de rire, un rire qui faisait mal aux larmes; Valien eu la délicatesse de détourner le regard, lorsqu'il se retourna de nouveau vers Salinas, celui-ci essuyait ses yeux d'un coin de couverture et tentait déjà de se lever.
Se précipitant pour l'aider, l'Elfe de la nuit tendit un bâton à Salinas qui le prit et s'appuya dessus; guidant ce dernier, Valien l'aida à avancer, et ils parvinrent tous deux devant une porte entrouverte; Valien la poussa, et derrière...


-Enfin...

Incapable de prononcer un mot de plus, Salinas posa le pied à l'extérieur pour la première fois depuis un mois, depuis qu'il avait failli perdre la vie en tentant un geste totalement stupide; regardant autour de lui, il vit qu'il se trouvait dans une sorte de petite clairière, une barrière d'arbres entourait totalement la zone en formant un cercle grossier, tandis que les branches s'élevaient haut, sans toutefois entraver les rayons du soleil, ce qui expliquait l'ensoleillement, et la présence de larges tâches d'ombre.
Ils étaient seuls dans cette clairière, quand Salinas vit une forme cachée par les ombres; il interrogea Valien en désignant la forme du doigt:


-Qui c'est?
-Je crois que vous avez beaucoup à vous dire.

Souriant d'un air mystérieux, l'Elfe s'inclina et pénétra à nouveau dans le bâtiment, laissant Salinas et l'inconnu seuls.
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MessageSujet: Re: La fuite du soleil.   Mar 14 Juin - 19:13

Quelques minutes s'écoulèrent tandis que Salinas ne bougeait pas, de son coté, la personne dont la forme était cachée par l'ombre n'esquissa pas non plus le moindre geste, alors, irrité, Salinas l'interpella:

-Bon ça suffit maintenant ! Qui c'est? Si tu veux jouer à cache-cache, je te préviens que je n'ai pas très envie de courir !

Il leva la main qui tenait le bâton en donnant un coup de menton dans sa direction, puis resta bouche-bée lorsqu'il vit la personne sortir de l'ombre et s'approcher: c'était Caelwyn.

La gorge sèche, le coeur frappant à grands coups dans sa poitrine, il regardait la jeune femme approcher; lorsqu'elle fut à deux mètres de lui, il voulu lui dire quelque chose, mais il lui sembla que toute sa salive s'en était allée.
Une tension extrême s'était installée entre les deux Elfes; Salinas avait envie de détourner les yeux, mais il ne le fit pas, sans savoir comment il faisait; de son coté, Caelwyn ne le regardait pas; finalement, après avoir avalé une douzaine de fois sa salive, Salinas dit, ou plutôt bégaya:


-Je suis guéri.

Elle ne le regardait toujours pas; Salinas sentait un malaise grandir en lui, qu'est-ce qui se passait? Elle évitait délibérément de le regarder, est-ce que malgré tout, elle lui en voulait encore de ce qui s'était passé au Refuge de Vent d'Argent? Laconiquement, Caelwyn répondit:

-Je vois ça.

Et c'était tout. Dans une tentative désespérée de briser la glace, il tenta une plaisanterie:

-Tu as vu ces arbres? Je ne savais pas que les Elfes de la nuit faisaient des jardins sur mesure !

"'C'était nul ! C'est même pas une blague ! Les Elfes de la nuit faire des jardins sur mesure? Mais qu'est-ce que c'est que cette idiotie?!" Complètement stressé, il se demandait ce qu'il faisait là, la tension était à son comble, Caelwyn ne disait pas un mot, elle ne le regardait pas, elle ne bougeait pas.
Il se demanda si finalement il n'avait pas totalement fait fausse route à son sujet, et s'il s'était complètement trompé? Ce n'était pas la première fois qu'il avait cette pensée, mais en voyant la jeune femme froide et distante qu'il avait face à lui, c'était presque comme une preuve qu'il s'agissait d'une toute autre personne.

Il voulu s'éloigner, elle le mettait trop mal à l'aise et il sentait la transpiration s'insinuer sous ses bras et lui tremper les aisselles; en lui tournant le dos, il trébucha sur un cailloux dont l'affleurement dépassait du sol et manqua de tomber; se retenant de justesse au bâton, s'oubliant, il s'exclama:


-Foutu caillou ! Et il me faut un foutu bâton pour tenir debout, j'ai l'air d'un vieux !

Pestant et jurant, il entendit derrière lui un son que ses oreilles identifièrent une seconde avant son cerveau; se retournant subitement, il vit Caelwyn en train de pouffer de rire, une main devant la bouche, le regardant de coté.
D'abord décontenancé, Salinas reprit immédiatement ses aises et fit la seule chose à faire, qu'il aurait certainement expliqué avoir été dicté par son instinct: il pointa le doigt sur la jeune Elfe et s'exclama:


-Ça te fait rire que j'ai failli me casser la figure?!

Aussitôt qu'il eut fini sa phrase, il sut qu'il avait mis dans le mille: la jeune femme pouffa plus fort, et enfin éclata de rire.
Faisant de son mieux pour ne pas l'imiter, Salinas continuait de grogner:


-Mais arrête de rire ! Ce n'est pas drôle ! Ça suffit maintenant !

Mais les grimaces qu'il faisait étaient si peu convaincantes que la jeune femme le regardait et riait de plus belle à chaque fois.
En regardant autour de lui, Salinas eu l'impression que la clairière s'était emplie de lumière, l'atmosphère n'était plus épaisse et glaciale, au contraire, elle était chaude et radieuse.

Caelwyn riait toujours, tentant de mettre ses mains devant la bouche pour étouffer son rire, mais elle n'y parvenait pas et continuait.
Salinas s'approcha d'elle et d'une voix douce, lui dit:


-Je suis désolé de t'avoir inquiété comme ça.

La jeune femme cessa net de rire; elle le regardait à présent d'un air qui rappela à Salinas le regard des chiots lorsqu'ils imploraient leur maître.
Il s'approcha encore, sans que la jeune femme ne fasse le moindre mouvement, ils étaient à présent à moins d'un mètre l'un de l'autre, Salinas reprit:


-On m'a dit que c'est grâce à toi que je suis en vie.
-Oui...

Elle détournait de nouveau le regard; poursuivant, il dit:

-Je sais que tu as eu peur...

Il parlait d'une voix très douce, cherchant à apaiser la jeune femme, enfin, à vrai dire, il ne savait absolument pas ce qu'il faisait, il avait l'impression que sa bouche était devenue une entité indépendante et qui parlait de son propre mouvement, le laissant spectateur de ses propres mots.
Caelwyn hocha légèrement la tête, sans le regarder; ne sachant quoi faire, il murmura:


-Je...

Puis soudainement, s'interrompant, il ramena brutalement Caelwyn contre lui dans une étreinte bestiale; presque aussitôt, il sentit les bras de la jeune femme se cramponner à ses cotes, lui coupant presque le souffle tant elle le serrait fort.
Il entendit un sanglot, baissant la tête, Caelwyn le regardait, les yeux baignés de larmes, elle essaya de parler, mais elle n'y parvint pas, et finit par enfouir sa tête au creux des bras de Salinas.

Se dégageant un bras, Salinas posa sa main sur la tête de la jeune femme, jouant avec ses cheveux, faisant des boucles avec, il lui déposa un baiser sur le sommet du crâne, puis un deuxième, baissant à nouveau son bras, il la serrait contre lui; heureux et triste à la fois.

Il se demandait si c'était ça être père, en revanche, il ne se demandait plus s'il voulait être père, il avait trouvé sa réponse.
Au fond, ce n'était pas si angoissant.
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